Élections. La politique découvre la pub
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Élections. La politique découvre la pub

Le ministère de l’Intérieur a mis
les petits plats dans les grands
avec sa campagne pour
l’inscriprion aux listes électorales.
Et ce ne serait qu’un début…
(TNIOUNI / NICHANE)

C’est une première : les grands partis politiques se sont attaché les services d’agences de publicité, pour conduire leur communication électorale. Il faut dire que l’Etat, via sa récente campagne, a donné l’exemple…


Le paysage politique communique. Et à grande échelle. Depuis quelques jours, les médias audiovisuels diffusent en boucle des spots incitant les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. De leur côté, les partis politiques se sont lancés dans une offensive de charme : caravanes, festivals, chats en direct… Et, fait quasiment inédit, cet
engouement pour le marketing politique s’accompagne d’une implication sans précédent des agences de communication. C’est simple, de l’Istiqlal à l’USFP, en passant par le PJD et le RNI, tous les grands partis s’y sont mis.

Cette nouvelle idylle entre politiques et “pubards” a été initiée par l’association 2007 Daba, dont l’un des fondateurs, Noureddine Ayouch, est lui-même le patron d’une agence, Shem’s pour la nommer. “Nous avons négocié avec huit agences de la place pour accompagner les partis politiques”, explique une responsable de l’association. Lesdites agences (Saga Communication, Capricorn One, Boomerang, Zone bleue, Mc Cann, TBWA-Alif, Robinson et Ciel mon Maroc) se sont engagées, selon l’association, à aider les partis… à titre gracieux ! “Elles se sont proposées d’elles-mêmes pour accompagner cette démarche citoyenne. Nous ne leur avons pas non plus imposé le choix des partis : tout s’est passé via une discussion directe entre les concernés”, précise notre source à 2007 Daba. L’association, qui se plaît dans son rôle d’“attachée commerciale” des partis politiques, annonce qu’elle a même joué à l’acheteur d’espaces publicitaires, en négociant le tarif des insertions dans la presse nationale… auprès de laquelle elle a pu obtenir des rabais allant jusqu’à 80% !

Parti cherche agence
Grâce à ces connexions, l’Istiqlal a déjà signé avec Saga Communication. L’USFP, qui semble faire la fine bouche, ne tranchera sur le choix de l’agence que début mai. Le parti d’Elyazghi ne veut pas se précipiter, surtout que son Festival de la rose, produit 100% fait maison, était un “bon coup”, de l’avis même des spécialistes de la communication, “même si la musique l’a emporté sur la politique”. “C’est faux : les ateliers politiques étaient archi-pleins”, tente de se défendre Khadija Raji, coordinatrice du Festival chargée de la section féminine. Une version un peu trop optimiste par rapport à la réalité : de l’aveu d’un politicien de gauche, l’écrasante majorité des 100 000 jeunes qu’aurait drainés le Festival se sont plutôt déplacés pour voir Bigg, Hoba Hoba Spirit et Nass El Ghiwane… gratis.

Le PJD, qui ne rate aucune occasion pour mettre en valeur son “autosuffisance”, a pourtant fini par s’associer à l’agence Ciel mon Maroc. “C’est l’association 2007 Daba qui nous l’a proposée. Cela dit, nous avons des cadres compétents. Et ce n’est pas la première fois que nous découvrons la communication”, se vante Lahcen Daoudi, membre du bureau politique.

Le RNI, actuellement éreinté par des batailles intestines, a quand même jeté son dévolu sur Boomerang, qui devra continuer à l’accompagner jusqu’aux Communales de 2009 ! Même le Mouvement Populaire, plus porté sur les traditionnels festins campagnards, a succombé aux sirènes de la communication moderne. Il s’est attaché les services de Mosaïk, qui ne fait pourtant pas partie de la liste de 2007 Daba.

Dans cette ruée vers la com’, le PPS fait figure de pionnier. Le parti fut en effet le premier à solliciter une agence, et ce dès 1995 (Pragma Communication en l’occurrence). Et pour l’échéance législative, les amis d’Ismaïl Alaoui entendent garder leur avance, en faisant appel non pas à une, mais à deux agences : Caméléon pour le volet institutionnel et Back Office pour le contenu web et les relations presse. En outre, le budget des opérations de communication, y compris la campagne électorale, est pratiquement fixé : il devrait osciller entre 3 et 4 millions de dirhams. On n’en attendait pas moins de la formation qui compte un ministre de la Communication dans ses rangs.

Poudre aux yeux ?
Concrètement, en quoi consistera la mission de ces agences ? “Elles feront leur travail classique, tout simplement”, répond un politicien. En clair : marketter les programmes et organiser les sorties publiques des tribuns politiques. De tous les partis contactés, l’Istiqlal semble le plus avancé : aidé par les conseils de Saga Communication, le parti aurait déjà ficelé une stratégie de communication en bonne et due forme. Elle promet une campagne “haut en couleur”, avec, pour la première fois, un programme “budgétisé”, avec des chiffres. Révolution ou simple effet d’annonce ? Najib Mouhtadi, président du Laboratoire des études et des recherches sur la communication politique à l’Université de Mohammedia, craint que cette fièvre communicationnelle ne se résume à “de la poudre aux yeux”. “Tant que les partis ne changeront pas leur discours à la base, toute communication relèvera de la démagogie”, fait-il remarquer, avant d’ajouter : “La communication des partis doit être orientée vers un public précis et véhiculée par un slogan fort et clair. Et une fois terminée, la campagne de communication doit être soumise à évaluation pour en tirer les enseignements”. Vaste programme pour un paysage politique qui découvre à peine la technique.

Des SMS gratuits
Dans cette vogue de “com’ politique”, l’Etat donne l’exemple. Pour sa propre campagne, le ministère de l’Intérieur a choisi, via un appel d’offres, l’agence Saga parmi cinq autres soumissionnaires. “La campagne se déroulera en plusieurs étapes et sera marquée par des surprises”, confie un haut responsable du ministère. Au menu : affichage public, capsules TV, site web... l’Etat a manifestement mis les petits plats dans les grands. Après les médias publics, qui diffusent depuis quelques jours des spots en arabe, en tachelhit, en tamazight, en tarifit et en hassania, ce sera au tour des radios privées de prendre le relais. Mais le nec plus ultra reste la possibilité offerte à chaque citoyen de vérifier s’il est bien inscrit sur les listes électorales, en envoyant un SMS comportant le numéro de sa carte d’identité nationale et sa date de naissance au numéro 2727. La réponse tombe en quelques secondes. “Ce SMS gratuit est une première mondiale”, s’enorgueillissent les cadres du ministère. Seul bémol : les réponses, formulées en arabe, ne peuvent être déchiffrées par tous les portables. Aïe !



Législatives. Les listes contrôlées par les partis

Pour la première fois de l’histoire du Maroc, les listes électorales seront distribuées aux partis pour qu’ils puissent les vérifier eux-mêmes. “Nous voulons mettre un terme au traditionnel cafouillage qui entoure ces listes. Les partis seront mis devant leurs responsabilités. On verra bien ce qu’ils vont faire !”, assure-t-on au ministère de l’Intérieur. Pour communiquer sur ce point, Chakib Benmoussa a eu des entretiens avec tous les partis politiques. Historiquement, les listes électorales ont toujours fait l’objet d’une forte contestation, en raison des fraudes qui les ont entachées. Les techniques de falsifications, héritées de l’ère Basri, sont légion : des personnes étrangères à la commune qui viennent soutenir un candidat, des morts qui ressuscitent pour aller voter… À en croire le département de Benmoussa, c’en est fini de tout cela! L’Etat veut verrouiller le dispositif, en accordant aux partis et aux citoyens la possibilité de dénoncer toute falsification ou fausse information contenues dans les listes. La période d’assainissement commencera le 8 mai et s’étalera sur une semaine. À vos gommes !

 
 
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