Énergie. L'ambition nucléaire
Religion. L'Etat fait sa com'
Ghellab/Transporteurs. Le bras de fer
Reportage. Voyage au royaume du Cheikh Hamza
Tribunaux. Les greffiers sortent leurs griffes
Internet. La vie en virtuel
Iran / Royaume-Uni. Ahmadinejad calme le jeu
Immobilier. Cherche moyen standing désespérément
Driss Chraïbi. Qu'est-ce qu'on a pu faire commeconneries !
Télévision. Vieille dame et nouvelle scène
N° 268
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



La semaine Maroc

Une loi, c’est bien, encore
faut-il vouloir l’appliquer.
(AFP)

Code de la Famille. La mauvaise foi des juges

La Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF) vient de publier un rapport très critique sur l’application du Code de la famille. Sept régions, où l’association dispose d’un centre d’écoute, ont été l’objet de l’enquête. Les résultats récoltés montrent que, entre le discours et les réalités du terrain, le fossé est énorme. Jugez-en : rien qu’à Mohammedia, on a pu autoriser 83,33% des demandes de polygamie et 89,8% des autorisations de mariage avec des mineures. Des chiffres très supérieurs aux moyennes nationales publiées, il y a peu, par le ministère de la Justice, qui se voulait rassurant sur “l’assimilation
progressive de la réforme du Code de la famille”. L’enquête de la LDDF révèle par ailleurs la persistance d’un problème de culture… chez les juges. “À Casablanca et Larache, les présidents des tribunaux ont refusé de collaborer, prétextant le secret professionnel”, nous a ainsi expliqué Fouzia El Assouli, présidente de la LDDF. Et ce n’est pas tout ! Les juges qui ont validé les mariages avec des mineures ont évoqué, pour certains, “le souci de préserver la chasteté des jeunes filles demandées en mariage” pour justifier les autorisations accordées ! “Quant à la polygamie, elle continue d’être accordée normalement, alors que les textes lui confèrent un caractère d’exception”, ajoute une source à la LDDF. À signaler, enfin, que le partage des biens, qui figure parmi les “révolutions” du nouveau Code, n’est pas appliqué… parce que les formulaires détaillant leur gestion ne sont pas disponibles dans les tribunaux. Et puis, le législateur a spécifié que “l’effort dans le foyer doit être comptabilisé (dans le partage des biens)”, mais il n’a pas dit comment l’évaluer...


Religion. Oulémas et patriotes

Le Conseil supérieur des oulémas tiendra sa session du 15 avril à Laâyoune. Une première, pour ce Conseil qui a l’habitude de se réunir à Rabat. Le choix -très original- de Laâyoune répond à des considérations politiques “pour accompagner la communication internationale autour du plan d’autonomie”, nous confie-t-on. Les oulémas débattront de leur nouveau rôle social, particulièrement la lutte contre l’analphabétisme dans les mosquées et la nouvelle stratégie d’approche des MRE, pour les sensibiliser au modèle islamique marocain. Le tout, probablement accompagné d’un bon thé sahraoui. Qui dit mieux ?


GSPC-GICM. L’Internationale terroriste

Le gouvernement espagnol a autorisé, vendredi dernier, l’extradition vers le Maroc de M’barek El Jaâfari, membre présumé du GSPC algérien (plus connu aujourd’hui par Al Qaïda au pays du Maghreb islamique). Selon les autorités espagnoles, El Jaâfari a recruté plusieurs éléments pour planifier des attaques terroristes au Maroc et en Irak. Rappelons par ailleurs que le tribunal de Rabat avait déjà auditionné 31 membres d’une cellule spécialisée dans le recrutement de “combattants marocains pour l’Irak”. Les premiers éléments de l’enquête avaient renforcé la thèse selon laquelle des liens financiers et logistiques existeraient entre cette cellule et des groupes terroristes, dont le GSPC et le GICM marocain.


Police academy. Draïss maître d’école

Même si la décision de retourner sur les bancs de classe n’a pas fait sauter de joie tous les éléments de la police judiciaire, de nombreux officiers ont déjà rejoint les écoles de police de Kénitra et Bouknadel dans le cadre de ce qu’on peut appeler une “formation continue”. L’objectif de ce recyclage, décidé par Charqi Draïss et prévu pour s’étendre à tout le territoire, est de mettre à niveau les troupes pour faire front à de nouveaux défis, dont la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée (vol de voitures, fausse monnaie, trafic de stupéfiants, etc). La police academy a de beaux jours devant elle.


Marrakech. Jésus non grata

La troisième édition du Friendship fest, festival de rock américain chrétien, prévue pour le mois de mai à Marrakech, sera probablement annulée, si l’on en croit des sources dans la ville ocre. “C’est le président de la région qui a pris cette décision pour ne pas risquer d’être attaqué par les détracteurs du festival”, nous a-t-on expliqué. Les précédentes éditions du Friendship fest avaient récolté autant de succès chez le jeune public (qui y avait découvert, au passage, des groupes de rock marocains) que de critiques chez certains milieux qui y voyaient une “stratégie d’évangélisation progressive des jeunes Marocains”. En annulant (définitivement ?) le Friendship fest à Marrakech, les autorités marocaines ont sans doute voulu s’épargner une nouvelle volée de bois vert en période pré-électorale.


11 mars. La filière de Mohammedia

Le juge d'instruction de la Cour d'appel de Rabat a auditionné, mardi dernier, cinq personnes issues de la ville de Mohammedia, poursuivies dans le cadre de la loi antiterroriste. Le juge a ordonné de placer en détention préventive, à la prison de Salé, les cinq personnes pour “apologie d'actes terroristes, appartenance à une association religieuse non reconnue et réunions publiques sans autorisation préalable”. Dans ce groupe se trouve, entre autres, un ingénieur, propriétaire d’une petite unité chimique, qui aurait vendu des produits servant à fabriquer des explosifs aux kamikazes du 11 mars de Sidi Moumen.


Maradji. Surbooké et heureux de l’être

Après avoir reçu cette semaine la médaille d’or de l’Académie des arts et des sciences de Paris, Mohamed Maradji vient d’annoncer qu’il compte ouvrir, courant 2008, la première école de photographie et d’image numérique au Maroc. Le photographe ne compte pas en rester là puisqu’il a également prévu la publication d’un livre relatant ses 50 ans d’expérience, en plus de l’organisation d’une “expo du siècle” au cours de laquelle le public découvrira des photos inédites de différentes personnalités ayant marqué le Maroc depuis l’indépendance. Bon courage à notre photographe national !


Drogue. La passerelle portugaise

Le Portugal serait-il devenu un nouvelle passerelle du trafic de drogue entre le Maroc et l’Espagne ? C’est du moins ce que laisse croire la saisie, le week-end dernier par les autorités portugaises, d’un véhicule transportant près de 3,3 tonnes de haschich se dirigeant vers la frontière avec l’Espagne. La drogue en question aurait été d’abord convoyée, par voie maritime, du Maroc vers le Portugal, avant d’emprunter un cheminement terrestre vers l’Espagne. l’AFP, qui a rapporté l’information, ajoute par ailleurs que le conducteur du véhicule arrêté est un Marocain âgé de 21 ans, appréhendé après une course-poursuite sur huit kilomètres.



3 questions à
Kacem Basfao
[Écrivain, compagnon de feu Driss Chraïbi]


Que représente pour vous le décès de Driss ChraÏbi ?
J’ai perdu un ami de 32 ans, fidèle, affectueux... Ce n’est pas rien. Driss Chraïbi était un précurseur, contrairement aux écrivains de son époque qui décrivaient un Maroc exotique, ce qu’on peut appeler le Maroc des Français. Dans Le passé simple, par exemple, il a rompu avec cette image en dévoilant l’émergence de l’individu contre la société patriarcale. Dans Les boucs, paru en 1955, le défunt est le premier à parler de l’émigration. Vingt ans plus tard, le thème est repris par Tahar Benjelloun et Youssef Alami.

Vous étiez proche du défunt. Quelles sont les ambitions qu’il nourrissait avant sa mort ?
Deux sujets lui trottaient en tête. D’abord, un livre qu’il a commencé à écrire sur la situation en Irak et en Palestine. Ensuite, je l’ai sollicité pour être membre du jury du Grand prix de la nouvelle que je préside parce qu’il voulait connaître les jeunes écrivains et promouvoir leurs créations à l’international. Malgré son âge avancé, il avait une agilité d’esprit extraordinaire.

Qu’est-ce qui lui tenait le plus à cœur dans le Maroc d’aujourd’hui ?
Feu Driss adorait être avec les gens simples. Il avait horreur des salons et des mondanités. D’ailleurs, durant toute sa vie, il a choisi d’habiter dans des lieux reculés. Très réaliste et très critique, il était révolté contre les comportements stéréotypés de la bourgeoisie...


Insolite. Morchidate en Mob’

Les morchidate rouleront bientôt sur des mobylettes. Le ministère des Affaires islamiques vient d’acquérir une centaine de deux roues motorisées pour permettre aux prédicatrices de circuler plus facilement dans les régions où elles sont affectées. “Elles parcourent de longues distances et ont besoin d’un moyen de transport pour visiter les mosquées, les associations et les prisons”, explique une source ministérielle. Depuis le lancement de la féminisation du champ religieux, 100 morchidate ont été formées et affectées aux Conseils régionaux. Avec leurs nouvelles mobylettes, nos prédicatrices feront sensation. Question : un casque sur un voile, ça donne quoi ?


Transition. La démographie d’abord !

La Fondation Res Publica, proche du souverainiste de gauche Jean-Pierre Chevènement, vient de publier sur son site web (www.fondation-res-publica.org) une étude réalisée par les démographes Youssef Courbage et Emmanuel Todd sur les effets politiques et sociaux de la transition “démographique” marocaine. L’analyse est globalement positive puisqu’elle lie, selon ses auteurs, la baisse de la fécondité (tendance lourde avec moins de 2,5 enfants par femme) à des perspectives réjouissantes dans les domaines de l'éducation (baisse de la pression des entrants) et sur le marché du travail (remplacement des retraités par des jeunes mieux formés, baisse de l'immigration). Moralité : au Maroc, la transition démographique avance plus vite que la démocratique.


Prison. L’évadée malade

Une détenue a tenté de se faire la belle dans la soirée du 31 mars. La dame, qui avait été conduite à l’hôpital Mohammed V de Safi pour y subir une opération chirurgicale, a profité d’un instant d’inattention des gardiens pour se faufiler à l’extérieur du service de chirurgie. La prisonnière, qui purge une peine de 20 ans à la prison civile de Safi pour avoir tué (et découpé en morceaux) sa bonne, a été rattrapée quelques heures après s’être cachée à l’arrière des cuisines. L’histoire ne nous dit pas si l’intervention chirurgicale dont devait bénéficier la détenue a fini par avoir lieu…


Agadir. Pêche, sit-in et politique

Un sit-in devrait avoir lieu, le 11 avril, devant le consulat de France à Agadir…pour protester contre Khadija Doukkali, la Franco-marocaine qui figure dans le staff du “présidentiable” Nicolas Sarkozy. “Mme Doukkali dirigeait une société spécialisée dans la pêche hauturière basée à Agadir. En 2005, des marins employés par la société sont revenus atteints de malaria à l’occasion d’un voyage en Guinée équatoriale et, depuis, ils attendent de récupérer leurs droits”, nous a notamment expliqué Abderrahmane Yazidi, S.G du Syndicat des officiers et marins de la pêche hauturière. Selon la même source, “les marins ont porté l’affaire devant la justice, et la société est aujourd’hui en redressement judiciaire”. Une affaire à suivre.


Cinéma. Mon nom est Marroccu

Son originalité ne tient pas qu’à son nom. Yassine Marroccu est un cinéaste marocain de 27 ans, déjà auteur d’un court-métrage intéressant (“Derdba”), d’un clip remarqué (Dear Mama, du duo Barry - Oum), et qui vient de boucler le tournage d’un long-métrage en Italie ! Yassine, qui vit entre le Maroc où il est né, et l’Italie d’où est originaire son père, a filmé, comme il le dit lui-même, “une histoire d’intégration, de clandestins et de désenchantement”. Le film, entièrement financé en Italie, s’intitule “Tre” (trois) et il devrait être distribué à la rentrée 2007. C’est le premier long-métrage filmant la communauté marocaine d’Italie, réalisé qui plus est par un Marocain. Il était temps !


Chauffe-eau chinois. Ils tuent encore

Deux personnes ont trouvé la mort la semaine dernière à El Jadida, suite à l’inhalation du gaz émanant d’un chauffe-eau “made in China”. Selon Abderrahim Hamdoune, président de l’Association de défense des victimes des chauffe-eau à gaz (oui, oui, ça existe), “l’Etat ne peut continuer à réfuter la thèse de la défaillance des normes de sécurité”. À signaler que le propre fils de Hamdoune avait péri l’année dernière, avec trois amis, dans les mêmes conditions. Les autorités ont procédé à une autopsie pour vérifier si la mort n’est pas due à une intoxication ! Depuis, silence radio. “Ils ne m’ont toujours pas dit de quoi mon fils est mort”, s’indigne encore le père.


Al Adl Wal Ihsane. Un rossignol en cage

Malgré la mobilisation d’une dizaine d’avocats d’Al Adl Wal Ihsane, Rachid Ghoulam, le adliste accusé d’adultère, a été condamné à un mois de prison ferme, en plus d'une amende de 1000 DH, par le Tribunal de première instance d'El Jadida. Le “rossignol de la Jamaâ”, comme on se plait déjà à l’appeler, a été auparavant assuré de la bénédiction de Cheikh Yassine, ainsi que du soutien d’une centaine de militants qui ont manifesté devant le tribunal pour contester un “procès préfabriqué”. Selon la théorie des adlistes, le patron de la troupe artistique Talaâ Al Fath, connu pour sa popularité au sein de la Jamaâ, aurait d'abord été “arrêté à Casablanca par des éléments de la police, emmené de force dans une forêt, puis transféré à El Jadida pour se faire accuser d’adultère” ! Un scénario que rien, pour le moment, ne semble confirmer.



Humeur. La rose

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info

J’ai aimé cette accroche en deux étages, en manchette du journal Al Ittihad Al Ichtiraki du 3 avril : “Plus de 200 000 Marocains ont assisté au Festival de la rose. Dialogue franc entre les citoyens et l’USFP autour des questions (du Maroc) de l’heure”. Les deux phrases magiques sont chargées d’étincelles : le chiffre (200 000) est rond et beau, les vocables (rose, citoyens, dialogue franc) sont sortis d’un conte d’enfant, l’ensemble vous transporte vers le merveilleux. La réalité est légèrement moins rose. Un ami musicien, qui a figuré parmi les invités du “Festival de la rose”, raconte : “Je suis venu pour jouer ma musique devant mon public. À aucun moment, l’agence qui m’a contacté ne m’a parlé ni de la rose, ni de l’USFP”. Un autre ami, parmi le public, avoue : “Je suis venu sur la base d’une information relayée par un forum sur Internet. L’annonce disait : Bigg et Hoba se produisent dimanche, en plein air, à Casablanca. Venez nombreux !”. J’ignore si le fait de ne pas tout expliquer relevait de la stratégie communicationnelle (un teasing, peut-être ?). Ce qui est sûr, c’est que ça a fonctionné. L’USFP a réuni un public fou, même si ce public, comme il m’a été dit, “ne savait pas vraiment qu’il était rassemblé devant l’USFP”. Un autre spectateur, plus initié, m’a dit : “Quand un représentant de l’USFP prenait la parole à la fin d’un set musical, le public le sifflait. L’homme ne comprenait pas que les jeunes en face de lui étaient venus, justement, en réaction contre la langue de bois qu’il distillait !”. Personnellement, j’espère que les socialistes ont tiré profit de ce printemps de la rose, très populaire et très bizarre. Même si je ne suis pas sûr que beaucoup parmi les “200 000 citoyens” qui ont senti la rose, ce jour-là, iront voter en septembre prochain.



VITES !

Selon des sources diplomatiques, des représentants marocains devraient faire partie de la commission qui se rendra en Israël pour expliquer dans le détail l’offre de paix (“La terre contre la paix”) proposée par le dernier sommet arabe de Riyad. Aucune date n’a pour le moment été confirmée pour ce déplacement pour le moins sensible.


Le PPS vient d’éditer un livre récapitulatif des travaux de son 7ème congrès et un livret relatif au dernier conseil national où un hommage a été rendu au regretté Abdellah Layachi, pilier de l’ancien Parti communiste marocain. Cela s’appelle de la communication et l’ensemble de la classe politique ferait bien de s’en inspirer.


Les villas cossues de Aïn Diab sont désormais sous haute surveillance policière. Les policiers en civil, qui suivent de près les allées et venues du gotha casablancais, auraient pour instructions de dresser une liste détaillée des villas louées à la journée (et à la nuit) aux noceurs locaux ou étrangers qui s’y adonnent aux plaisirs de la chair. À quelle fin ?
 
 
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