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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Bourse. le hit-parade des résultats 2006

Le siège de la Bourse
à Casablanca.
(TNIOUNI / NICHANE)

Fin mars, la cueillette des bénéfices des sociétés cotées est finie. Passage en revue des tops et flops des gains, des stars et des canards boiteux de la cote.


Les yeux figés sur un tableur Excel, la sueur perlant sur son col blanc, H.S. vit l’une des journées les plus stressantes de la saison. “Chez nous, il n’y a pas de vacances de Pâques. L’activité boursière est intense”, confie ce chef de département “Analyse & Recherche” qui subit la cyclicité du marché depuis les balbutiements de la place casablancaise, au milieu des années 90. En effet, avant le 31 mars,
toutes les sociétés cotées (mis à part quatre entreprises dont l’exercice fiscal est décalé) sont tenues de rendre publics leurs bilans. Chez les sociétés de Bourse, l’heure est au réajustement des prévisions et à la révision des recommandations. “Les clients doivent impérativement recevoir une mise à jour des prévisions et nos opinions sur les valeurs constituant leur portefeuille après la publication de ces résultats”, explique cet analyste.

20 milliards de bénéfices
Et le cru 2006 des résultats vaut bien le détour. Le cumul des bénéfices de 60 sociétés inscrites à la cote flirte avec les 20 milliards de dirhams, un seuil jamais atteint. Néanmoins, à l’origine de cette croissance bénéficiaire de 16% pour l’ensemble de la place, on retrouve évidemment les mastodontes de la cote. Trois sociétés, à elles seules, totalisent la moitié des bénéfices du marché. L’imbattable Maroc Telecom, fidèle à elle-même, propulse chaque année ses bénéfices de plus d’un milliard de dirhams. À fin 2006, l’opérateur apporte près de 7 milliards de dirhams à la cagnotte. Attijariwafa, récoltant les fruits d’une fusion visiblement réussie, franchit le cap des 2 milliards. Le holding ONA signe, de son côté, un record avec un résultat qui dépasse, pour la première fois, le milliard de dirhams. Cette concentration de la capacité bénéficiaire reste à l’image du marché. Les 10 plus grandes sociétés, qui représentent 75 % de la capitalisation globale de la place, dégagent également les trois quarts des bénéfices du marché.

L’arrivée de nombreuses nouvelles recrues, depuis 2006, n’a rien changé à cette donne. Leur apport aux bénéfices demeure assez modeste. Seule Addoha, qui a trouvé rapidement sa place parmi les “blue chips” du marché (2ème capitalisation boursière), fait défaut à cette règle. Elle enregistre 536 millions des 730 millions de dirhams de gains cumulés des sociétés qui publient pour la première fois leurs résultats (soit 73%). “Il fallait s’y attendre. La plupart des sociétés arrivées en Bourse depuis 2006 restent de petits calibres”, explique cet analyste. Certaines nouvelles recrues affichent néanmoins des taux de croissance de bénéfice assez spectaculaires. Deux sociétés introduites en 2006 figurent d’ailleurs dans le top 10 des plus importantes hausses. Risma, la valeur hôtelière, après sept années de développement, affiche son premier résultat bénéficiaire, atteignant 57 millions de dirhams. SRM, de son côté, multiplie son bénéfice par 2,5, mais plafonne à 12,4 millions de dirhams.

L’automobile assure
Vu sous un angle sectoriel, le secteur de l’automobile signe la meilleure progression de la cote, avec des bénéfices qui ont bondi de 60% entre 2005 et 2006. Une hausse due d’abord au doublement des résultats d’Auto-Hall. Mais à en croire les prévisions de BMCE Capital, la société ne saurait garder une telle cadence. “La fin de l’exonération de la TVA pour les sociétés de Leasing et de LOA pourrait se traduire par un ralentissement des écoulements des voitures particulières en 2007. De même, le déficit pluviométrique observé au premier trimestre 2007 augure d’une mauvaise campagne agricole, qui affectera fortement les ventes des machines agricoles”, peut-on lire sur le trimestriel de la banque d’affaires, qui recommande de conserver le titre Auto-Hall. Deuxième secteur en forme : les assurances. Malgré la contre-performance du courtier Agma, les résultats des deux représentants du secteur (La Marocaine-Vie et Wafa Assurance) ont suffi pour doper les gains de ce segment. En effet, Wafa Assurance, profitant de transferts de contrats (résultant de l’adossement au groupe ONA) ,a pu signer une augmentation des bénéfices de plus de 70%, à hauteur de 313 millions de dirhams.

Les valeurs bancaires prennent également place sur le podium. Le coup d’accélérateur d’Attijariwafa bank et le soubresaut du CIH, qui (après des années sombres) renoue avec les bénéfices, propulsent les résultats du secteur de plus de 23%. En lanterne rouge, toutefois, le secteur des mines, qui a vu ses bénéfices fondre de moitié. Managem, dont le résultat 2005 était dopé par une plus-value sur la cession de Semafo, a vu son résultat dégringoler de 83% en cette année. SMI, la filiale du même groupe, a également subi tout le poids d’un bénéfice exceptionnel négatif. “Suite à une reprise de provisions pour reconstitution de gisement et à des charges nettes non courantes de 86 millions de dirhams liées aux restructurations du portefeuille de couverture, le résultat net s’effrite de 81%”, expliquent les analystes de BMCE Capital.
Ces tops et flops n’ont que peu affecté la progression des cours. “Il n’y a pas eu de grandes surprises par rapport à nos prévisions et les investisseurs ont largement anticipé ces performances”, explique cet analyste. Les cours ont en effet progressé de 21% depuis le début de l’année. Une hausse qui dépasse largement le taux de croissance bénéficiaire de la place qui s’établit à 16% seulement. Résultat : le décalage entre les niveaux de cours et les données fondamentales du marché devient de plus en plus important. En effet, le multiple moyen de résultat du marché avoisine actuellement les 25 fois. “Un niveau très élevé par rapport à l’historique de la place. Ce qui veut dire que l’on n’est pas à l’abri d’une sévère correction qui pourrait intervenir à tout moment”, conclut notre analyste.


Source : Sociétés de Bourse
Les 5 plus gros résultats en 2006 en millions de dirhams
Maroc Telecom
Attijariwafa bank
ONA
Lafarge Ciment
BMCE Bank
6700
2000
1000
950
830


Source : Sociétés de Bourse
Les 5 plus importantes hausses de résultats en millions de dirhams
Risma
CTM
Zellidja
Oulmès
SRM
56,8
21,4
35,3
8,3
12,4



Dividendes. Un rendement modeste

Les sociétés cotées se sont montrées relativement généreuses vis-à-vis de leurs actionnaires. Près de la moitié des résultats réalisés devrait être distribuées sous forme de dividendes, une fois les propositions validées par les différentes assemblées générales. Huit sociétés ont même puisé dans leurs réserves pour distribuer à leurs actionnaires un montant plus important que les bénéfices dégagés. À titre d’exemple, Fertima, qui a essuyé des pertes en 2006, s’est sentie obligée de maintenir son dividende à 10 DH par action. Autre cas : Lafarge Ciments procède à la distribution d’une rémunération exceptionnelle qui absorbe tout son résultat en plus de 275 MDH ponctionnés sur les réserves. En moyenne, néanmoins, le rendement du marché demeure assez faible (moins de 2%). Une rémunération largement inférieure aux produits de placement les plus basiques. Les bons du trésor sur une année rapportent par exemple 2,9%. Pis encore, la valeur même de l’argent (inflation) a augmenté en 2006 de 3,2%. “Ce n’est pas que les entreprises ne distribuent pas suffisamment de bénéfices, c’est juste que les cours sont actuellement trop élevés”, explique cet analyste. Un autre indice révélateur de la surévaluation de la place casablancaise.


Top 5 du rendement des dividendes en DH
Valeur
Dividende par action*
Cours**
Rendement
Maroc Telecom
7,88
137
5,8%
Agma
200
3600
5,6%
Maghrébail
40
766
5,2%
Eqdom
90
1947
4,6%
Lafarge Ciments
258
5650
4,6%
(*) en dirhams
(**) en dirhams, cours au 9 avril 2007

 
 
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