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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Politique. L'union fait la gauche

Mohamed Moujahid,
SG du PSU.
(AIC PRESS)

Trois partis de gauche ont décidé d’unir leurs forces dans la perspective des élections de septembre prochain, avant de fusionner (éventuellement) par la suite. Comment et pourquoi ?


Petite leçon de calcul : 1+1+1=1. C’est du moins celui du PSU, PADS et CNI, qui sont enfin réunis, depuis avril dernier, pour accoucher d’un nouveau “parti” dont le nom reste à déterminer (Union de la gauche socialiste part favori). Les trois partis n’en font plus qu’un, et ont déjà mis au point la liste de leurs candidats communs dans près de la moitié des circonscriptions électorales. Attention, comme nous le précise ce
dirigeant du PSU, “union n’est pas fusion”. Mais la bande des trois n’en pense pas moins : la formation qui vient de naître pourrait bien survivre au-delà des élections 2007. Elle est même un objectif pour les trois partis, pour peu qu’ils passent avec succès l’épreuve des candidatures communes.

Aujourd’hui, l’essentiel tient en un mot : élections. “Notre but est clair : arriver à constituer un groupe parlementaire au lendemain des législatives”, confirme Mostafa Meftah, du PSU. Un challenge intéressant, quoique difficile à relever. Les trois partis ne “pèsent” pour le moment que trois élus, tous PSU. Autant dire qu’il leur faudra multiplier leur performance électorale habituelle par six, voire plus (il faut atteindre la barre de 20 élus pour se constituer en groupe parlementaire). Mais à l’impossible nul n’est tenu. De tous les partis présents au Parlement, le PSU a été le seul (avec, à un degré moindre, le PJD) à fermer sa porte aux transfuges d’autres formations politiques. Le Mercato, connais pas ! “On aurait pu gonfler les effectifs de nos parlementaires autrement”, renchérit le même Mostafa Meftah, sans doute à raison.

Autre motif d’espoir : le PSU, en 2002, était un parti fraîchement constitué, avec une organisation bien faible sur le terrain. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : le parti a accumulé suffisamment de vécu et d’expérience pour prétendre, enfin, à plus de sièges au Parlement. Et les deux autres partis de la coalition ? Leur casier est pratiquement vierge, mais eux aussi ont des “excuses”. Le CNI de Noubir Amaoui a beaucoup souffert de ses querelles internes, enfin réglées au prix d’une scission, qui a vu le départ de l’ancien numéro deux, parti fonder son propre “hizbicule” (le Parti socialiste).

Des passerelles vers le PPS ?
“Notre union, aujourd’hui, répond à un double dessein : électoral et politique”, clament, à l’unisson, les directions des trois partis. L’objectif électoral passe, comme on l’a vu, par la constitution d’un groupe parlementaire. Une vingtaine d’élus, donc. Mais où ? “Essentiellement dans les villes moyennes et les petits centres urbains”, nous explique ce membre de la coalition. La bande des trois ne se fait guère d’illusions par rapport aux grands centres urbains, comme Casablanca ou Rabat, qui semblent condamnés à basculer entre la droite conservatrice (PJD) et les grands partis consensuels (USFP, Istiqlal, RNI). “C’est surtout Casablanca qui pose des problèmes pour tous les partis de gauche, explique encore ce dirigeant du PSU. La paupérisation de la ville nourrit les partis de la réaction, les conservateurs, tous les discours politiques bâtis sur l’exaltation de l’identité religieuse, loin de tout concept de gauche”. La tendance s’était déjà installée en 2002, et risque de s’accentuer en 2007, et ce n’est pas le nouveau trio qui pourra y changer quelque chose.

Politiquement, la logique du “1+1+1=1” signifie, bien entendu, que le meilleur moyen de lutter contre la balkanisation de la classe politique est de fédérer les partis le plus naturellement du monde, par programmes et idées communes interposés. C’est une étape, la première, avant d’envisager “l’union de toute la gauche non gouvernementale”. Une perspective intéressante, mais pour laquelle il faudra sans doute attendre des années encore. Un parti comme Annahj addimocrati (la Voie démocratique) refuse l’idée même de prendre part aux consultations électorales, alors que le Parti socialiste de Abdelmajid Bouzoubaâ a encore des comptes à régler avec son frère ennemi, le CNI.

Reste une question à laquelle la bande des trois est appelée, tôt ou tard, à répondre : des alliances post-électorales sont-elles envisageables avec des partis de gauche qui tentent d’exister en dehors de l’USFP, comme le PPS ou le petit dernier, le Parti travailliste ?

 
 
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