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Par Youssef Aït Akdim
Iran / Royaume-Uni. Ahmadinejad calme le jeu
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Les 15 marins britanniques,
après leur libération.
(AFP)
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Après deux semaines de détention, lIran a finalement libéré les marins britanniques accusés davoir violé ses eaux territoriales. Mais ce dénouement nocculte pas la crise durable entre la république islamique et la communauté internationale.
Au détour dune conférence de presse assez banale, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a annoncé la libération des quinze marins britanniques capturés le 23 mars dernier. Leur arrestation par la marine iranienne, au motif davoir violé les eaux territoriales de la République islamique, avait provoqué une crise diplomatique qui a tenu |
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le monde en haleine. Tout en rappelant le droit de l'Iran à les juger, Ahmadinejad a présenté la libération comme un présent fait aux Britanniques, rappelant à lordre le premier ministre Tony Blair, linvitant à travailler pour les Britanniques plutôt que d'occuper les autres pays.
Le président, après avoir décoré le commandant en charge de lopération, a reçu les marins, distribuant poignées de main et petites phrases : Comment allez-vous ? Alors, ces vacances forcées ?. Des souvenirs plein la tête, les militaires devraient en avoir à raconter, dès leur retour prévu jeudi midi. Sur les photos, ils ressemblent à une équipe de footballeurs mal fagotés, un peu à létroit dans leurs costumes. À Londres, Tony Blair, aux côtés de sa ministre des Affaires étrangères, Margaret Beckett, pouvait exprimer son soulagement, tout en assurant que son gouvernement avait gardé une position ferme et calme.
Un incident banal
Pour autant, lannonce de la libération des 15 prisonniers na pas apporté de solution au contentieux à lorigine de la capture des marins britanniques. Le matin du 23 mars, quelque part dans lembouchure du Chatt al-Arab (Golfe persique), la marine iranienne a arraisonné une embarcation britannique et son équipage (dont une femme), accusés dêtre entrés illégalement dans les eaux iraniennes. Les marins britanniques venaient de contrôler un navire battant pavillon indien, dans le cadre dinspections de routine visant à empêcher la contrebande darmes en direction de lIrak. Surpris par le déploiement des forces iraniennes (six navires équipés darmement lourd), les Britanniques nopposèrent aucune résistance.
Le bras de fer diplomatique peut commencer. Après deux jours de silence, Tony Blair, qui a rappelé son ambassadeur pour consultation, déclare que larrestation des soldats est une action grave et non justifiée. Plus tard, le premier ministre parlera de lentrée dans une nouvelle phase, si lIran ne libérait pas ses militaires. Le ministère de la Défense britannique divulgue également des informations GPS, affirmant que le personnel navigant se trouvait à lintérieur des eaux irakiennes. Le débat tourne autour de preuves présentées par chacune des parties, mais Téhéran marque un coup avec la diffusion dune vidéo de la jeune soldate Faye Turney, avouant que lembarcation était effectivement entrée dans les eaux iraniennes. La presse populaire anglaise se déchaîne, accuse les Iraniens davoir exercé des pressions sur la jeune femme et parle de violation des conventions de Genève. La mère de la soldate est sur toutes les télés et la Grande-Bretagne en émoi. Après avoir tonné et menacé, peu assuré du soutien européen en cas de prolongement de la crise, Tony Blair a préféré réactiver les canaux diplomatiques.
De vieux contentieux
Néanmoins, les raisons profondes de la crise nont pas encore trouvé de solution. Sur le front irakien, les rapports entre Téhéran et la coalition se sont tendus depuis larrestation par les forces américaines de cinq Iraniens le 11 janvier dernier à Erbil (ville du Kurdistan irakien). Ces derniers sont accusés dêtre étroitement liés aux activités armées contre lIrak et les forces de la coalition. De son côté, le gouvernement iranien accusait le gouvernement irakien et les Etats-Unis davoir commandité et supervisé lenlèvement dun diplomate iranien, début février à Bagdad. Sa libération, lundi dernier, a facilité les négociations.
Rien na filtré sur le contentieux territorial, mais il semblerait que le coup de force iranien pourrait créer un avantage en sa faveur. Le Chatt al-Arab est une zone contestée, formant une partie de la frontière naturelle entre lIrak et lIran. Cette zone fournit à lIrak sa seule entrée maritime avec lunique port de Bassorah. À lest, côté iranien, se trouve le port dAbadan, détruit pendant la guerre Iran-Irak. La dispute est multiséculaire et cest le tracé de la frontière, accepté en 1975 puis récusé par Saddam Hussein, qui a été lun des déclencheurs de la guerre entre les deux pays dans les années 80. Cette petite bande de mer attise aujourdhui la convoitise de Téhéran, qui aimerait sen servir comme dun atout dans le cadre de sa politique régionale.
Car lintérêt du gouvernement dAhmadinejad pour le sujet se conjugue à dautres éléments de son agenda de politique étrangère. Tout dabord, loccasion était belle pour lIran, au moment où le Conseil de sécurité de lONU votait un renforcement des sanctions économiques à son encontre, de réaffirmer sa capacité de nuisance dans la région. Pour le président conservateur, la situation actuelle est plutôt favorable. La communauté internationale reste divisée sur laggravation des sanctions contre lIran. Ainsi, pendant la crise, lappel des Britanniques à une pression européenne, sous la forme dun retrait des garanties de crédit à lexportation accordés par la France, lAllemagne ou lItalie, na pas rencontré décho favorable.
Pour les conservateurs iraniens, la politique étrangère est aussi une ressource interne : en exacerbant les sentiments nationaux, elle leur permet de se renforcer face à une opposition réformatrice bien terne. Surtout, ce genre de crise réactive lidéologie du martyr comme le rappelle Robert Fisk, le doyen des journalistes anglais au Moyen-Orient, en parlant dune guerre dhumiliation car, dit-il, les Iraniens comprennent lOccident. Ils le comprennent même mieux que nous ne nous donnons la peine de comprendre lIran. Nous avons oublié le renversement de Mossadeq. |
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Mystère. Qui dirige vraiment lIran ?
Après le raz-de-marée conservateur des législatives de 2004 - le Conseil des gardiens de la révolution ayant rejeté la candidature de nombreux réformateurs pour manquement à lislam- le scrutin présidentiel de 2005 portait à la tête de lEtat lancien maire de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad, inconnu à létranger
sauf aux Etats-Unis où il a immédiatement été accusé davoir fait partie des complices de la prise dotages de lambassade américaine en novembre 1979. Si le pouvoir législatif reste fort, lessentiel du pouvoir réside entre les mains du guide suprême, layatollah Ali Khamenei, dont le pouvoir sest consolidé depuis 2005. Ahmadinejad lui doit en partie sa victoire, et la hiérarchie entre les deux hommes ne souffre aucune ambiguïté. Sil était besoin de la rappeler, la question a été tranchée lors du bras de fer perdu au final par Ahmadinejad pour la nomination du ministre du pétrole. Né en 1939, et second de Khomeiny dès les débuts de la révolution islamique, Khamenei a été président pendant la guerre Iran-Irak. Depuis la mort du guide, il est considéré comme le véritable homme fort du régime. Lhomme sexpose moins aux médias que le président, mais ses discours déterminent souvent les grandes orientations du pays. Moins charismatique que son prédécesseur, il a assis son pouvoir à coups de négociations. Nul doute, cest bien lui qui tire les ficelles. |
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