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Par Adil Boukhima
Énergie. L'ambition nucléaire
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Le rêve de disposer dune centrale
nucléaire, longtemps caressé par
le Maroc, pourrait bientôt
se réaliser.
(DR)
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Entre les Russes, les Français et les Américains, le Maroc devrait bientôt choisir son partenaire pour linstallation dune centrale nucléaire. Des facteurs géopolitiques, plutôt quéconomiques, devraient influencer ce choix.
En ce 14 mars, les participants marocains à la première conférence internationale sur la physique et les technologies liées aux réacteurs nucléaires à Marrakech ont eu du mal à cacher leur surprise en écoutant le discours douverture de Mohamed Boutaleb. Pour la première fois, le ministre de lEnergie et des Mines, qui sexprimait devant un parterre |
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de scientifiques venus du monde entier, a reconnu publiquement la possibilité, pour le Maroc, de se doter de la technologie nucléaire. Toutes les options sont ouvertes, notamment celle de lélectronucléaire pour la production délectricité, a-t-il annoncé. Des propos dautant plus étonnants quils sopposent totalement à ce que le responsable gouvernemental avait déclaré jusquà maintenant. Lors dune session à la deuxième Chambre du Parlement, le ministre était allé jusquà qualifier le projet dinsensé. Comment peut-on alors expliquer ce revirement dans les positions du ministre ? Le timing de cette sortie est-il opportun ? Une chose est sûre cependant : ces propos marquent la fin dun long épisode de confusions et de déclarations contradictoires, qui avaient jusque-là entaché le dossier
Objectif : le nucléaire
Contrairement à son département de tutelle, lOffice national de lélectricité (ONE), sous limpulsion de son jeune patron Younès Maâmar, na jamais caché son intérêt pour le nucléaire. Le Maroc a besoin de cette technologie pour diversifier ses sources d'approvisionnement et satisfaire la croissance de sa consommation d'énergie, avait affirmé ce dernier. Une position que le premier ministre, Driss Jettou, avait dailleurs défendue en annonçant à Paris la volonté du Maroc de se doter dune centrale nucléaire
sans aller plus loin dans la précision. Le détail du dossier sera jalousement gardé. Les officiels marocains sont conscients de la sensibilité de la question. Ils ont du mal à saventurer sur ce terrain glissant, notamment en raison des tensions internationales entourant le programme nucléaire de l'Iran, explique une source proche du dossier. Contacté par TelQuel, Boutaleb sest contenté de nous orienter, pour le moment, vers son département de communication. Younès Maâmar, en tournée en Afrique, na pas été plus explicite.
Dans tous les cas, loption nucléaire est devenue incontournable. Nétant pas producteur de pétrole, le Maroc subit une forte dépendance énergétique. Il importe 97% de ses besoins en énergie sous forme de produits pétroliers, de charbon, de gaz et délectricité. Le tout payé en devises. Sans oublier que la demande nationale en électricité augmente chaque année de 8%.
Selon des sources concordantes, en nommant Younès Maâmar à la tête de lONE, le roi laurait particulièrement chargé de deux grands dossiers : le développement de lOffice à linternational et, surtout, la mise en place dune centrale nucléaire. Ce qui ne se fera pas sans heurts, notamment sur le plan géostratégique. Algériens et Espagnols suivent de très près lévolution du dossier. Pour eux, une centrale nucléaire au Maroc, même à des fins civiles, peut être, demain, le point de départ dun projet plus sécuritaire, nous explique un observateur. Même si lidée semble irréelle, elle constitue bien la hantise des deux voisins.
On comprend, dès lors, que le projet dune centrale nucléaire à Sidi Boulebra (entre Safi et Essaouira) soit entouré, pour le moment, de la plus grande discrétion. Vivons heureux, vivons cachés, dit le dicton. À lONE, on ne le sait que trop bien. Lors dune conférence de presse, le responsable communication de lONE sétait lâché en divulguant plusieurs informations sur le projet nucléaire. Cest cette indiscrétion qui lui aurait coûté son poste, raconte un ancien cadre de lOffice.
La piste russe
Au fur et à mesure que loption nucléaire se précise, lappétit des sociétés internationales opérant dans le secteur se fait de plus en plus sentir. La question a dailleurs été abordée avec le président russe Vladimir Poutine lors de sa visite au Maroc en septembre 2006. Cette piste russe na jamais été abandonnée. Dailleurs, le directeur général de lONE a effectué, depuis, plusieurs visites à Moscou. Le 19 mars, le constructeur de centrales nucléaires russe, AtomStroyExport, passe à loffensive et rencontre officiellement les responsables de lONE et ceux du ministère de lEnergie et des Mines. Une visite qui nest pas passée inaperçue. En effet, quelques jours plus tard, le quotidien espagnol El Pais, proche du parti au pouvoir, consacre un article en une et son édito à limplication des Russes dans la concrétisation du projet nucléaire marocain. Cest que loffre financière russe, attendue dans les prochaines semaines, serait très compétitive par rapport à celles de ses concurrents. Si ce nétait que pour des raisons économiques, le Maroc choisirait la technologie russe, nous explique le journaliste dEl Pais, Ignacio Cembrero. Sauf que le nucléaire est aussi, et avant tout, une affaire géopolitique. Américains et Français, politiquement plus proches du royaume, jouent également des coudes pour couper lherbe sous les pieds des Russes. En janvier dernier, lambassadeur des Etats-Unis à Vienne sétait rendu au Maroc et avait rencontré plusieurs représentants de lONE, du CNESTEN (Centre national de lénergie, des sciences et des techniques nucléaires) et du ministère de tutelle. Quelques mois après, des représentants de la société française Areva lui ont emboîté le pas. Les Etats-Unis et la France préparent chacun son offre, tant pour conserver leur place sur le marché de l'énergie que par calcul stratégique, explique un responsable au ministère de lEnergie et des Mines. Logique. Reste à savoir pour qui, et pour quelles raisons, économiques ou politiques, le royaume optera pour le marché de sa future centrale nucléaire.
Surenchère régionale
La volonté du royaume daccéder au club fermé des pays producteurs de lélectronucléaire a suscité plusieurs réactions du côté de nos voisins. Des partis politiques des îles Canaries sont ainsi montés au créneau pour exprimer leur opposition à tout projet nucléaire dans la région. Une opposition quils avaient dailleurs exprimée au cours des années 90, lorsque le Maroc avait conclu un accord avec les Chinois pour la mise en place dune station de dessalement de leau de mer, utilisant lénergie nucléaire, dans la région de Tan Tan. Un projet qui a dailleurs mystérieusement avorté. Les Algériens, non plus, ne sont pas restés de marbre. Bien quelle soit un grand pays producteur de pétrole, lAlgérie a décidé elle aussi de se mettre au nucléaire. LAlgérie ne conçoit pas que le Maroc soit le seul pays du Maghreb à maîtriser cette technologie, même pour une utilisation purement civile, nous explique cet observateur espagnol. Le Maroc possède depuis 2003 un réacteur nucléaire expérimental à Maâmora, dédié à la recherche scientifique. La concrétisation du projet Sidi Boulebra lui permettrait de franchir un palier, et de prendre une longueur davance sur lAlgérie voisine. |
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Combustible. De luranium marocain ?
Parler dune centrale nucléaire revient naturellement à aborder la question du combustible. La polémique suscitée actuellement par le programme nucléaire iranien sexplique par la volonté de Téhéran de poursuivre son programme denrichissement duranium. Une technologie qui peut conduire à la production de combustible nucléaire, susceptible d'être utilisé pour fabriquer une bombe atomique. Il faut savoir que les concentrations en uranium sont souvent plus élevées dans les sols riches en phosphates. Depuis longtemps, des experts internationaux avaient cherché à trouver les moyens les plus rentables pour en extraire. Etant le patron du premier producteur de phosphates, Mostafa Terrab aurait été associé dans le cadre du groupe de travail chargé du dossier nucléaire, nous explique une source proche du dossier. Une explication qui peut paraître grossière puisque, pour développer un programme dextraction duranium et son enrichissement, un pays doit disposer dune technologie très lourde. Ce nest pas le cas pour le Maroc. |
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