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N° 270
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Portrait extrait des travaux
de Noureddine El Ghomari.
(NEG)

Exposition. Inégal panorama

Il n’est pas toujours facile de faire le lien entre la création graphique contemporaine, parfois absconse, et le visiteur des centres d’art. En témoigne l’exposition qui court jusqu’à juin à la Villa des Arts de Casablanca, intitulée Troc’Art, regroupant photographie, vidéo et autres installations d’artistes marocains, exilés ou du cru. Peut-être aurait-il fallu conserver le parti pris exclusif du noir et blanc – au passage majoritairement choisi par les artistes exposants – pour homogénéiser des regards originellement différents sur l’identité ? Un noir et blanc puissant. Dans les formes minérales peintes sur des ardoises de Mounat
Cherrat, en résidence à la Cité des artistes à Paris, dans l’étonnant visage de Mustapha Chafik, moulé à de nombreuses reprises dans le plâtre à même le mur, qui disparaît puis réapparaît, ou encore dans l’inquiétante installation de Abdellatif Benfaidoul, à partir de la photo d’une Tchèque saluant l’invasion des forces nazies en 1938, comme une métaphore du pouvoir et de l’oppression… Un panorama des arts graphiques marocains dans leurs formes les plus modernes et les moins évidentes en tout cas, qui se présente comme “un débat sur l’héritage culturel”, avec des artistes pour la plupart âgés de moins de 40 ans et, au premier, l’installation photo et vidéo de Khalid Souqbi, qui tente de profiler les paysages marocains sans tomber dans le cliché touristique, ou les portraits en noir et blanc de Noureddine El Ghomari (photo), le travail le plus accessible – et peut-être le plus abouti – de l’exposition. Un regard net et soigné sur la rue maghrébine, ses vieux et ses jeunes, au Maroc et en Egypte. Convaincant.


Sortie. Ni noir ni blanc

Ce devait être la promotion rêvée, une place au soleil : en 1968, l’Apartheid sud-africain s’applique à aliéner les militants noirs. James Gregory, lieutenant d’apparence ordinaire, mais familier à la culture kafire, est muté au lugubre pénitencier de Robben Island pour surveiller le “terroriste” Nelson Mandela et ses disciples de l’ANC. Pendant vingt-quatre ans, il en sera tour à tour le geôlier, le censeur et le confident. Dans Goodbye Bafana, Bille August (Pelle le Conquérant) filme sans pathos bavard - ni véritable mise en scène - la perplexité et le remords se glisser comme la pluie froide du Cap sous l’uniforme de son antihéros. Joseph Fiennes y est tiraillé entre son devoir de militaire et sa dignité d’homme, face à un Mandela au charisme imperturbable, humblement campé par Dennis Hasbert, et son épouse, Diane Kruger, qui incarne plutôt bien la bonne conscience apeurée de l’Afrique du Sud blanche. Une ode sobre, quoiqu’un peu lisse, à la liberté.

Goodbye Bafana, au Mégarama.



Concert. Diam’s en brut

“Kiffe kiffe demain” : tel est le message de Diam’s, la rappeuse sans strass (récemment promue directrice artistique de la filiale française de la légendaire Motown), paraphrasant sa copine écrivaine Faïza Guène. Ce qu’on kiffe, pour notre part, c’est qu’elle vienne faire briller son verbe accrocheur au Maroc, bienheureuse étape d’un World tour 2007. Privilégié, le public casablancais aura droit à deux dates pour goûter en live au phrasé de la banlieusarde sans talons hauts mais à la gouaille bien pendue, histoire de redécouvrir les tubes de son dernier album Dans ma bulle.

Diam’s, les 4 et 5 mai au Mégarama de Casablanca.



Echecs. Bauer vs Hamdouchi

Il est aux échecs ce que la gymnastique rythmée est à la danse classique : une version plus animée. Sous d’autres cieux, la discipline porte le nom de blitz (éclair en allemand), mais marketing oblige, on y a préféré, dans nos murs, le titre moins sexy de “Premier marathon international d’échecs rapides”. Le principe du tournoi, qui se déroule le 21 avril au Méga Mall de Rabat, est simple : une centaine de joueurs s’affrontent pendant vingt et une parties de dix minutes chrono. Une compétition où la rapidité du jeu ne laisse pas de place aux erreurs d’inattention. Pour défendre les couleurs nationales, la star Hicham Hamdouchi (si si, il est très connu, nous avons vérifié), qui joue à domicile, aura peut-être l’occasion d’affronter l’un des cent meilleurs joueurs mondiaux, le Français Christian Bauer, connu pour sa combativité. Non, aucun lien de parenté avec Jack Bauer, sauveur du monde libre à plein temps.

Le 21 avril au Méga Mall de Rabat.



Première. Londres et Sacré

Depuis des mois, la Moroccan British Society rassemblait des manuscrits du Coran, pendant que la British Library de Londres, de son côté, dénichait des exemplaires antiques de la Bible copte en arabe et de Torah en hébreu. Objectif : “Réduire le fossé de l’ignorance et de l’incompréhension entre les peuples des différentes confessions”. Rien que ça ! Plus concrètement, les deux organisations lancent la première exposition internationale de livres sacrés monothéistes, à Londres, du 27 avril au 23 septembre 2007, et probablement au Maroc l’automne prochain. Au programme, des tables rondes, autour des thèmes “islam et démocratie” ou “le soufisme dans l’islam” et celui, plus original, du “spirituel et de l’esthétique dans le texte sacré”. Une délégation de ouléma et de mourchidate en formation ont été conviés à la fête, histoire de leur permettre de faire connaissance avec leurs confrères prêtres et rabbins étudiants, de même qu’une vingtaine d’élèves du système scolaire marocains, “sélectionnés sur des critères d’excellence et d’ouverture d’esprit”. Amen.


Tournage. Un été iranien

Quatre Iraniennes en quête d’une nouvelle vie sur fond de coup d’Etat. Basé sur le roman de l’auteur Sharnoush Parsipour, Women without men, Summer 1953, de l’Irano-américaine Shirin Neshat, entrera bientôt en tournage pour deux mois, du 2 mai au 24 juin, à Casablanca. “Cette ville ressemble au Téhéran des années 50”, explique la réalisatrice de 50 ans, habituée du Maroc où elle a produit ses précédents courts (faute d’autorisations dans son pays natal). Ce premier long-métrage se situe “au moment où, quelques années après la nationalisation du pétrole en Iran, la CIA fait tomber le premier ministre démocrate pour placer le Shah au pouvoir”. Emancipation féminine et activisme politique y seront abordés avec une touche de surréalisme, propre à l’artiste vidéaste qu’est Shirin Neshat, co-produite au Maroc par Agora.


Festival. Vivre l’art !

Après une première édition dédiée au poète espagnol Federico Garcia Lorca, le festival Théâtre et Cultures réinvestit les lieux de spectacles casablancais pour rendre hommage à la Méditerranée. Sur ce thème aussi vaste que la mer et le champ des arts vivants, des artistes venus de tout le pourtour méditerranéen (Palestine, Syrie, Liban, Espagne, France…) danseront, chanteront, joueront et causeront dans leur langue d’origine. Autour du théâtre, axe central du Festival, graviteront concerts, spectacles de danse, conférences, expositions et projections. Les Marocains seront représentés, entre autres, par le spectacle Smala B.B de la compagnie 2K FAR (le 24 avril à 20h00 au complexe Moulay Rachid) et les musiciens de Darga et Amarg Fusion (en concert le 27 avril à 20h00 place Nevada).

Du 20 au 28 avril à Casablanca et Mohammedia.



Danse. Autant en emporte le Tango

Altier et sensuel, respectueux et insolent, rigoureux et inventif, le tango fait battre le cœur argentin (et les autres) où qu’il se déhanche. Soixante ans après l’apogée, dans le Buenos Aires nocturne, de cet art enivrant, menacé ensuite sous la dictature argentine des années 70, Casablanca cède à la sensualité et s’offre sa première semaine Milongas (bals de tango) du 24 au 29 avril 2007. Un soir, une danse : le 24 avril à La Corrida à 21h, le 25 au Spasso à 20h30, le 26 au Petit Rocher à 20h30, le 27 à Casa del Arte à 20h30, le 28 à l’Ambassade argentine de Rabat à 20h30 et retour enfin à La Corrida le 29 à 15h. Et pour les mordus, Casa del Arte accueillera deux ateliers de tango gratuits, le samedi de 16h à 17h et le dimanche de 17h à 18h.

Infos au 022 99 09 36.



FIFM. Chroniques cannoises

Un magazine de luxe, compilation des six dernières éditions du FIFM (Festival international du film de Marrakech), un guide de tournage au Maroc, des sessions de travail avec les organisateurs du festival de Cannes (financement, programmation, édition, et production) et une petite place dans le stand du Centre cinématographique marocain au village international du Festival de Cannes… C’est le kit de promotion dont a décidé de s’armer la Fondation du FIFM pour son premier séjour à Cannes, du 25 avril au 8 mai 2007. “Notre premier souci est de promouvoir la Fondation et de former nos équipes aux compétences qui lui font encore défaut”, résume le secrétaire général de la Fondation, Jalil Laguili.


Le livre.

Une tentative de suicide manquée plonge l’inspecteur S dans un profond coma. Un fait divers tragique certes, mais somme toute anodin : les policiers dépressifs sont légion… Et pourtant. Un autre policier, l’inspecteur D, refuse de croire au penchant suicidaire du bon chrétien qu’était son collègue et ami comateux. Il décide de mener sa propre enquête et se retrouve, simplement, plongé dans l’horreur. Des superstitions moyenâgeuses, des miraculés adorateurs de Satan et des crimes d’une horrible sauvagerie. Comme à la reconstitution d’un puzzle géant, Jean-Christophe Grangé prend tout son temps pour tisser sa trame, pièce par pièce, crime par crime, à chaque page plus noire et plus terrifiante. Une descente aux enfers orchestrée par le diable en personne.

Le serment des limbes ; Jean-Christophe Grangé, Ed. Albin Michel.




Humeur.
Sma3ni

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Il y a peu encore, les membres de la nouvelle scène pleuraient dans les journaux sur leur “misiria”. Dans ces colonnes jusqu’aux pages culture du Matin du Sahara, c’était la ritournelle du “tellement d’idées à exprimer et si peu de moyens pour le faire”. Depuis que les plus charismatiques d’entre eux squattent les feux des projecteurs, jouant des coudes pour se faire une place au soleil, ces pensées qu’ils tenaient tellement à partager ont-elles été transmises aux Marocains ? Oui, assurément. Elles ont été répercutées en chœur par les médias. Ayant pris le train en marche, certains les ont même transmises à grands coups de caisse avec ce prosélytisme béat propre aux convertis. Partout, ce n’était que déluge de compliments et référendum de république bananière. Cette unanimité est sans doute à mettre sur le compte de cette maladie qui se déclare avec le poids du temps et qui nous guette tous. Le cancer des vieux : le jeunisme. Puis la science s’en est mêlée, fossilisant de leur vivant des artistes devenus objets d’études pour sociologues et linguistes ennuyants. Etaient-elles pour autant si insoumises ces idées ? Non, assurément. Elles n’ont en tout cas pas effrayé un seul instant les opérateurs de téléphonie mobile. Ces derniers se sont jetés sur quelques noms de la scène alternative comme des morts de faim. Dans les spots télés, ces noms lançaient des “sma3ni” retentissants. Ok, mais les écouter dire quoi ? Hélas, rien de vraiment “khasser”, aucun cri du calibre d’un “God save the King, the fascist regime”. Bigg bisou tout de même…



MTV pur Arabica
MTV Networks lancera, en septembre 2007, MTV Arabia. Dédiée à la musique urbaine dans le monde arabe et installée au Caire, la nouvelle venue du satellite Hotbird (et éventuellement Nilesat) associera son nom, comme le veut la tradition de la chaîne, à une cause liée à la jeunesse. À MTV Arabia, on parlerait...chômage.


Darga, deuxième !
La formation Darga entame cette semaine un sprint en studio pour l’enregistrement de son second album. Objectif : être dans les bacs été 2007. Neuf titres au total, dont Stop Baraka, Tchoumira, et un featuring avec H-Kayne. Vivement le soleil…


DiCaprio piste Al Qaïda
Leornado DiCaprio et Ridley Scott reviennent au Maroc, réunis pour le tournage de Body of lies, prochain long-métrage du célèbre faiseur de blockbusters, dont le premier clap est prévu pour septembre 2007. DiCaprio y incarnera un agent de la CIA, parti en Jordanie sur les traces d’un dirigeant d’Al Qaïda.

 
 
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