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Par Hicham Smyej
Internet. La vie en virtuel
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Dans le Maroc virtuel, la
reproduction de la mosquée Hassan
II est bluffante de précision.
(DR)
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Ils sont plus de 3000 Marocains à mener une vie parallèle sur Second Life, simulation de réalité virtuelle sur Internet. Et dans cet univers imaginaire, il y a même un autre Maroc
Nadia Miles, jeune fille de 22 ans, se promène sans véritable but dans une artère de Manhattan, faisant mine dignorer les quelques passants qui laccostent. Au bout de quelques minutes de lèche-vitrine, elle finit par sennuyer ferme. Elle décide alors de changer de lieu. Direction : une ruelle de Tokyo, où elle atterrit après quelques secondes. Étonnant ? Pas vraiment. Car Nadia Miles nexiste pas, du moins pas dans la |
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vraie vie. Elle nest que lun des milliers de personnages de Second Life, la simulation interactive qui fait fureur sur Internet.
Second Life, littéralement Seconde vie, a été créé en 2003 par le studio de développement en ligne californien Linden Labs. Il sagit dun programme de réalité virtuelle, qui permet à ses résidents dévoluer dans un monde onirique créé en grande partie par les utilisateurs eux-mêmes. Chacun de ces derniers y existe sous les traits dun avatar, alter ego numérique créé de toutes pièces au gré des envies. On peut ainsi être une femme, un homme, un robot, un lapin, être grand ou petit, mince ou obèse, avoir quatre bras ou des ailes
et se déplacer à travers les continents en volant ou par téléportation.
Surtout, SL n'est pas à proprement parler un jeu : ici, pas de scénario préétabli, dobjectif à atteindre ou de mission à accomplir. Chaque personnage est libre d'aller où bon lui semble et de faire ce qu'il veut : créer des objets, bâtir des constructions ou tout simplement flâner à laffût de rencontres, à travers les trois continents et la myriade dîles qui émergent au fur et à mesure que le nombre dabonnés croît.
Une véritable auberge espagnole qui, jusquà présent, a séduit pas moins de 5,2 millions dinternautes à travers le monde. Et le Maroc néchappe à la fièvre SL. À fin mars 2007, ils étaient, daprès les statistiques officielles de Linden Labs, plus de 3100 Marocains à posséder un second moi cybernétique, plaçant ainsi le royaume à la tête des pays arabes et africains en nombre de résidents.
Des expériences inédites
Question : que viennent donc chercher ces centaines de Marocains dans un univers virtuel persistant ? Jai découvert Second Life grâce à un ami féru dInternet. Jy suis venue par curiosité, mais rapidement, jy suis devenue accro, explique la fameuse Nadia, avatar dune jeune étudiante casablancaise dans la vraie vie, qui a préféré garder lanonymat. Aujourdhui, jy ai plein damis. En gros, cela ressemble à un immense salon de discussion, mais avec des personnages presque vivants. Idem pour Farid, informaticien casablancais de 30 ans, alias Fred Johansson sur SL : Bien sûr, cela permet de rencontrer plein dinternautes des quatre coins du monde. Mais se promener dans un univers qui nexiste pas réellement et où tout est possible, cest une expérience unique. Seul regret, le fait que je ne sois quun abonné basique limite énormément mes possibilités. Je ne peux rien créer, acheter ou vendre. En effet, pour aller plus loin dans linteractivité dans le monde de Second Life, il faut souscrire à un abonnement Premium, facturé une dizaine de dollars par mois. Chose impossible pour lécrasante majorité des Marocains, qui ne détiennent pas de carte de crédit internationale. Du coup, cette contrainte les condamne à limiter leurs activités aux flâneries cybernétiques.
our autant, cela ne les empêche pas de vivre sur SL quelques expériences originales, souvent difficiles à réaliser dans la RL (contraction de Real life, la vie réelle). Si Nadia se complaît à changer constamment dapparence et dhabits, Farid dit apprécier les concerts, les jeux de rôle et les virées en boîtes de nuit ou dans les casinos, ouverts 24 heures sur 24. Il avoue également tenter quelques irruptions dans les clubs de strip-tease ou dans les salons mélangistes, où les avatars se livrent à des orgies sexuelles débridées. Daprès le même Farid, les espaces de sexe, très nombreux sur Second Life, seraient particulièrement prisés par les résidents marocains. Dans ces espaces, il marrive souvent de rencontrer des internautes marocains. Ils sont là pour réaliser leurs fantasmes les plus fous, mais seulement dans lespace virtuel, commente Farid.
Le Maroc virtuel
Rassurez-vous : sur Second Life, le royaume nest pas représenté que par des obsédés sexuels en polygones et en pixels. Si le Maroc ne dispose pas, à limage de la Suède, dune ambassade dans cet espace cybernétique, il y existe bel et bien, sous le nom poétique de Virtual Morocco. Ce Maroc virtuel, construit sur lune des nombreuses îles de Second Life, est loeuvre dune équipe denseignants et détudiants de lUniversité américaine Johnson & Wales University, en partenariat avec le ministère du Tourisme marocain.
Au menu, un condensé de quelques monuments et lieux emblématiques de Casablanca, Rabat et Marrakech. Nous avons voulu reproduire une sorte de best of du Maroc, dans le but de faire connaître le pays aux utilisateurs de SL et, avec un peu de chance, les inciter à visiter le pays, explique linitiatrice de lidée, Hilary Mason (alias Ann Enigma sur SL), dans la note de présentation du projet.
Pour cela, six étudiants (cinq designers graphistes et un ingénieur marketing) se sont déplacés au Maroc, accompagnés de deux enseignants (résidents de SL sous les pseudonymes Ann Enigma et Desty Kenzo), pour tenter une immersion dans la culture locale. De retour aux Etats-Unis, le groupe sest lancé dans la construction de ce Maroc virtuel, en utilisant les informations et impressions récoltées lors du voyage.
Le résultat est édifiant. Inauguré le 21 décembre 2006, Virtual Morocco se compose principalement dune mosquée, dun souk et dune médina. Dès larrivée du visiteur, un tarbouche parlant, baptisé Info Fez, lui est remis pour servir de guide. Mention spéciale pour la réplique fidèle et très détaillée de la mosquée Hassan II, au réalisme impressionnant. Détail qui tue : pour y entrer, les visiteurs sont priés de retirer leurs chaussures. Le reste est malheureusement plus proche du cliché pour touristes. Le souk a droit aux inévitables marchands dépices et de tapis et la Médina, graphiquement réussie, sort tout droit dune carte postale bon marché. Idem en ce qui concerne le café Morocco, où le visiteur se voit offrir un verre de thé à la menthe et une chicha
ainsi quun spectacle de danseuses orientales. Pas la peine de chercher : laffiche avec la mention Le plus beau pays du monde ne se trouve nulle part. Même dans un monde virtuel, ce ne serait pas crédible... |
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Business. Fausse réalité, vrais sous
Avec ses cinq millions de résidents, Second Life suscite bien évidemment lintérêt des multinationales, qui y voient un vecteur de communication à des coûts dérisoires. Plusieurs grandes entreprises en ont fait une vitrine pour leurs marques, ainsi quun laboratoire de marketing alternatif. Le constat de départ est simple : lavatar est un consommateur comme les autres, voire plus vrai que nature, puisquil nest limité par aucune contrainte réelle. Il constitue alors une cible de choix pour tester de nouveaux produits et concepts. La voie a été défrichée par la marque américaine de prêt-à-porter, American Apparel, qui a ouvert une boutique virtuelle pour tester sa popularité. Plusieurs marques lui ont emboîté le pas : Toyota a lancé sur SL un nouveau modèle de voiture, Fox y a projeté en avant-première lune de ses productions, alors quIBM a mis en vente des PC que les internautes peuvent commander et payer (via SL), pour les recevoir dans la vraie vie.
Mais SL a aussi ses propres entrepreneurs. En plus des magasins de vêtements, de meubles et autres accessoires pour avatars, certains abonnés se sont lancés dans des activités réellement lucratives. Anshe Chung, l'avatar d'une Allemande d'origine chinoise, a ainsi réalisé des bénéfices coquets en revendant des propriétés virtuelles. Il faut dire quà fin mars, Second Life brassait près de 1,5 milliard de Linden dollars (la monnaie virtuelle de SL), soit léquivalent de 6,5 millions de dollars ! |
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