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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Algérie. Le retour des attentats

Les deux attentats
commis le 11 avril à Alger et
revendiqués par Al Qaïda ont
fait 30 morts et plus
de 222 blessés.
(AFP)

Les attentats qui ont secoué Alger le 11 avril dernier ont ravivé le spectre du terrorisme islamiste, tout en relançant le débat sur le processus de réconciliation prôné par Bouteflika. En arrière-plan, la démocratisation reste en panne.


Une anecdote insolite relaie la crainte des Algériens d’un retour à la sale guerre des années 90. Les services de sécurité ont appelé, par SMS, les abonnés au téléphone mobile à avertir les autorités de toute menace terroriste en ces termes : “Message forces sécurité: cher(e) citoyen(ne), nos frères souffrent du résidu des terroristes en fuite. Le
devoir vous appelle à signaler toute menace. Appeler numéro gratuit 1590”. Les attentats d’Alger du 11 avril, revendiqués par la “Branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique” (ex-GSPC), ont touché les services de sécurité algériens au coeur. La principale cible était le Palais du peuple, siège du gouvernement algérien, où l’on a dénombré la plupart des trente-trois morts et 220 blessés. Si le mode opératoire reste mal connu, le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a déjà annoncé que les identités de trois kamikazes ont été établies par les forces de police.

Une partie des analyses s’était concentrée, dans un premier temps, sur l’originalité des attentats-suicides dans un pays où les groupes armés ont plus souvent recouru à des guet-apens, des attentats à la bombe ou des assassinats ciblés durant la guerre civile des années 90.

Une semaine après les attentats, le ministère de l’Intérieur est revenu sur la thèse des kamikazes, avancée officiellement jusque-là, en affirmant qu’un système de mise à feu à distance avait été trouvé dans la carcasse d’un des véhicules utilisés et “qu’il est fort probable que les terroristes conducteurs des trois voitures aient sauté avec leurs charges d'explosifs à leur insu”. Cette précision confirme de nombreux témoignages de personnes présentes sur les lieux des attentats, qui affirmaient ne pas avoir vu de camions foncer sur le Palais du peuple.

Une réconciliation ratée ?
Plus encore qu’au Maroc, où des élections législatives sont prévues en septembre prochain, le timing des attentats inquiète la classe politique algérienne. Craignant un report des élections, les partis ont réclamé le maintien de la date du 17 mai. Une demande réitérée à l’occasion de manifestations “intra-muros” (les manifestations de rue sont interdites en Algérie depuis 2001) organisées par divers mouvements en soutien à la présidence. À Alger, l’ancien syndicat unique, l’UGTA, a rassemblé une dizaine de milliers de manifestants dans le complexe olympique aux cris de “Bouteflika notre président, le terrorisme notre ennemi”. L’opposition, redoutant une reprise en main du pouvoir par les décideurs militaires, s’est tout aussi officiellement mobilisée pour “soutenir la politique de réconciliation nationale du président”.

Bouteflika qui, à 70 ans, est très affaibli physiquement depuis quelques mois, n’a fait sa première apparition publique que quatre jours après les attentats, pour se rendre au chevet des blessés. La presse algérienne, qui sait jouer des marges de liberté, s’inquiète de l’absence du président, qui ne s’est pas exprimé en public après les évènements. Ainsi, El Watan, relatant la visite à Constantine, s’interroge pourquoi Bouteflika “n’a pas prononcé de discours, contrairement à ses habitudes. À chaque halte, il n’a fait qu’acquiescer de la tête tout en prononçant deux ou trois mots que personne n’entendait tant (sa) voix était faible (…). Les six ministres qui l’accompagnaient étaient apparemment sur une autre planète, tant ils donnaient l’impression de se désintéresser de ce qui les entourait”.

On a beaucoup écrit sur le coup porté par ce dernier attentat au processus de réconciliation voulu et lancé par Bouteflika. Évitant de remettre en question ce processus, le président algérien a préféré fustiger, en présence de quelques responsables à l’inauguration d’un lycée, le “relâchement dans la sécurité et dans l’économie”, d’après les indiscrétions publiées par le journal arabophone Al Khabar. Depuis février 2006, plus de deux mille condamnés islamistes ont bénéficié de la grâce présidentielle et des centaines de maquisards ont bénéficié de la loi du repentir, censée ramener la paix civile.

Lutte au sommet
Approuvée par référendum en septembre, la politique de réconciliation nationale est aujourd’hui contestée par la persistance d’actions armées, comme en témoigne le bilan des affrontements qui ont fait au moins 33 morts depuis le début du mois d’avril, dont une quinzaine de membres des forces de sécurité. La réconciliation, très critiquée par la société civile lors de son annonce par le président Bouteflika, servait autant à couvrir les exactions commises par les militaires entre 1992 et 1999, qu’à proposer une sortie de crise qui désamorce le danger islamiste. Depuis le coup d’état militaire de 1992, qui a signé la fin de la période de libéralisation engagée à la fin des années 80 par Chadli Bendjedid, plusieurs clans se sont formés au sein de l’appareil de sécurité pour contester la réalité du pouvoir.

Aujourd’hui, il est acquis que le pouvoir échappe largement à Abdelaziz Bouteflika, coopté par les militaires en 1999. Profitant de la complicité internationale et notamment de l’inertie européenne et française, les militaires mènent de front la lutte contre l’insurrection armée du GIA puis de l’Armée islamique du salut, et une logique de marginalisation de toute vie politique. Les sécuritaires usent également du fourvoiement des groupes islamistes dans la violence aveugle qui a visé les civils en 1997-1998 pour se présenter – surtout à l’extérieur – comme le seul rempart contre l’intégrisme islamiste. Aujourd’hui, l’espace politique est sous le contrôle du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), dirigé depuis 1990 par le général Mohamed Médiène, dit “Tewfik”, et de l’autre homme fort, Larbi Belkheir, ambassadeur au Maroc depuis 2000.

La fébrilité du pouvoir algérien ne pouvait que s’accroître après la diffusion par l’ambassade américaine à Alger d’un communiqué mettant en garde les ressortissants américains contre de nouvelles attaques. Finalement, c’est à Casablanca que les intérêts américains seront visés ce jour-là et le chargé d'affaires américain à Alger convoqué le lendemain pour une franche explication au ministère des Affaires étrangères. Sans aucun doute, la menace islamiste est aujourd’hui réelle en Algérie. Mais depuis le 11 septembre 2001, cette réalité est souvent avancée pour empêcher toute ouverture politique. Rente politique, comme dans l’exemple égyptien, elle est aussi une rente stratégique pour des pouvoirs autoritaires, lorsqu’elle garantit le soutien occidental et l’aide militaire qui va avec.



Zoom. Qu’est-ce que le GSPC ?

La sale guerre des années 1992-1999 a totalement brouillé les cartes de l’analyse politique en Algérie. Le GSPC, qui s’est séparé du GIA à la fin des années 90 en raison de divergences sur les objectifs du combat, cible en premier lieu les forces de sécurité. Pourtant, de forts soupçons d’infiltration par les services pèsent sur le mouvement, même si, depuis septembre 2006, le GSPC s’est rallié à Al Qaïda, se rebaptisant “Al Qaïda au Maghreb islamique”. Le fondateur du GSPC, Hassan Hattab, a désavoué l’option prise par l’émir actuel, Abdelmalek Droudkel, récemment adoubé par Ayman Zawahiri. Toutefois, l’idée d’une organisation-relais d’Al Qaïda est peu crédible aux yeux des spécialistes. Si les liens entre les islamistes algériens et l’étranger sont anciens, l’internationalisation est surtout une conséquence du retour des combattants arabes (les “Afghans”) après la défaite des Talibans en 2002, et la constitution de réseaux s’appuyant sur l’immigration vers l’Europe et le Canada. Aujourd’hui, une partie des troupes du GSPC s’est repliée dans de véritables maquis, notamment en Kabylie.

 
 
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