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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Télévision. Arriyadia cherche un second souffle

Arriyadia aura bientôt accès
aux studios casablancais de la
SNRT, plus spacieux et mieux
équipés.
(TNIOUNI / NICHANE)

Née il y a huit mois, la chaîne sportive du groupe SNRT affiche un bilan plutôt mitigé. D’importants changements sont déjà dans le pipe…


“Nous sommes très fiers de ce que nous avons accompli en si peu de temps”. Younès Alami, le jeune patron d’Arriyadia, ne cache pas sa satisfaction d’avoir réussi, en un temps record, deux jolies prouesses. Celle d’avoir mis sur pied une nouvelle chaîne de télévision, suivant un calendrier pour le moins serré. Nommé en févier 2005, il devait recruter ses équipes - avec interdiction de piocher dans le vivier des
services Sports de la TVM ou 2M -, élaborer la grille des programmes, concevoir des émissions… pour démarrer la diffusion en septembre de la même année.

Surtout, ladite chaîne est parvenue à donner un sérieux coup de jeune au paysage médiatique sportif. “C’est indéniable, confirme ce vétéran de la presse sportive, Arriyadia a apporté de la créativité et davantage de sérieux à un milieu qui en avait grand besoin”. Le premier bénéficiaire en est certainement le téléspectateur, qui se voit offrir un produit incontestablement plus fouillé, caractéristique d’une chaîne thématique, que les deux aînées généralistes ne peuvent se permettre.

Ainsi, lors de la retransmission des rencontres du championnat national de football, Arriyadia s’offre régulièrement un “avant-match”, durant lequel ses équipes s’incrustent dans les vestiaires, interrogent entraîneurs et joueurs, sondent le public… pour faire de même après le coup de sifflet final.

La couverture géographique est également un plus appréciable dans les émissions de la chaîne sportive : sillonnant le pays de long en large, ses caméras offrent une visibilité inespérée à nombre de petits clubs souffrant de sous-médiatisation chronique.

Arriyadia a aussi donné une visibilité certaine à des sports trop longtemps snobés. Grâce à une couverture régulière, volley-ball, rugby et hand-ball ne sont plus des curiosités pour le téléspectateur marocain. Mention spéciale au reportage consacré au déplacement de la sélection marocaine du ballon ovale en Afrique. Enfin, la chaîne soigne son audience de seniors, en chouchoutant les nostalgiques. Depuis ses débuts, elle s’est fait une spécialité des rediffusions de matchs mythiques des Lions de l’Atlas et de clubs marocains, durant les compétitions continentales et internationales.

Parfois, la chaîne va jusqu’à dépasser son rôle initial de relais d’information, pour celui de faiseur d’événements. Après avoir remis sur les rails le Tour du Maroc cycliste, Arriyadia a récidivé en organisant, il y a quelques semaines, le circuit international Mohammed VI de tennis. Quatre tournois amateurs, dédiés à la balle jaune, qui se sont tenus dans quatre villes du royaume. “Nous en sommes davantage fiers, explique Younès Alami, car ça a permis à des tennismen marocains de se mesurer à des joueurs étrangers et de glaner des points au classement ATP”. Et ce n’est pas fini. Dernière trouvaille d’Arriyadia : le prochain lancement d’un championnat national de football en salle.

Coach Zadok
Si les compliments ne manquent pas à l’encontre d’Arriyadia, les critiques ne sont pas rares non plus. À commencer par les commentaires des matchs, jugés maladroits par nombre d’observateurs. “Ils ont trop souvent tendance à imiter les commentateurs d’Al Jazeera, note l’un d’entre eux, alors qu’ils devraient plutôt trouver un style propre à eux”. Du côté de la direction d’Arriyadia, on avoue être conscient de cette faiblesse. Et pour y remédier, il a été décidé d’appeler en renfort le vétéran Saïd Zadok pour coacher tout ce beau monde. Espérons seulement que ce dernier ne ramènera pas avec lui quelques vieux réflexes de Dar El Brihi.

La chaîne s’est aussi débarrassée de quelques programmes qui encombraient inutilement sa grille : la rediffusion des antédiluviens numéros d’Al Alam Riadi a été enfin stoppée, tout comme celle des inénarrables nanars de Kung Fu made in Hong Kong.

L’effort se prolongera-t-il à d’autres émissions jugées bien peu convaincantes ? On pense notamment à Moustawdaâ (Vestiaire), une émission au concept intéressant, mais dont l’animation tient de l’amateurisme. Son animateur, journaliste sportif dans la presse écrite, est également agent de joueurs. De là à crier au conflit d’intérêts, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi.

Idem pour Quizz Show, un ersatz de jeu télévisé ennuyeux, animé par deux demoiselles, certes ravissantes, mais peu au fait de la chose sportive. “C’est une émission que nous avons voulu féminiser, pour cibler davantage une audience féminine”, tente de justifier Younès Alami, qui poursuit : “L’émission sera bientôt revue de fond en comble, surtout que nous aurons bientôt accès aux studios de la RTM à Aïn Chock qui sont beaucoup plus spacieux”.

Ce “déménagement”, prévu pour septembre prochain, va également permettre le lancement d’une nouvelle émission dominicale, sur le modèle de Stade 2, le programme sportif phare de France 2.

En attendant la TNT…
Mais là s’arrête une hypothétique comparaison avec la chaîne publique hexagonale, notamment en ce qui concerne la retransmission des grands événements sportifs internationaux. Pour le moment, comme seules fenêtres sur l’actualité sportive mondiale, Arriyadia se contente d’annoncer le prochain lancement d’une émission qui fera un tour d’horizon des principaux championnats européens de football, en plus de deux magazines dédiés au golf et à la NBA (le fameux championnat américain de basket ball). “Nous sommes une chaîne satellitaire. Du coup, l’achat des droits pour ce genre d’événements nous coûterait des sommes colossales, que nous n’avons certainement pas”, explique le directeur de la chaîne. La prochaine migration vers la diffusion numérique terrestre (TNT) pourrait cependant changer cette donne. Mais ce qui n’est pas susceptible de changer, ce sont les moyens limités de la chaîne : son budget annuel se monte à 50 millions de dirhams, contre 75 millions pour… Arrabiaa ! (Lire encadré). Et ce ne sont pas les 12 MDH de revenus publicitaires, récoltés jusqu’à présent, qui révolutionneront les ressources de la chaîne. “Pas étonnant qu’ils se retrouvent souvent à faire du remplissage, commente un observateur. Avec un budget aussi modeste, ils sont obligés de faire avec les moyens du bord”.

Ce sont justement les conditions de travail, dues à ce manque de moyens, qui auraient motivé la démission de nombreux journalistes, dont plusieurs journaux se sont récemment fait l’écho. “Faux, rétorque Younès Alami. En huit mois, deux ou trois personnes sur cent vingt ont quitté la chaîne”. Et de poursuivre : “Il est vrai que nos journalistes travaillent comme des fous depuis le début de l’aventure, mais c’est ainsi dans toute nouvelle entreprise”. Pour le journaliste sportif Najib Salmi, il est encore trop tôt pour juger de la qualité d’Arriyadia : “Rome ne s’est pas construite en un jour. Il serait injuste de faire un procès à une chaîne aussi jeune, qui n’a même pas un an au compteur”.



SNRT. Et les autres thématiques ?

Avant Arriyadia, deux autres chaînes thématiques ont vu le jour depuis 2005 : Arrabiaa et Assadissa. La première, à vocation éducative, est dirigée par Maria Latifi, ancienne animatrice sur 2M. La grille des programmes, qui fait de la lutte contre l’analphabétisme son cheval de bataille, ne semble pas avoir percé auprès des téléspectateurs marocains, malgré un budget annuel de 75 millions de dirhams. Prenant connaissance, il y a quelques semaines, des résultats d’une étude accréditant Arrabiaa d’un taux d’audience symbolique, Fayçal Laraïchi, le patron de la SNRT, serait entré dans une colère noire.
Assadissa, émanation du ministère des Habous et des Affaires islamiques, ne fait pas mieux. Née au lendemain du 16 mai 2003, dans le cadre de la réforme du champ religieux, la chaîne est dirigée par Mhamed El Boukili, ancien directeur à la RTM, et compte sur un budget de 14 millions de dirhams… déboursés par le ministère. C’est d’ailleurs Ahmed Toufik en personne qui valide la programmation. Celle-ci repose essentiellement sur des exégèses du Coran et des incantations religieuses largement diffusées… dans les mosquées. Le passage à la TNT y changera-t-il quelque chose ?

 
 
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