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N° 272
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Tout ça pour ça ?

Ahmed R. Benchemsi
Tant de concessions sur le Sahara pour en arriver à… se disputer sur les virgules d’un document de l’ONU ?!


C’était prévisible : le dossier Sahara s’embrouille à nouveau. Récapitulons – et surtout, tâchons de faire simple. Avec le temps et malgré la propagande, on avait donc fini par comprendre que le Maroc était, et depuis longtemps, “la partie de mauvaise foi” : celle qui renie sa parole, celle qui bloque tout mais ne propose rien. Il y a deux semaines, le Maroc a spectaculairement renversé la vapeur, en remettant au secrétaire général de l’ONU un plan d’autonomie du Sahara aussi surprenant qu’audacieux. En gros : à nous la monnaie et
le drapeau, aux Sahraouis la gestion d’à peu près tout le reste, selon des modalités ouvertes à la discussion… à condition que “les autres” veuillent bien discuter. Le piège était bien pensé : sous pression de l’ONU, l’Algérie et le Polisario devaient se retrouver acculés à négocier sur la base de la proposition marocaine, entérinant de facto l’abandon de l’option indépendantiste. Mais à la dernière minute, “les autres” ont eu une idée de génie : proposer à Ban Ki Moon leur propre plan, évidemment centré sur l’indépendance. Rien de vraiment nouveau, hormis une promesse peu crédible de “partager les ressources naturelles du territoire”. Mais le “machin” qu’est l’ONU s’est tout de même senti obligé de renvoyer les deux plans, donc les deux parties (l’Algérie et le Polisario n’en faisant qu’une), dos à dos.

Retour, donc, à la case départ : une résolution du Conseil de sécurité soupesée au microgramme, et chacune des parties s’attachant à n’en retenir que les passages qui l’arrangent (lire l’article de Driss Bennani, p. 6). Certes, une lecture de bonne foi révèle un léger avantage au Maroc. Mais en matière diplomatique, la bonne foi n’a aucune importance. Seul compte le rapport de forces. Et entre le Maroc et l’Algérie, le rapport de forces n’a pas évolué depuis trente ans : c’est toujours l’équilibre parfait. Résultat : au terme d’un an de ramdam, on se retrouve avec une résolution qualifiée par le Polisario d’“échec cuisant pour le Maroc” et par le Maroc de… “récompense pour ses efforts diplomatiques” ! Et tandis que l’ONU appelle les parties à des négociations “directes, immédiates, de bonne foi et sans conditions préalables”, les parties affirment, la main sur le cœur, leur disposition à négocier, mais chacune sur la base de son propre plan, et chacune… insultant copieusement l’autre ! Vous n’y comprenez plus rien ? C’est fait pour !!

Alors, tout ça pour ça ? Tant de concessions et de finesse de notre part (on n’en rêvait même plus)… pour aboutir à un nouveau blocage ? Pour l’unique plaisir de dire que cette fois, c’est l’Algérie qui bloque ? Tout cela ne serait-il, finalement, que dispute d’enfants sur un immense bac à sable ? Pour l’instant, c’est l’impression que ça donne. À moins que…

La proposition marocaine est plus sérieuse que l’autre, c’est un simple constat de bon sens. Et ce constat est partagé par tous les gens de bonne foi… y compris de l’autre côté. Sauf que les gens de bonne foi n’ont pas le pouvoir, de l’autre côté. Et que ceux qui l’ont, à Tindouf comme à Alger, sont encore suffisamment despotiques pour réprimer férocement toute velléité de dire du bien du Maroc et de son plan. La seule voie de sortie serait que les gens de bonne foi (grands leaders sahraouis marginalisés, ou mieux : le peuple des camps) fomentent quelques troubles que les appareils sécuritaires sahraoui et algérien combinés n’arriveraient pas à contenir tout à fait. En clair : que le plan d’autonomie marocain fasse imploser le Polisario, inversant à nouveau le rapport de forces et poussant à d’éventuelles négociations sur la base marocaine.

On en est encore loin. Et le hic, c’est que ce genre de choses n’est pas l’affaire de la diplomatie, mais celle des services secrets. Attendons-nous donc à un long silence radio entrecoupé, au meilleur des cas, de rafales de propagande violente de part et d’autre. Et soyons patients, très patients…

 
 
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