ZB déteste les petits taxis, abhorre les grands et ne supporte pas les autobus.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Lorsque Zakaria Boualem est sorti de chez lui, il n'a rien compris. Il a cru un instant être en Suisse, ou du moins dans l'idée qu'on se fait de la Suisse. C'est-à-dire un truc calme et propre. Il lui a fallu plusieurs minutes pour comprendre : les transports publics sont en grève. Pas de taxi, ni grand ni petit, pas même moyen - ce qui n'a rien à voir avec la grève - et surtout pas d'autobus. Pas même les autobus surréalistes des élections 2007, ceux qui sont neufs et vides.
En passant, si un brillant cerveau de publicitaire passe par ici, il serait sympa d'expliquer à Zakaria Boualem pourquoi les élections sont symbolisées par un autobus vide. À moins que ce soient les autobus qui sont symbolisés par des élections vides ? ça veut dire quoi ce truc ? Une référence à l'urne ? Un truc un peu subtil du genre : élection donc mouvement, nouveau départ, donc autobus mais propre parce que c'est la télé ?... Zakaria Boualem attend la réponse et merci.
Donc, ce matin, la rue casablancaise est classe. Elle ne pue pas, elle ne déborde pas, elle ne hurle pas. Dans un premier temps, c'est la panique : Zakaria Boualem est obligé de marcher pour aller au boulot. Dans un second temps, marcher devient un plaisir. Dans un troisième temps, Zakaria Boualem souhaite qu'ils ne reviennent jamais. Il imagine un monde sans taxi. Personne ne bouge de son quartier, ou alors au minimum. Celui qui veut faire quelque chose il le fait près de chez lui. Du coup, tous les quartiers s'équipent, c'est obligé. Les |
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Marocains marchent, deviennent sportifs, décrochent des médailles aux Jeux Olympiques... moins d'asthme... Ventoline fait faillite... Sans mazout dans la rue, les Marocains deviennent blonds. Du coup, on ne fait plus la différence avec les touristes, les bazaristes ne savent plus qui harceler et le tourisme explose... et puis, plus de visite de famille obligatoire, c'est trop loin pour faire des politesses... donc moins de contacts, moins de conflits familiaux... STOP !
Cette réflexion débile, outre le fait qu'elle ne mène nulle part, est guidée par la mauvaise foi. C'est que notre homme déteste les petits taxis, abhorre les grands et ne supporte pas les autobus. Mais, évidemment, il en a besoin, et ça l'énerve encore plus. Voici la liste de ses griefs, sans ordre comme d'habitude :
1. Ils conduisent mal. Pas forcément vite, juste mal. La preuve : avez-vous déjà vu un autobus sans traces d'accrochage ? Je veux dire, à part celui des élections 2007 ?
2. Ils sont inconscients. Il est bien possible que le Maroc soit le seul pays au monde où les taxis ont fait grève pour refuser la ceinture de sécurité. Pour justifier cette étrange décision, ils ont évoqué des problèmes de dos, de sécurité, de respectabilité, de décence sexuelle... Certains ont même jugé que la ceinture en elle-même était un objet inutile.
3. Ils sont impitoyables. C'est lorsqu'on en a le plus besoin qu'ils vous mettent le couteau sous la gorge, qu'ils se mettent à faire la loi. Quiconque a déjà essayé de prendre un taxi à la sortie d'une gare sait de quoi Zakaria Boualem veut parler. C'est une expérience affreuse.
4. Ils sont racistes. À Marrakech, ils n'embarquent plus les Marocains. En France non plus, d'ailleurs (ils n'embarquent plus les Marocains). Ajoutez à cela qu'ils ne savent pas calculer correctement, qu'ils n'ont jamais de monnaie, qu'ils décident tous seuls de votre destination et de votre parcours, qu'ils s'arrêtent tous les trente mètres pour tenter d'embarquer de nouveaux clients, qu'ils ont toujours froid allez savoir pourquoi, qu'ils passent leur temps à diffuser des informations douteuses, des analyses politiques vaseuses, qu'ils attendent toujours que la demoiselle descende pour faire des commentaires derrière son dos, ou sur le bas de ce dernier, etc.
Bon, je ne sais pas pour vous, mais Zakaria Boualem se sent mieux. Mais il est bien possible quil change davis, si la grève dure trop longtemps. Il est comme ça, le Boualem : il s'énerve vite, mais ça ne dure pas longtemps. |