Maroc - Polisario. À table !
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

Maroc - Polisario. À table !

La résolution votée par le
Conseil de sécurité de
l’ONU a finalement renvoyé dos
à dos les deux parties. Avec un
léger avantage pour le Maroc…
(AFP)

Le Conseil de sécurité a enfin rendu son verdict. Il appelle les deux parties à entamer des négociations directes et retient la date du 30 juin pour faire un premier point sur l’avancement du dossier. Quelque chose a décidément changé.


Les néophytes n’y ont vu que du feu. Le très attendu vote, par le Conseil de sécurité de l’ONU, d’une nouvelle résolution (1754) concernant le conflit du Sahara a réjoui (c’est une première) les responsables marocains, algériens et polisariens ! Les frères ennemis auraient-ils enfin enterré la hache de guerre ? Seraient-ils arrivés à un
accord surprise ? Rien n’est moins sûr. Au lendemain de la parution de la résolution onusienne, les divergences entre les trois parties du conflit sont vite réapparues au grand jour. “Nette victoire pour le Maroc”, pouvait-on lire sur la presse marocaine le lendemain du vote. “Le Conseil de sécurité désavoue le Maroc”, titrait de son côté la presse algérienne le même jour. Et pendant ce temps, les porte-parole du Front Polisario se répandaient en déclarations saluant “la consécration du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui par l’ONU”. Qui croire ? “Le texte de la résolution”, ironise un observateur sahraoui qui poursuit : “Pour sauver la face, chaque partie a choisi de bâtir son communiqué officiel autour d’un terme ou d’une expression contenue dans la résolution onusienne”.

Deux pages et des conjectures
Une résolution de deux pages, appelant les deux parties du conflit à engager “des négociations de bonne foi, sans conditions préalables, en tenant compte des développements survenus ces derniers mois, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental”. À première vue, rien de nouveau sous le ciel onusien. Mais pour les diplomates algériens, “le Maroc essuie là un sérieux revers”. Il y a d’abord l’utilisation (à double reprise) du terme “autodétermination” au lieu d’“autonomie”. Il y a aussi, ajoute l’ambassadeur de la Rasd auprès de la Minurso, “cette distinction faite entre le peuple du Sahara occidental et le peuple marocain”. Face à cet argumentaire, les diplomates marocains restent de marbre. Mieux encore, ils esquissent un large sourire avant de contre-attaquer, le ton étonnamment serein : “Nos voisins semblent oublier que l’ONU considère l’autonomie comme étant une forme d’autodétermination, et omettent de commenter d’autres points contenus dans la même résolution. Tenir compte des développements survenus ces derniers mois est, par exemple, une référence claire aux efforts fournis par le Maroc pour la préparation puis la présentation de son plan d’autonomie”. Selon plusieurs observateurs, le Conseil de sécurité aurait même explicitement exprimé son penchant vers la proposition d’autonomie marocaine en préambule de sa résolution 1754.

Au détour d’un paragraphe, on peut notamment lire ceci : le Conseil de sécurité “prend note de la proposition marocaine présentée le 11 avril 2007 au Secrétaire général et se félicite des efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement (du conflit) ; (le Conseil) prend note également de la proposition du Front Polisario, présentée au Secrétaire général le 10 avril 2007”. Selon ce cadre au ministère des Affaires étrangères, “ce n’est quand même pas un hasard que notre plan ait été jugé crédible et sérieux, alors que le Conseil s’est défendu de qualifier la proposition adverse”. Dans les coulisses, les Etats-Unis, la France et l’Espagne auraient pesé de tout leur poids pour faire passer une expression favorable au Maroc. Pour s’y opposer, le Polisario ne pouvait, quant à lui, compter que sur la neutralité britannique et le soutien russe. Finalement, confie ce cadre aux Affaires étrangères, “les cinq pays membres permanents du Conseil se sont mis d’accord sur une version équilibrée, qu’ils ont ensuite soumise au vote des Quinze, avec la consigne de ne pas y changer une virgule”.

Cette distinction entre l’offre marocaine et le plan polisarien a finalement sérieusement énervé le représentant de l’Afrique du Sud (traditionnel allié du Polisario à l’ONU). Commentant le texte en séance plénière, le responsable sud-africain a déploré l’usage des qualificatifs “sérieux et crédible”. “Le mot crédible ne saurait impliquer que la proposition du Front Polisario le soit moins. L’usage de l’expression aller de l’avant est malheureuse en ce qu'elle préjuge du résultat des négociations”, a-t-il estimé. Résultat des courses ? Léger avantage pour le Maroc mais “la partie ne fait que commencer”, note un militant associatif sahraoui. Le Conseil de sécurité a en effet exigé du Secrétaire général d’organiser les premières négociations le plus rapidement possible, et de lui remettre un rapport dans deux mois, soit le 30 juin prochain.

Négocier, mais avec qui ?
Une date a même déjà été rendue publique : celle du 15 mai. Les émissaires de Ban Ki Moon devraient, selon une dépêche de l’AFP, arriver à Alger dans moins de deux semaines. Ils se rendront ensuite à Rabat et à Tindouf pour convenir d’une date et d’un lieu pour une première rencontre Maroc - Polisario. “C’est à ce moment qu’il faudra faire bonne figure et capitaliser sur le léger avantage du royaume sur le dossier du Sahara”. Or, une question se pose avec insistance : le Maroc est-il prêt à entamer des négociations avant le 30 juin ? Dans leurs différentes déclarations de ces dernières semaines, les diplomates marocains ont davantage mis l’accent sur les échos positifs du plan d’autonomie partout dans le monde. “On les a rarement vus ou entendus affirmer clairement leur prédisposition à négocier”, fait remarquer un observateur. Lors de leur brief, les deux patrons de la diplomatie marocaine ont d’ailleurs passé le plus clair de leur temps à relire les passages favorables au Maroc dans la résolution 1754, à dénigrer le système algérien et à stigmatiser l’entêtement du Polisario. “Ils donnaient cette impression qu’une entente entre le Maroc, le Polisario et l’Algérie serait impossible”, affirme un journaliste présent lors de la séance de brief.

En tout cas, et selon toute vraisemblance, Marocains et Polisariens se retrouveront très prochainement autour de la table de négociations, mais un accord n’est pas à espérer avant plusieurs mois, voire plusieurs années. “Reste à savoir si le Maroc négociera uniquement avec la direction, pourtant contestée, du Front Polisario, ou s’il étendra ses contacts aux dirigeants en rupture de ban avec la direction de Mohamed Abdelaziz. D’autant que ces derniers n’attendent que des gages de confiance de la part des autorités marocaines pour se déclarer ouvertement en tant que courant politique, qui dispose d’une certaine popularité dans les camps de réfugiés”, analyse un lobbyiste sahraoui qui a ses entrées à Tindouf. Après des décennies de statu quo, le dossier du Sahara entame un nouveau virage. Serait-ce le bon ?



Briefing. Les phrases-clés

Animée par les ministres Fassi-Fihri et Benaïssa, une séance de briefing à la presse s’est tenue en milieu de semaine au ministère des Affaires étrangères. Extraits.
“Le plan Baker II était déjà dépassé. Aujourd’hui, il est politiquement oublié”.
“Un avant-projet de la résolution citait les “efforts” déployés ces derniers mois. Entre nous, “développements” est finalement un mot plus approprié”.
“La position américaine a fait trembler nos voisins”.
“Nous travaillons dans le cadre des Nations Unies mais tout le monde est aujourd’hui convaincu que les puissances mondiales ont une influence certaine sur le cours des événements”.
“De toutes les manières, en attendant les négociations, les portables fonctionnent à fond et les échanges dans le cadre familial ou tribal ne se sont jamais interrompus entre les deux bords”.
“La présence de Khelli Henna au Conseil de sécurité est une grande victoire. Nous avons montré que le Polisario n’était pas le seul représentant des Sahraouis”.
“Le Congress américain a présenté une lettre demandant au président Bush de soutenir la proposition marocaine. Le Sahara est peut-être le seul sujet qui met Républicains et Démocrates d’accord ces derniers temps”.

 
 
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