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Par Abdeslam Kadiri,
correspondant en France.
France. La balle au centre
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La bataille entre Ségolène Royal
et Nicolas Sarkozy sera arbitrée
par les élécteurs de Bayrou.
(AFP)
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Le duel Sarkozy-Royal ne fait que commencer. En attendant le second tour, le 6 mai, les deux candidats partent à la chasse aux électeurs de François Bayrou, qui a réalisé une belle percée.
Les Français ont redécouvert la politique. Le pays sest passionné pour le premier tour des élections présidentielles. Il soufflait sur le pays un parfum de citoyenneté et de prise de conscience. Les Français ont voté en masse, avec une participation record de 84,6%. Un taux qui sonne comme un pied de nez à toutes les années de morosité politique, dalternance indigeste, de montée des extrêmes et, surtout, une belle revanche sur un certain 21 avril 2002.
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Le 6 mai, ils auront donc droit à un duel Sarkozy-Royal. Le chef de lUMP est arrivé largement en tête, avec 31,11% des voix, devançant Ségolène Royal, créditée de 25,83%. Le troisième homme, cest François Bayrou. Il a triplé son score de 2002, pour flirter avec les 19 %. Jean-Marie Le Pen, qui avait créé la surprise en 2002, a subi, lui, un cuisant échec. Il nengrange que 10,44 % des voix contre 16,86 % en 2002, perdant ainsi pas moins dun million délecteurs (voir encadré). Quant aux petits candidats, cest la bérézina
Les leçons dun scrutin
Les grands quotidiens européens saluent le renouveau de la démocratie française, alors que la presse hexagonale se félicite de ce réveil du pays. Le Monde et La Croix expliquent que Nicolas Sarkozy a réussi son pari daspirer une partie du vote lepéniste. On se souvient quen fin de campagne, le candidat de lUMP avait flirté avec les électeurs du FN, en proposant la création dun ministère de lImmigration et de lIdentité nationale et en évoquant le caractère inné des tendances suicidaires ou pédophiles. Une tactique payante puisque Sarkozy enregistre le meilleur score dun candidat de droite depuis 1974.
Il aura face à lui Ségolène Royal, qui a passé sans encombre le stade du premier tour. La candidate socialiste a donné un sérieux coup de jeune à la politique en lançant les débats participatifs et en négligeant les caciques de son parti. Elle obtient le même score que François Mitterrand en 1981. Mais les réserves électorales de la gauche sont maigres. Très maigres. Celle-ci totalisait 47% des voix à lépoque, grâce aux 15,3 % de Georges Marchais. Aujourdhui, en dépit des 4,7 % dOlivier Besancenot, qui prend la tête de la gauche radicale, la réserve nest plus que de 10,62 %. Les communistes, eux, nexistent quasiment plus : 1,94 % des voix, cest le plus bas score jamais réalisé par le PCF. La candidate écologiste Dominique Voynet ne fait pas mieux, avec un calamiteux 1,57 %. La gauche plurielle, inventée par Lionel Jospin en 1997, est dans le coma, écrit Le Monde.
Séduire les centristes
Pour gagner, les deux finalistes savent quils doivent pêcher dans dautres eaux. Ils ont intensifié leurs manuvres pour séduire lélectorat modéré, dont Ségolène Royal a particulièrement besoin pour refaire son retard. Lentre-deux tours, cest la chasse au Bayrou, titre Libération. Car le grand vainqueur du premier tour, après le duo Sarkozy-Royal, cest bien lui, François Bayrou. Lémergence du centrisme en France nest plus une lubie ou une chimère. Elle révèle une lame de fond dune société qui veut dépasser la traditionnelle bipolarisation droite-gauche. Bayrou sest imposé en comptant sur sa composante traditionnelle - celle du centre-droit - mais aussi sur une dimension purement protestataire, voire réformiste. Il a su attirer à lui des électeurs délaissés par la droite et la gauche. Cest le résultat combiné de lultradroitisation du discours de Sarkozy et de la mue social-démocrate de la gauche. Dans les dernières semaines de la campagne, Ségolène Royal a connu des heures difficiles. Après avoir rassuré avec son programme, elle a laissé filer les classes supérieures vers Bayrou et na pas su sentourer des meilleurs talents (Dominique Strauss-Kahn notamment). Lépisode Eric Besson a ajouté à la confusion. Lancien conseiller économique du PS a retourné sa veste, en démissionnant avec fracas du parti de la rose. Il a rejoint, lundi, le camp sarkozyste en échange de la promesse dun plat ministériel
LUDF sourde aux avances
Aujourdhui, Sarkozy et Royal font la cour à Bayrou, quitte à réadapter leur stratégie. Pour Sarkozy, la campagne de lentre-deux tours sera celle du rassemblement. Il veut séduire les électeurs centristes sans pour autant perdre ceux du Front national : léquation est délicate. Il tente de rassurer les plus libéraux de lUDF sur sa capacité à gouverner et sur son programme économique. Il veut également gagner la bataille des couches populaires, enjeu majeur. Mathématiquement, Sarkozy a besoin dun tiers des voix de Bayrou pour passer.
La candidate socialiste, si elle veut être élue, a besoin de lessentiel des suffrages du centre. Lundi soir, dans la Drôme, Ségolène Royal a tendu la main à Bayrou. Elle lui a proposé un débat public pour voir sil était disposé à constituer une nouvelle majorité. Mardi, elle a promis des ministères aux centristes sils la suivaient. Pour Libération, Royal saute sur loccasion historique de donner un nouveau visage à la gauche, celui dune social-démocratie moderne, renforcée dun centre vraiment émancipé de la tutelle conservatrice. La manuvre est osée. Afin de lemporter, Ségolène Royal doit reconquérir les couches populaires et récupérer lélectorat réformiste. Et pour séduire les centristes, elle espère lever un front anti-Sarkozy, ralliant les déçus du discours musclé de Sarkozy sur limmigration et la délinquance.
Tout lenjeu du second tour sera la captation des voix centristes. Pour qui votera cet électorat éclaté et hétérogène ? Si lécart se resserre, le duel télévisé du 2 mai entre Sarkozy et Royal, diffusé sur TF1 et France 2, pourrait être décisif. Dautant que François Bayrou a donné ses consignes mercredi : lUDF restera sourde aux avances. Le leader centriste, qui avait indiqué quil ne reviendra pas en arrière, a opté pour le non-choix. Il a renvoyé les deux candidats dos-à-dos, refusant de nouer une quelconque alliance politique et maintenant une ligne strictement centriste. Le calcul de Bayrou était simple : sallier avec lun ou lautre des candidats au second tour risquait de nuire à ses efforts pour faire renaître un centre indépendant. Il a préféré stériliser son capital et se positionner pour la prochaine présidentielle. Lobjectif pour lui est de fixer cet électorat autour dun nouveau parti. Lhomme voit loin. Lavenir lui donnera-t-il raison ? |
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Jean-Marie Le Pen. Lélection de trop
Jean-Marie Le Pen est incontestablement le grand perdant de ce premier tour. Cétait sûrement le round de trop pour le chef du Front national (FN), commentait Le Figaro. À 78 ans, il livre là lun de ses derniers combats, même sil ne veut pas entendre parler de retraite. Patron du FN depuis 35 ans, Le Pen a été élu pour la première fois député en 1956 et disputait là sa cinquième présidentielle. En 2002, après une campagne axée sur linsécurité, cet ancien officier parachutiste en Indochine et en Algérie sétait retrouvé en finale face à Jacques Chirac. Depuis, Le Pen tentait dadoucir son image pour ratisser plus large. Jai dû faire une erreur dappréciation en croyant que les Français étaient mécontents, lâchait-il, dépité, le soir du premier tour. Son équipe a tenté de relativiser le camouflet, en estimant que le FN avait gagné la bataille des idées et en criant au plagiat : Nos idées ont tellement bien marché quelles ont permis à Sarkozy de faire 30%, ironisait sa fille, Marine.
De fait, Le Pen a été victime du vote utile, motivé par le traumatisme de 2002, dune participation record, mais surtout du discours de Sarkozy, juge la politologue Nonna Mayer. Le candidat de lUMP aurait ainsi récupéré 25 à 30% des voix dextrême droite en prônant la fermeté sur limmigration, la sécurité, la délinquance et en vantant lidentité nationale. |
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