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Par Youssef Aït Akdim
Moyen-orient. Abdallah léquilibriste
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Entre le roi Abdallah dArabie
Saoudite et George W. Bush,
les relations ne sont pas
au beau fixe.
(AFP)
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Puissance sunnite inquiète des ambitions iraniennes, lArabie Saoudite multiplie les initiatives diplomatiques au Moyen-Orient, soffrant même une légère impertinence à légard des Américains. Décryptage.
Si lon en croit le Washington Post, le roi Abdallah dArabie saoudite aurait décliné linvitation du président américain George W. Bush au dîner dEtat, qui devait être organisé en son honneur à la Maison Blanche à loccasion de sa visite officielle à Washington. Beaucoup dencre a coulé sur le camouflet ainsi infligé par le souverain saoudien, |
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allié stratégique des Etats-Unis et ami des Bush, à ladministration américaine et à sa politique moyen-orientale. Le roi Abdallah nen est pas resté là. À loccasion du discours de clôture du sommet des chefs dEtat arabes à Riyad, fin mars, il a commenté en des termes peu diplomatiques la présence militaire américaine en Irak, la qualifiant doccupation étrangère illégitime à lombre de laquelle le sang des frères irakiens est versé. Sil lui a valu une longue accolade de Bachar Al Assad, le coup médiatique a été, on sen doute, mal accueilli par le département dEtat américain, à la fois pris de court et embarrassé devant lattitude dun allié solide dans la région.
Abdallah en médiateur
LArabie Saoudite semble sêtre remise en selle dans la région, profitant de la guerre en Irak et du chaos en Palestine pour tirer son épingle du jeu. À peine débarrassés de lennemi Saddam, les Saoudiens voient monter avec inquiétude la puissance iranienne. Cest en ce sens quil faut lire lactivisme diplomatique des derniers mois, les accords de la Mecque, qui ont permis de calmer pour un temps la crise inter-palestinienne, nétant que la première étape dune initiative de règlement du conflit israélo-arabe. Comme le souligne lONG détudes stratégiques International crisis group, cet accord devait permettre au Hamas et au Fatah de rétablir lordre et de contrôler les milices ; aux Israéliens et Palestiniens de mettre en place un cessez-le-feu global et dinitier un processus de paix crédible.
Le plan saoudien est donc en deux temps. Le second était la déclaration adoptée par le sommet des pays arabes, qui sest tenu à Riyad les 28 et 29 mars derniers, appelant Israël à reprendre le chemin des négociations de paix avec les Palestiniens en échange dune normalisation des relations entre les pays arabes et lEtat hébreu. Cette formule - appelée Plan Abdallah - date en fait du sommet de Beyrouth en 2002, à lépoque où Abdallah était encore prince héritier. Aujourdhui, loffre se précise : le retrait de larmée israélienne de tous les territoires arabes occupés en 1967 ; la création dun Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale ; une solution juste et agréée (agreed-upon) du problème des réfugiés palestiniens, en accord avec la résolution 194 votée par lAssemblée générale des Nations unies en 1948 ; la sécurité pour tous les Etats de la région (dont Israël).
Pour linstant, la main tendue des Arabes na rencontré que le mépris du gouvernement dEhoud Olmert. Le voyage de la secrétaire dEtat Condoleezza Rice a donné à voir une situation ubuesque. Washington refusant de faire pression sur le gouvernement israélien, le premier ministre Olmert, très impopulaire, a fermement refusé toute négociation avec Mahmoud Abbas sur le statut final, en agitant comme un épouvantail la question du retour des réfugiés. Le plan Abdallah ne tranchait pourtant pas la question, renvoyant aux négociations entre Palestiniens et Israéliens le soin den décider. Condoleezza Rice sest donc contentée de lancer un pathétique appel aux Arabes - qui, au même moment, rappelaient leur offre de paix - les invitant à souvrir un peu plus à Israël. Pour le journaliste de Haaretz, Gideon Levy, la cause est entendue : Israël ne veut pas faire la paix. Israël veut la normalisation des relations avec les Arabes, et rien dautre. Mais que donnera-t-il en échange ?, sinterroge Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe.
Le front libanais
Dans le New Yorker, le célèbre reporter américain Seymour Hersh a révélé les grandes lignes de la réorientation stratégique du gouvernement Bush au Moyen-Orient. Prenant acte du bourbier irakien, ladministration américaine a identifié un nouvel ennemi, lIran, contre lequel elle tente de bâtir un front de régimes majoritairement sunnites, composé de lArabie Saoudite, lEgypte et la Jordanie. Depuis plusieurs mois, lArabie Saoudite semble avoir convaincu les Américains que le plus grand danger était l'Iran et que les extrémistes sunnites étaient des ennemis moins importants. C'est une victoire de la ligne saoudienne, confie un responsable du Conseil sur les Affaires étrangères. Au Liban, les Saoudiens financeraient des opérations clandestines destinées à affaiblir le Hezbollah et lIran par ricochet. Cest dailleurs lun des motifs de tension entre le mouvement de Nasrallah et le gouvernement de Fouad Siniora.
Selon Hersh, cette alliance américano-saoudienne doit beaucoup à un homme, le prince Bandar, et à ses relations personnelles avec le président Bush et le vice-président Cheney. Bandar, qui a servi pendant 22 ans comme ambassadeur aux Etats-Unis, est depuis 2005 conseiller à la Sécurité nationale du royaume. Depuis, les voyages de hauts responsables américains en Arabie Saoudite se multiplient. Les déclarations qui filtrent de ces visites sont à prendre au sérieux. Comme en novembre dernier, lorsque le Times a rapporté que le roi Abdallah a prévenu Cheney que l'Arabie Saoudite soutiendrait ses coreligionnaires sunnites en Irak si les États-Unis se retiraient. La même tactique prend place sur le front libanais. Alastair Crooke, un ancien agent des services de renseignements britanniques basé à Beyrouth, avait bien affirmé que le gouvernement libanais était en train d'ouvrir un espace pour accueillir des extrémistes sunnites, prêts à en découdre avec le Hezbollah.
Daprès Crooke, un groupe extrémiste sunnite, Fatah Al Islam, aurait fait sécession du groupe pro-syrien Fatah Al Intifada, dans le camp de réfugiés de Nahr Al Bared au nord du Liban. Moins de 24 heures plus tard, ses membres s'étaient vu offrir des armes et de l'argent par des personnes se disant des représentants des intérêts du gouvernement libanais, rapporte Crooke. Ce groupe a été impliqué dans un double attentat commis en février dans le camp de réfugiés palestinien de Nahr Al Bared. Quatre suspects arrêtés par les autorités libanaises auraient avoué un projet d'assassinat de 36 personnalités libanaises et d'attentats contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Si la manipulation par LArabie Saoudite est confirmée, cela ressemblerait à sy méprendre aux liens entre Arabie Saoudite, CIA et Jihad, qui ont conduit, en Afghanistan, au désastre que lon connaît. |
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Bandar Ibn Sultan. Lhomme des Américains ?
Le Prince Bandar Ibn Sultan Ibn Abdulaziz Al Saoud est le petit-fils du fondateur de la dynastie. Marié à la fille de Fayçal, il est le fils de Sultan, aujourdhui prince héritier du royaume et vice-premier ministre. Bandar est surtout connu pour avoir servi, pendant plus de vingt ans (de 1983 à 2005), comme ambassadeur dArabie Saoudite à Washington. Diplômé de lAcadémie britannique de lair et excellent pilote, il a été lun des principaux artisans de la course à larmement de son pays, via un équipement exclusivement américain. Son surnom Bandar Bush est le signe de sa relation exceptionnelle avec la famille de lactuel président, dont il est proche depuis le début des années 80, lorsque Bush père était le vice-président de Reagan. Daprès Bob Woodward, journaliste du Washington Post, cette proximité lui a même valu de prendre connaissance de la décision denvahir lIrak avant
Colin Powell. Depuis son retour précipité en Arabie Saoudite, juste avant la mort du roi Fahd dont il était un des plus proches confidents, il a été nommé secrétaire général du conseil de Sécurité nationale du royaume. Depuis, il ronge son frein
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