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N° 269
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB a 130 fois plus de chances de tomber sur un kamikaze que de gagner au loto.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C’est désormais officiel : nous sommes en danger. Selon des sources loin de Zakaria Boualem, c'est-à-dire a priori fiables, il resterait un truc comme 37* bombes ambulantes qui circulent dans notre bonne ville de Casablanca. Sachant que, toujours officiellement, il y a 4 millions de Casablancais, ça veut dire que Zakaria Boualem a une chance sur 108 000 de tomber sur l’un de ces illuminés. Dit comme ça, ça a l’air d’être une statistique correcte, rien de bien inquiétant. Mais Zakaria Boualem, qui joue au loto chaque semaine, sait qu’il a une chance sur 14 millions de décrocher le gros lot, ce qui ne l’empêche pas de jouer toutes les semaines comme on vient de le dire.

La conclusion s’impose d’elle-même : Zakaria Boualem a 130 fois plus de chances de tomber sur un kamikaze que d’empocher le gros lot au loto. Arrivé à ce point de la chronique, il y a un certain nombre de lecteurs qui ont déjà tourné la page, effrayés par les chiffres et le style austère. D’autres, effrayés par le résultat, ont aussi tourné la page, à la recherche d’une pub de lingerie qui leur ferait oublier le triste monde dans lequel nous vivons. Une troisième catégorie s’est jetée sur sa calculatrice pour vérifier le calcul et s’apprête à écrire un mail à TelQuel du genre : “Je suis agrégé de mathématiques, option probabilités, et ce Zakaria Boualem raconte n’importe quoi. Et voilà pourquoi et merci de rectifier, etc”. Au total, on n’est plus très nombreux à continuer à lire. On est donc entre nous, c’est très bien comme ça, et on continue quand même.

130 fois plus de chances de tomber sur un kamikaze que de gagner le gros lot au loto… Et ça implique quoi ? Pour Zakaria Boualem, c’est clair : il faut jouer au loto non pas une fois par semaine mais 130 fois, pour équilibrer les chances. C’est tout ? Oui, c’est tout. Des précautions spéciales, des dispositions particulières ? Rien du tout. C’est une question de “nefss”, d’orgueil, de fierté, de tout ce que vous voulez. Un Guercifi ne va pas se laisser effrayer par un troupeau de désaxés. Et si ce déshonneur venait à arriver, il ne l’avouerait jamais. Car finalement, à qui avons-nous affaire ? Lorsque les anarchistes et les communistes européens se sont amusés à poser des bombes au début du siècle dernier, il s’agissait d’illuminés, certes, mais qui avaient un peu étudié leur question avant de passer à l’acte. Ils ont réfléchi, décortiqué les choses, estimé que le système était pourri, écrit quelques bouquins pour démontrer pourquoi, et fini par poser des bombes qui n’ont jamais rien arrangé à l’affaire. Le système qu’ils proposaient à leur tour était tout aussi pourri, mais là n’est pas la question. Chez nous, il suffit de rappeler que le cerveau des attentats du 16 mai s’appelait “Moul sebbat” et qu’il était assisté par des vendeurs de javel et de seïkok (non, pas les montres) pour situer le juste niveau de leur projet politique. Le 1er mars, Monsieur Youssef Khoudri se parfumait au “silissioune” et dix jours plus tard, il devenait terroriste islamiste. Encore une fois, le lecteur appréciera l’étendue de sa formation jihadiste, politique et terroriste. Zakaria Boualem refuse de croire que nos vaillantes forces de police vont se laisser terroriser par des amateurs, des émirs à temps partiel. Le match est déséquilibré, c’est tout. Mais franchement, lorsqu’il regarde les infos, lorsqu’il apprend qu’il a fallu 30 coups de feu tirés en plein stock d’explosifs pour arrêter un terroriste muni d’un sabre, il est un peu inquiet. Lorsqu’il voit la dégaine des types qui dégainent, avec leur béret et leur veste en cuir, il a un peu l’impression de regarder une version tiers-mondiste de “24 heures”. C’est pas grave, c’est tout ce qu’on mérite, on n’y peut rien, c’est pas une raison pour paniquer. Par contre, c’est une occasion en or pour décider ensemble à quoi on veut ressembler, et comment y arriver. Au boulot, donc.

*10, de source officielle

 
 
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