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Par Adil Boukhima
Spécial Terrorisme.
Faisant suite à lédition spéciale terrorisme de la semaine dernière, TelQuel creuse le sujet par des informations, un éclairage et une prise de position inédits sur les explosions kamikazes de Casablanca.
Portrait. Le Marocain dAl Qaïda
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Ses dates-clés.
Septembre 1992. Saâd Houssaïni part en Espagne pour poursuivre des études supérieures, option physique et chimie.
Mai 1997. Recherché par la police espagnole, il parvient, à laide dun faux passeport, à regagner lAfghanistan.
À partir de juillet 1997. Le Chimiste participe à un stage de formation sur la fabrication dexplosifs, le maniement des armes et lapprentissage des techniques de guérilla urbaine.
Entre Juillet et septembre 1997. Houssaïni, qui se fait également appeler Mustapha, fait la connaissance dun groupe de combattants marocains en Afghanistan, qui vont constituer par la suite le GICM.
2000. Il entre en contact avec les principaux décideurs dAl Qaïda (Abou Moussaâb Zarkaoui, Ayman Al Zawahiri).
Mars 2001. Plusieurs cadres dAl Qaïda assistent au mariage de Houssaïni, notamment Ayman Al Zawahiri.
Entre septembre 2000 et août 2001. Des membres du GICM bénéficient dun stage de formation.
Juillet 2001. Mise en place de la structure du GICM.
Août 2001. Rencontre avec Oussama Ben Laden.
Avril 2002. Houssaïni regagne le Maroc.
Avril 2004. Houssaïni forme quelques personnes, notamment à la fabrication dexplosifs.
Septembre 2006. Il supervise lenvoi de combattants marocains en Irak.
Mars 2007. Houssaïni est (enfin) arrêté par la police. |
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Larrestation de Saâd Houssaïni, lun des chefs présumés du Groupe islamique combattant marocain (GICM), a permis de lever le voile
sur les zones dombre de la nébuleuse terroriste marocaine. Édifiant.
Les pièces du puzzle terroriste semblent sassembler de jour en jour. Au cur de ce puzzle, pour ne pas dire du projet terroriste, un homme : Saâd Houssaïni. Recherché depuis les attentats du 16 mai 2003, cet ancien combattant en Afghanistan, tombé finalement dans les filets de |
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la police en mars dernier, est présenté comme lun des plus importants chefs du GICM. Comment ce licencié en chimie a-t-il pu basculer dans le terrorisme ? Quel était son parcours ? Quels étaient ses liens avec Al Qaïda ? Daprès les premiers éléments de linstruction, auxquels TelQuel a pu avoir accès, il semble évident que le personnage est au cur de la structure terroriste au Maroc. Retour sur la trajectoire dun chef déchu.
Lappui de Ben Laden
Cest à Valence, en Espagne, que Houssaïni a découvert et épousé les principes du courant jihadiste. Sa rencontre avec un membre de la Jamaâ tunisienne, Annahda, dirigée par le Cheikh Rached Ghannouchi, a constitué un tournant décisif dans sa vie. Cest dailleurs avec le soutien de ce membre influent de la nébuleuse salafiste que Houssaïni, alias Mustapha, a pu senfuir en 1997 en Afghanistan, pour échapper au coup de filet lancé par les autorités espagnoles contre certains groupes islamistes. Une fois à Kandahar, le Chimiste, comme on le surnomme déjà, va faire ses premières armes dans la fabrication dexplosifs, le maniement des armes et lapprentissage des techniques de guérilla urbaine. Le stage, qui se poursuivra pendant plusieurs mois, va savérer très instructif. Et sa formation initiale aidant, lhomme deviendra même un expert en matière dexplosifs.
Pendant cette même période, Houssaïni fera la connaissance de plusieurs Marocains, qui vont constituer par la suite lossature du futur GICM. Il sagit notamment de Abdelkader Hakimi, alias Chibani, et Karim Outah. Dautres de ses compatriotes vont par la suite rejoindre le fameux camp dentraînement Al Farouk, dans une aile réservée aux combattants marocains, mise en place par Houssaïni avec la bénédiction de létat-major des Talibans.
Jouissant dune estime croissante auprès de ses pairs, Houssaïni finira par entrer en contact direct avec les instances dirigeantes dAl Qaïda, se rapprochant notamment dAbou Moussâab Zarkaoui et dAyman Al Zawahiri. Cest à ce stade-là que le Chimiste, avec laide dautres combattants marocains (dont Mohamed El Guerbouzi, réfugié actuellement en Grande-Bretagne) passe à laction en mettant en place le réseau final du GICM.
Lobjectif est clair : renverser le régime au Maroc et instaurer un califat islamique. À la tête de cette organisation, le dénommé Tayeb Bentizi, alias Haj Youssef, est proclamé émir. Un homme peu charismatique, qui ne fera pas long feu à la tête du GICM, vite remplacé par Mohamed El Guerbouzi. Le groupe est également composé dun adjoint de lémir, dun conseil de Choura, dun conseil exécutif et de cinq commissions (militaire, sécuritaire, financière, communication et religieuse).
Depuis, le contact avec les têtes pensantes dAl Qaïda na jamais été interrompu. Dailleurs, lors de la cérémonie de mariage de Houssaïni, plusieurs cadors de lorganisation terroriste faisaient partie des invités, dont son numéro deux, Ayman Al Zawahiri.
Mais déjà, le GICM commence à réfléchir sur son modus operandi sur le territoire marocain. Les recommandations des chefs dAl Qaïda étaient claires : il fallait entrer en confrontation directe avec les autorités marocaines et faire en sorte que la révolution islamique se traduise au final par la mise en place dun régime identique à celui des Talibans. Ni plus, ni moins ! Une présentation du groupe a même été organisée en présence dOussama Ben Laden. Le numéro un dAl Qaïda a dailleurs promis dapporter toute laide nécessaire, logistique ou financière, du moment que le Maroc a été choisi comme une base privilégiée pour lexpansion du jihad. Et comme preuve de ce soutien, lorganisation met à la disposition du GICM la somme de 3000 dollars. Un petit pécule qui sera suivi dautres bien plus conséquents. Cet appui financier et logistique inestimable va ouvrir aux alliés de Houssaïni de nouveaux horizons. Dans ses confessions devant les enquêteurs marocains, ce dernier reconnaît avoir reçu également de largent, des sommes parfois importantes, de la part de certains membres du GICM.
Les plans dAl Qaïda et du chef de la commission militaire du GICM vont être cependant chamboulés par lintervention américaine en Afghanistan, en 2001. Saâd Houssaïni, comme tant dautres, est obligé de rentrer précipitamment au bercail. Pressé par le temps, il pense même que cest loccasion idéale de mettre en uvre ce quil a appris dans les camps dentraînement afghans. En septembre 2002, les contacts vont reprendre avec les membres du GICM. Le groupe décide de passer à l'acte, en réactivant sa commission militaire. Objectif : coordonner les actions des cellules constituées dans le cadre du GICM.
Lorganisation a même pensé à mettre en place des camps dentraînement dans les montagnes du Rif et de lAtlas, copiant en cela le modèle algérien, à partir desquels seraient menées des opérations terroristes visant les établissements publics, les services de sécurité et certaines personnalités. Et pour se procurer armes, munitions et explosifs, le groupe lie des contacts avec des organisations algériennes, dont le fameux GSPC, ainsi quavec des réseaux de trafic darmes en Europe.
La traque commence
Larrestation de nombreux membres du GICM, aussi bien au Maroc quen France ou en Espagne, va mettre un coup darrêt à lactivisme de Houssaïni, poussant ce dernier à tenter son va-tout, pour ne pas tomber à son tour. Commence alors une longue cavale, durant laquelle le Chimiste ninterrompra cependant jamais ses contacts avec dautres membres de lorganisation. La diffusion de la photo de Houssaïni, après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, va lobliger à être encore plus discret. Et malgré la traque continue de la police, lartificier du GICM trouve le moyen pour assurer, en avril 2004, un stage de formation au profit de trois personnes sur les techniques de fabrication des circuits électroniques temporisateurs, utilisés dans les explosifs commandés à distance ! Il décide même de procéder à la fabrication de ceintures dexplosifs. Mais dans lincapacité de se procurer des composantes telles que lacide nitrique et la poudre daluminium, Houssaïni décide de reporter son projet de procéder à des attentats denvergure, avec lobjectif de sattaquer à des touristes, surtout américains. Mais il ne savoue pas pour autant vaincu. Il décide, simplement, de changer de fusil dépaule et de déplacer son combat vers un autre objectif, avec une nouvelle tactique : constituer un réseau de recrutement, avec pour mission denvoyer de jeunes combattants marocains en Irak. Il réussit ainsi à y expédier une vingtaine de personnes, en empruntant des passages par la Turquie et la Syrie. Et grâce à largent obtenu auprès de certains membres du GICM, Houssaïni sest chargé daider financièrement les familles de ces combattants exportés. Il était loin de se douter que cétait là lune de ses dernières actions dans ce quil appelait son projet jihadiste. |
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