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N° 272
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Israël. Bishara jette l’eponge

La bataille entre Ségolène Royal
et Nicolas Sarkozy sera arbitrée
par les élécteurs de Bayrou.
(AFP)

Bête noire des autorités israéliennes pour ses idées pro-arabes et sous le coup d’une enquête pour trahison et corruption, le député arabe israélien Azmi Bishara a fini par démissionner.


Les rumeurs sur sa démission allaient bon train depuis quelques semaines. Le député Azmi Bishara, figure de proue de la communauté arabe israélienne, a fini par la remettre à l’ambassade d’Israël au Caire le 22 avril dernier. Accusé d'être un “traître” par des députés de droite, considéré par des parlementaires de gauche comme l'un des plus brillants représentants de l’Etat hébreu depuis sa création, Bishara ne
laisse personne indifférent en Israël. Chef du Rassemblement national démocratique (ou Balad, son acronyme en hébreu), il était sous le coup d'une enquête de police dont, longtemps, aucun détail n'a filtré, à cause de la censure imposée aux médias par la justice. On sait désormais qu’il est soupçonné d'intelligence avec le Hezbollah pendant la guerre qui a opposé le mouvement libanais à Israël cet été, de blanchiment d'argent et de financement du “terrorisme”, accusations qu’il a catégoriquement démenties. Bishara est accusé “d’avoir fourni des informations au Hezbollah” pendant la guerre au Liban et “d'avoir reçu de l'argent en contrepartie”. Des médias israéliens avaient laissé entendre qu’il pourrait être poursuivi pour trahison à cause d’un récent voyage à Damas : la Syrie et Israël étant théoriquement en état de guerre, les citoyens israéliens ne sont pas autorisés à s'y rendre sans autorisation expresse de leurs autorités. Or, quelques semaines après la guerre de juillet-août, Bishara et deux membres de son parti s’étaient rendus en Syrie et au Liban. Le député s’était auparavant déplacé à plusieurs reprises en Syrie et avait organisé des voyages pour permettre à des familles arabes de revoir leurs proches réfugiés dans ce pays après la création de l'Etat d'Israël en 1948.

Pas question d’exil
Le député, 50 ans, se trouve actuellement au Qatar. Il a quitté Israël en mars et n'y a depuis effectué qu'un bref retour. Il a indiqué qu'il resterait à l'étranger pour le moment. Pas question de parler d’exil, a-t-il toutefois tenu à préciser : “L'exil n'est pas une option, le retour est certain”, a-t-il affirmé. La nouvelle de sa démission a suscité quelques réactions de satisfaction en Israël. “Bon débarras. La Knesset pousse aujourd'hui un soupir de soulagement”, a ainsi déclaré le chef d’un parti d'extrême droite, Effi Eitam. “Il était temps”, a renchéri le député du Likoud Yuval Stenitz. “C'est maintenant un fugitif et Israël doit penser à le capturer et le traduire en justice”, a-t-il ajouté. Bouillant défenseur de la minorité arabe d’Israël, Azmi Bishara se disait “persécuté”. Il a toujours revendiqué son droit d’entretenir des relations avec les pays arabes voisins d’Israël. Ce docteur en philosophie, qui parle couramment l'hébreu, l'anglais et l'allemand, est un chrétien originaire de Galilée, père de deux enfants. Diplômé de l'Université Humboldt de Berlin, il a enseigné à l'Université palestinienne de Bir Zeit et a travaillé comme chercheur à l'Institut israélien des sciences humaines Van Leer à Jérusalem. Azmi Bishara défend la conception d'un Etat d'Israël “pour tous ses citoyens”, qui se traduirait en pratique par un partage égal du pouvoir entre les juifs et les quelque 1,2 million d'Arabes de descendance palestinienne. Brillant orateur, il est coutumier des provocations et des déclarations choc contre Israël. En 2001, il s'était attiré les foudres de la classe politique israélienne et de la justice après avoir fait l'éloge de la “résistance populaire” contre l’Etat hébreu depuis Damas. Il entend désormais organiser depuis l’étranger une campagne de soutien international avant un éventuel retour en Israël, pour faire face aux accusations qui l'ont conduit à quitter le Parlement. Si l’affaire prend tant d’ampleur en Israël, c’est parce qu’elle touche à la question très sensible des Arabes israéliens et de leur “loyauté” envers l’Etat hébreu. Ces derniers représentent près de 20% de la population. Légalement, ils bénéficient des mêmes droits que les autres citoyens, mais le gouvernement leur attribue moins d'investissements publics et leurs conditions de vie sont globalement inférieures à la moyenne nationale.

 
 
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