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Par Abdellatif El Azizi
Élections. Des chiffres et des urnes
62% des intentions de vote vont au quatuor formé par l'USFP, l'Istiqlal, le Mouvement populaire et le PJD. Les autres partis se partagent les 38% restants
70% de Marocains votent plutôt pour un candidat que pour un parti.
53% de sondés affirment avoir confiance dans le gouvernement Jettou.
61% de Marocains ont décidé de participer aux prochaines élections législatives.
Seulement 2% de Marocains disent avoir confiance dans les partis politiques. |
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Les chiffres-clés d'un sondage réalisé par le ministère de l'Intérieur sur les intentions de vote des Marocains ont récemment filtré dans les médias. Beaucoup s'interrogent sur l'opportunité et le timing de ces fuites.
Le ministère de l'Intérieur qui divulgue les chiffres de ses enquêtes préélectorales, c'est une première ! Distillés au compte-gouttes, le mardi 3 avril 2007 à Rabat, à l'issue d'une réunion consacrée à la révision des listes électorales avec les états-majors des partis de la majorité, ces chiffres n'en sont pas moins surprenants. Il y a de quoi : |
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trois partis de la majorité (USFP, Mouvement populaire, Istiqlal) et le PJD caracolent largement en tête, cumulant 26% des intentions de vote, suivis de loin par les autres formations, qui doivent se contenter des miettes (16%). Le reste des sondés, soit 58% de l'échantillon, se disent encore indécis.
L'enquête révèle par ailleurs que 53% de Marocains plébiscitent le gouvernement actuel, alors qu'ils ne sont que 7% à s'intéresser directement à la politique et seulement 2% à faire confiance aux partis politiques. Pour autant, 61% des sondés affirment être résolument décidés à participer aux prochaines élections.
Sur le profil des candidats choisis, ladite consultation nous apprend que 70 % d'entre eux préfèrent voter en fonction de la réputation du candidat, alors que 19% se focalisent sur sa profession et le reste sur son passé militant.
Les chiffres sont, à tous points de vue, intéressants, mais de nombreux observateurs mettent en doute leur crédibilité et s'interrogent sur le timing choisi par le département de Benmoussa pour les diffuser (car les prétendues fuites émanent bel et bien de l'Intérieur). Pour Mohamed Benyahia, député USFP et spécialiste des sondages, il reste extrêmement hasardeux d'avancer des chiffres aussi précis, dans un pays où la grande majorité des électeurs ne se décide qu'au dernier moment. De plus, comme dans le scrutin proportionnel au plus fort, les électeurs votent pour plusieurs candidats qui se présentent sur les listes. Il est difficile de savoir a priori sur quel candidat et a fortiori sur quelle formation tombera le choix du vote, relativise encore le député.
Marketing politique
S'agit-il alors, à la base, d'une simple opération de marketing politique, montée par les offices de l'Etat-Makhzen ? La réponse pourrait être oui et non à la fois. Selon nos sources, le ministère de l'Intérieur s'est bien livré à une enquête sur les intentions de vote des Marocains. En fait, ce n'est pas à proprement parler un sondage, mais une enquête sur le terrain doublée d'une étude qualitative. En outre, contrairement à ce qui a été écrit dans la presse, le ministère a bien le droit d'effectuer des sondages. Un décret royal datant de 1965 lui donne toutes latitudes pour cela, soutient un cadre au ministère de l'Intérieur.
L'enquête, effectuée essentiellement par le biais des caïds et autres moqaddems, a porté sur un échantillon représentatif de 20 000 personnes, âgées de 18 ans et plus et résidant aussi bien dans le centre de Casablanca, Tanger et Marrakech, qu'à la périphérie de ces grandes métropoles. Les informations, centralisées par une cellule d'une dizaine de fonctionnaires de la DGAI (Direction générale des affaires intérieures, ancienne DAG), sont en principe exclusivement destinées à nourrir la réflexion du ministère de l'Intérieur et donc réservées à une consommation interne. Une tâche que se partagent Hassan Aghmari, directeur des élections au ministère de l'Intérieur et Mohieddine Amzazi, qui coiffe les affaires intérieures à l'administration centrale.
L'expérience n'est pas franchement nouvelle. Il faut savoir, en effet, que la prise de température de l'opinion sur des thèmes politiques en général (et les élections en particulier) ne date pas d'hier. Sur le terrain, un officier des renseignements confirme l'existence de ces enquêtes focalisées sur le renseignement politique. Comme rien n'interdit aux walis de mener leurs propres enquêtes et de faire remonter leurs informations, Driss Basri, à l'époque, poussait le luxe jusqu'à commander des consultations auprès de grands instituts comme l'IFOP (Institut français d'opinion publique), qui effectuaient régulièrement des sondages sur les intentions de vote des Marocains à la veille de chaque échéance électorale, ajoute notre interlocuteur. Le puissant patron de l'Intérieur complétait les résultats de ces sondages par les enquêtes de terrain réalisées par la DGST. Les résultats servaient moins à sonder les intentions de vote des électeurs qu'à déterminer à l'avance la cartographie électorale.
Plus près de nous, les élections de 2002 (les premières sans Basri !) ont été précédées d'un sondage réalisé par les agents de la DGST en collaboration avec les lauréats de l'Ecole des cadres de Kénitra. Le travail, réalisé auprès d'un échantillon de 20 000 personnes, donnait l'USFP gagnante
tout en mettant en garde contre une éventuelle mauvaise surprise du côté du PJD.
Info ou Intox ?
Aujourd'hui, il est néanmoins permis de s'interroger sur le timing choisi pour divulguer les chiffres-clés de ce sondage, donnant la victoire à la majorité, nanisant davantage les prétendus petits partis et plaçant le PJD à la hauteur des partis de la coalition gouvernementale
sans toutefois lui accorder la première place. Distiller à la presse quelques éléments du sondage qui minimisent la force de frappe du PJD ne sert-il pas à orienter le vote dans un sens ou dans l'autre ? Surtout, que faire de cette population d'électeurs indécis, qui refuse pour le moment de s'exprimer ? Et que valent les déclarations des sondés ayant déjà opéré un choix
qu'ils peuvent bien changer au dernier moment ? Pas de réponse. Mais notons quand même, pour l'anecdote, la réflexion de ce député pjdiste qui a requis l'anonymat : Dans cette guerre (des pourcentages), le ministère de l'Intérieur est juge et partie, il reste jusqu'à nouvel ordre le bras armé de la majorité gouvernementale. Traduisez : l'Etat fait et défait les sondages en fonction de la carte politique qu'il désire redessiner au lendemain de septembre 2007, point à la ligne. |
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2007 Daba. L'autre sondage
Alors que le projet de loi régulant les sondages attend d'être validé sur le bureau du secrétariat général du gouvernement, la sondomanie sur fond électoral bat son plein. Citons à titre d'exemple le dernier sondage réalisé par LCS-CSA pour le compte de l'association Daba 2007. Mené auprès d'un échantillon représentatif de 1200 personnes, il avait pour objectif d'évaluer l'intention des Marocains de participer aux prochaines élections. Selon les résultats de cette enquête, qui ressemblent à s'y méprendre à ceux du ministère de ll'intérieur, 73% des personnes sondées déclarent ne pas s'intéresser du tout au jeu politique, alors que seuls 3% affirment être affiliées à un parti politique. Concernant l'appétit des citoyens pour le travail associatif, les pourcentages sont tout aussi insignifiants, puisque seule une proportion de 1,5% de citoyens militent dans les associations de quartier, 1% le font au sein d'associations caritatives et autant dans les rangs de syndicats ou associations professionnelles.
Pour ce qui est de la participation aux législatives de septembre 2007, 66% des 18-24 ans et 61% des 25-29 ans comptent bien s'inscrire sur les listes électorales, alors que 40% des 18-24 ans et 44% des 25-29 ans jugent les législatives de 2007 comme très importantes. De quoi être optimiste sur le taux de participation ? |
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