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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Smyej

Grève.
Ghellab/Transporteurs. Le bras de fer


Les syndicats de conducteurs
exigent le retrait pur et simple
du projet de nouveau Code
de la route.
(TNIOUNI / NICHANE)

Le contentieux entre Karim Ghellab et des syndicats de transporteurs persiste. Il commence même à avoir des relents politiques.


En cette matinée de mardi 3 avril, les artères casablancaises, comme celles d’autres villes marocaines, paraissaient bien peu congestionnées. Une aubaine pour les automobilistes, mais un véritable cauchemar pour les utilisateurs de transports interurbains et de taxis. Et pour cause : les professionnels des transports ont une nouvelle fois débrayé, paralysant partiellement les transports de marchandises et de
personnes. Mais cette fois, Karim Ghellab, ministre des Transports et de l’Equipement, est parvenu à limiter les dégâts. Seules les associations des syndicats de conducteurs de poids lourds et de taxis ont respecté les consignes de grève, alors que les transporteurs, affiliés à la Fédération nationale du transport routier (FNTR), s’en sont désolidarisés. Ces derniers étaient en effet parvenus à un accord avec le ministère de tutelle quelques jours plus tôt. Ce fut également le cas des chauffeurs de taxi affiliés à l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM).

Rejet en bloc
Objet du contentieux : le projet du nouveau Code de la route, actuellement en discussion au Parlement. Et principalement certaines de ses dispositions, jugées trop répressives à l’encontre des professionnels du transport. “Nous ne sommes pas en Suède ! Ce nouveau Code n’est pas adapté à la société marocaine d’aujourd’hui. Nous le refusons en bloc et nous ferons tout pour qu’il soit tout simplement retiré”, s’enflamme Mohamed Herrak, secrétaire général du syndicat des conducteurs de taxis et de transport routier, affilié à la CDT.

Premier point d’achoppement: la majoration des amendes liées aux contraventions. Dans le nouveau texte, celles-ci plafonnent désormais à 1500 DH, voire 3000 DH en cas de non-paiement dans un délai de 48 heures. Des montants que les syndicats de conducteurs jugent tout bonnement irréalistes. Pire, ils ne feraient qu'exacerber le phénomène de corruption.

Réponse du berger à la bergère : “Il est normal que les montants des amendes soient élevés, puisqu’ils ont pour fonction d’être dissuasifs, a expliqué Karim Ghellab. Mais, à ce que je sache, les contraventions ne sont pas un produit de première nécessité comme la farine, l’huile ou le sucre. Le conducteur a toujours le choix : pour ne pas avoir à payer une amende, il n’a qu’à éviter d’enfreindre le Code de la route”. Et de poursuivre : “Quant au délai de paiement, nous sommes prêts à le rallonger. Le texte, qui est toujours au Parlement, est susceptible d’être amendé”.

Autres dispositions critiquées par les syndicats de chauffeurs : le retour du retrait du permis de conduire et l’engagement de la responsabilité pénale du conducteur dans certains cas spécifiques. “En nous retirant le permis de conduire, on nous retire également notre gagne-pain. Et si cette loi est appliquée, nous risquons tous la prison”, lance un responsable du syndicat.

Là encore, Karim Ghellab a bien exprimé son incompréhension. “Ces deux mesures ne sont pas propres au nouveau Code de la route : elles existent déjà dans le texte actuel. D’ailleurs, lorsque le retrait du permis a été suspendu en 2006 par une circulaire du premier ministre, cela s’est traduit par une nette augmentation des accidents de la circulation”, argumente-t-il.

Relents politiques
La crise commence même à prendre une tournure politique. En se désolidarisant de l’ordre de grève, le syndicat de conducteurs affilié à l’UGTM a été critiqué par ses pairs, qui l’accusent de céder au ministre istiqlalien.

Mais au sein même du gouvernement, le principe de solidarité ne s’est que mollement manifesté tout au long de cette crise. Déjà, le ministre des Transports a dû batailler pour faire passer, au forceps, “sa” réforme portuaire. Aujourd’hui, avec le nouveau Code de la route, pourtant adopté en Conseil de gouvernement, Ghellab se retrouve quasiment seul en première ligne. “Il y a peu de chances que le projet de loi soit adopté en l’état. Il devra nécessairement comporter certains amendements, notamment en ce qui concerne le montant des amendes”, affirme Ahmed Zarouf, député PPS et membre de la commission parlementaire qui planche actuellement sur le projet. “Si le nouveau Code de la route passe, tout le gouvernement en revendiquera le mérite, remarque un observateur. Mais s’il ne passe pas, c’est le ministre qui en paiera le prix politique”. Le syndrome Saïd Saâdi, célèbre pour son fameux plan (avorté) d’intégration de la femme, n’est pas loin.

 
 
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