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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Religion. L’Etat fait sa com’

Le ministère des Affaires
islamiques vient de lancer
un vaste programme
de réhabilitation des mosquées.
(AFP)

Quelques semaines après l’attentat de Casablanca, le ministère des Affaires islamiques orchestre une riposte médiatique, pour ré-expliquer aux Marocains les piliers de l’islam officiel. Décryptage.


Le 1er avril, le roi préside la journée nationale des mosquées et annonce la revalorisation de la situation matérielle des imams. Le même jour, il reçoit pour la première fois une sélection de jeunes imams fraîchement diplômés du centre de formation de Rabat. Les médias publics ont accompagné ces activités religieuses à travers des
dépêches de la MAP et des émissions spéciales, diffusées sur TVM et Assadissa, visant à vulgariser les piliers de l’islam officiel marocain. Commanderie des croyants, rôle des zaouias, rite malékite… Huit thèmes consacrant “l’unicité religieuse du peuple marocain” ont été retenus pour cette campagne de communication à grande échelle.

D’après nos informations, la diffusion de ces émissions télévisées se serait faite sur instruction royale. Quelques semaines après l’attentat de Sidi Moumen, le ministère des Affaires islamiques a été prié de préparer une riposte médiatique. Dont acte. Mais, comme il est d’usage chez le département d’Ahmed Toufiq, son contenu est resté particulièrement classique. Ainsi, aucune agence de communication n’a été sollicitée pour cette opération de charme d’un autre genre, le ministère préférant tout faire tout seul, comme un grand. chargeant la SNRT de puiser dans sa banque d’images pour illustrer les messages à véhiculer auprès de la population.

Le résultat ? Des documentaires solennels et monotones, dont les commentaires, récités sur un fond musical, rappellent la défunte émission Rokn Al Moufti. Et, cerise sur le gâteau, le tout est ponctué d’extraits de discours royaux. Au final, l’arsenal de communication prend des allures de propagande basique plus qu’autre chose.

Comme pour expliquer le manque de créativité de ces productions, au département d’Ahmed Toufiq on s’empresse d’annoncer qu’il s’agit “d’un premier essai, appelé à être peaufiné l’année prochaine”. “Ce n’est pas beau à voir. On a l’impression que celui qui a préparé ces documentaires voulait s’en débarrasser au plus vite”, fait remarquer un ancien cadre du ministère, qui ajoute: “Au lieu de ressasser des idées archaïques, il faudrait plutôt concevoir des émissions sur la notion de tolérance et inculquer aux Marocains le respect de l’autre”.

Le ministre et les wahhabites
Pour l’instant, on préfère mettre l’accent sur la journée nationale des mosquées, “une première dans l’histoire religieuse du royaume”. Le soir de Aïd al Mawlid, le roi a supervisé la signature de plusieurs conventions de financement entre le ministère des Affaires islamiques et d’autres départements et entreprises publiques et privées, pour la réhabilitation des lieux de culte. Un événement sur lequel Ahmed Toufiq a rebondi le jeudi 5 avril, en donnant une conférence de presse explicitant le contenu de ces conventions. Pourquoi donc un tel engouement pour la chose religieuse ? “Le ministre Ahmed Toufiq a hérité d’un passé très compliqué. Il s’est trouvé dans l’incapacité de mener rapidement et efficacement les réformes ordonnées par le roi, en raison de la résistance des courants wahhabites que son prédécesseur Abdelkébir M’daghri Alaoui avait favorisés, analyse l’islamologue Saïd Lakhal. Toufiq a encouragé ce tapage médiatique autour des mosquées, parce qu’il sait que c’est le seul domaine où il ne risque pas de rencontrer des résistances”.

Selon un responsable ministériel, l’annonce de cette journée nationale n’a rien à voir avec les derniers attentats de Casablanca. “Nous y pensons depuis très longtemps. Le ministère reçoit beaucoup de plaintes au sujet du manque d’entretien des mosquées. Il fallait réhabiliter ces lieux de culte et améliorer la situation des personnes qui y travaillent”, explique-t-il.

D’après les statistiques officielles, parmi les quelque 41 755 mosquées au Maroc, seulement 56% sont raccordées au réseau électrique et 26% à celui de l’eau potable. Dans la réalité, la situation est encore plus critique, puisque ces chiffres ne concernent que les mosquées recensées par le ministère, et n’englobent pas, par conséquent, les constructions anarchiques. Combien sont-elles ? Mystère. Tout ce qu’on sait, c’est que la lutte contre les espaces des prière “clandestins”, démarrée à Casablanca il y a un an et demi, est en cours.

Réhabiliter les imams
La situation des imams n’est pas plus réjouissante. Les chiffres du ministère mentionnent 62 000 imams à travers le pays, dont la rémunération mensuelle tourne autour de 900 DH, soit la moitié du SMIG. Certains imams officiant dans des régions éloignées se contentent même d’une indemnité de… 70 DH ! “Nous sommes conscients que la réhabilitation de la situation des imams est capitale. Un imam mal rémunéré est plus fragile. Il peut sombrer dans le charlatanisme ou se tourner vers des sources de financement qui peuvent menacer la stabilité du pays”, convient un cadre du ministère. Cette population pauvre, souvent peu instruite et, malgré tout, très influente, bénéficiera désormais de l’Assurance maladie obligatoire.

La stratégie ministérielle vise à ménager les susceptibilités du personnel religieux face à la montée des jeunes imams et morchidate, plus privilégiés en matière de salaires. Ayant des diplômes supérieurs, ces derniers émargent à plus de 4000 DH par mois. “C’est bien d’améliorer la situation matérielle des vieux imams. Mais l’important est de les former”, propose à juste titre un ancien responsable ministériel. Pour autant, cette vieille génération est-elle “récupérable” ? Quatre imams sur dix sont âgés de plus de 60 ans. Les pousser à parler du sida, du chômage, du rôle de la femme dans la société, serait peut-être trop leur demander.

Face à ce gap générationnel, il n’est pas étonnant que l’attention soit plutôt accordée aux jeunes morchidate, qualifiées “de locomotives du changement”. Leur condition de femmes leur ouvre toutes les portes et leur permet d’intégrer les familles plus facilement. “Je n’ai pas à décréter le halal et le haram. Mon rôle se limite au conseil”, explique une prédicatrice de Casablanca, qui estime que l’extrémisme émane avant tout des problèmes sociaux. “Chaque fois que je parle à des femmes portant la burqa, je me rends compte qu’elles restent récupérables. J’en ai connu plusieurs qui ont abandonné le tchador pour la jellaba marocaine”, raconte-t-elle. La communication étatique réussira-t-elle à faire aussi bien ?



Sensibilisation. Le retour des oulémas

“Les oulémas feront leur come-back après de longues décennies d’absence du champ public”, promet Mohamed Ycef, président du Conseil supérieur des oulémas. Le Conseil, qui met l’accent sur son autonomie par rapport au ministère des Affaires islamiques, a concocté sa propre campagne de communication. Les conseils régionaux des oulémas initieront ainsi des cours d’alphabétisation dans les mosquées, en parallèle avec ceux organisés actuellement par la Direction de l’enseignement originel, dépendant du département de Toufiq. Le Conseil se chargera également des cours de sensibilisation, qui seront diffusés via les téléviseurs installés dans les mosquées. Seize cours ont déjà été enregistrés et seront diffusés prochainement. Autre nouveauté, chaque délégation planche sur une émission de proximité, où les oulémas expliqueront leurs rôles aux téléspectateurs et parleront des spécificités culturelles et sociales de leur région. Reste à savoir à quoi ressemblera l’emballage médiatique de ces émissions. Sera-t-il calqué sur celui des émissions diffusées sur les antennes de la TVM et d’Assadissa ?

 
 
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