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Par Fahd Iraqi

Sport. L’herbe et l’oseille

Le stade du Complexe
Mohammed V vient de
faire “pelouse neuve”.
(TNIOUNI / NICHANE)

Largement rénové, le complexe sportif Mohammed V vient de rouvrir ses portes, après neuf mois de travaux. Une période durant laquelle les relations entre les clubs casablancais et les autorités de la ville ont été chamboulées.


Charrette-snack libérant une fumée asphyxiante, foule en liesse brandissant des drapeaux rouge et blanc, barrières de sécurité et forces de l’ordre sur les nerfs. Ce 30 mars, le quartier Maârif renoue avec l’ambiance traditionnelle des après-midi de week-end, au cours desquels les matchs du championnat national attirent les fans du ballon rond des quatre coins de la métropole.

Une ambiance qui a fait défaut pendant plus de neuf mois. C’est en effet en mai 2006, au terme d’un derby WAC-Raja particulièrement animé, que le complexe Mohammed V avait fermé ses portes. Le match avait été marqué par le décès d’un jeune supporter, pris au milieu d’une foule surexcitée et entassée à la sortie du stade. Depuis, les spéculations sur l’avenir du stade vont bon train. À en croire certaines sources, les autorités de la ville (propriétaire du stade) avaient envisagé l’option de le raser définitivement. “La question de transformer le terrain en un complexe immobilier a été sérieusement étudiée par les élus”, rapporte une source proche du Conseil de la ville de Casablanca. Néanmoins, l’inexistence d’un autre terrain digne de ce nom en a décidé autrement. “Les autres stades de Casablanca sont trop petits pour accueillir des matchs d’envergure. Quant au grand stade de Casablanca, il se résume à une maquette que les autorités ressortent à l’occasion de chaque dossier de candidature pour l’organisation de la Coupe du monde”, explique un président de club.

Ce n’est en effet qu’au mois d’octobre que les Casablancais vont être rassurés quant à la préservation de leur stade mythique, qui a accueilli un nombre incalculable de matchs internationaux. Les travaux de rénovation avaient démarré à cette date et l’on annonçait leur terme avant la fin 2006.

Avec trois mois de retard, le complexe Mohammed V a finalement rouvert ses portes. Et la transformation est plus que flatteuse : une pelouse verdoyante qui ne se décolle pas au premier coup de crampon, une piste d’athlétisme revêtue de frais, des blocs sanitaires et des vestiaires entièrement réaménagés et même une tribune de presse rénovée. Bref ! Le stade Mohammed V fait enfin peau neuve. Coût global des travaux : plus de 10 millions de dirhams, selon les chiffres avancés par le Conseil de la ville, qui a financé l’opération.

Le pactole de la billetterie
Toutefois, si la mairie de Casablanca a mis la main à la poche, cela s’est fait au détriment des aides habituellement accordées aux deux grands clubs de la métropole. “Les subventions accordées par la ville ont été divisées par deux cette année”, confie un membre du bureau d’un grand club casablancais. Précisément, le Raja et le WAC n’ont reçu que 500 000 dirhams pour la saison en cours. “C’est une aide insignifiante, vu les besoins de ces grands clubs. Les autorités de la ville gagneraient à les soutenir davantage, car ce sont de véritables ambassadeurs de Casablanca”, déplore Zaki Lahbabi, directeur général de Transatlas Sport Management (TSM), société qui gère le volet marketing de plusieurs clubs du Groupement national de football (GNF).

Outre la fonte des subventions, la fermeture temporaire du stade Mohammed V a lourdement affecté les recettes des deux clubs. Pendant vingt et une journées du championnat, le WAC comme le Raja ont dû disputer leurs matchs à domicile… dans d’autres villes. Résultat : seules quelques centaines de fans inconditionnels font le déplacement, apportant de bien maigres recettes aux caisses des clubs. Ainsi, ces derniers ont vu un poste non négligeable de leurs ressources financières rétrécir comme peau de chagrin. “Malgré l’important taux de resquille dans les stades, estimé à 40%, les recettes de la billetterie restent une composante importante dans les ressources des clubs. Ainsi, pour de grands clubs comme le Raja ou le WAC, la billetterie rapportent autant que les produits de la vente des joueurs, du sponsoring ou des droits télé”, explique un membre du bureau dirigeant d’un club du GNF 1. “Le premier match du Raja joué sur la nouvelle pelouse du complexe Mohammed V a rapporté une recette de 320 000 dirhams. Et les recettes d’un match de derby culminent facilement à un million de dirhams”, précise, de son côté, Zaki Lahbabi.

Modèle économique à revoir ?
Pour compenser partiellement ce manque à gagner, les clubs casablancais se sont “abstenus” de partager les revenus de la vente de tickets avec la ville. “Depuis quelques mois, les clubs ne reversent plus la quote-part de 15% des recettes de la billetterie dus à la commune”, confie-t-on. Et la situation risque de durer malgré la réouverture du complexe Mohammed V. Leur argument ? Les clubs redoutent un laisser-aller dans l’entretien du stade. “S’il n’y a pas de suivi dans l’entretien du complexe, il ne devrait pas tarder à avoir de nouveau besoin d’une rénovation”, explique-t-on au niveau des clubs. Du côté de la mairie, l’on se veut toutefois rassurant : “Une tondeuse neuve a été acquise pour être exclusivement dédiée à la pelouse du complexe Mohammed V. Une dizaine de jardiniers devraient également travailler régulièrement sur le stade. Et il est même question de revoir à la hausse le budget annuel alloué à son entretien”.

Cependant, pour les professionnels de la gestion sportive, les autorités de la ville devraient sérieusement songer à revoir le mode d’exploitation de ce complexe sportif, dont les ressources restent dérisoires. “Il n’y a qu’à s’inspirer des modèles de gestion adoptés sous d’autres cieux, explique Zaki Lahbabi. Le complexe pourrait être utilisé par exemple pour l’organisation de séminaires, d’événements et même de matchs de gala organisés par des sponsors”. La réussite d’un tel modèle économique passe, selon le directeur de TSM, par la création d’une société mixte, en charge de la gestion du stade, dont le tour de table réunirait, en plus des autorités de la ville, les deux grands clubs de Casablanca. Une approche de partenariat que la mairie vient d’ailleurs d’adopter pour d’autres services. Lors de sa dernière session, le Conseil de la ville a approuvé la création d’une société mixte avec la CDG, pour la gestion et le suivi de tous les services aujourd’hui externalisés : parcmètres, assainissement, etc. Il suffirait donc de dupliquer le modèle. Encore faut-il le vouloir…



Marchés. Le gazon de la discorde

Hormis le complexe Mohammed V, six autres terrains de clubs évoluant en première division devraient être rénovés. Il s’agit notamment des stades Abou Bakr de Salé, Saniat Rmel de Tétouan, Al Harti de Marrakech, les Phosphates de Khouribga, le stade d’Honneur de Meknès et le stade municipal de Safi. Ce plan de réhabilitation a fait l’objet d’un contrat-programme, signé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et le gouvernement, en vue de la professionnalisation du football national. L’appel d’offres pour la rénovation des pelouses avait été lancé dès le 22 septembre 2006. Mais le processus a connu plusieurs rebondissements. En effet, les conditions d’octroi du marché, attribué le 15 mars dernier à la société Technovia pour 58 millions de dirhams, ont été fortement critiquées par les autres soumissionnaires. La société allemande Cotter, l’Italienne Artigian et la Canadienne Field Turf ont adressé plusieurs correspondances en haut lieu, sollicitant “une réponse claire sur les motivations professionnelles et financières concernant le choix d’une société qui offre un système de drainage inadapté et un surcoût abusif par rapport à la norme internationale”. Field Turf est allé plus loin, en s’engageant, dans une récente missive, à équiper le double des terrains objets du marché, soit 12 pelouses, pour le prix proposé par la société adjudicataire. Affaire à suivre !

 
 
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