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N° 272
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Tanger 2012, un lot de consolation
après la déception Maroc 2010 ?
(MAP)

Tanger 2012. Un détroit et de l’espoir

Cette fois, il est permis de rêver. Le temps d’un été, Tanger pourrait redevenir le centre du monde, comme dans les années 60, quand les yeux se tournaient vers les écrivains de la beat-generation, William Burroughs ou Paul Bowles, et les peintres de toutes les latitudes qui passaient par là… Une renaissance nommée Exposition universelle 2012. Le comité de candidature de la ville à l’organisation de l’exposition met, en tout cas, les petits plats dans les grands pour battre ses deux (solides) concurrentes, en l’occurrence Wroclaw en Pologne, et Yeosu en Corée du Sud. À la veille du 1er mai, la ville
réunissait sur la plage, pour un concert gratuit, Bilal, Rami Ayach, Najat Aâtabou, Bigg… histoire d’en mettre plein les yeux à la mission d’inspection du Bureau international des expositions, reçue par le roi en personne. Au crédit de la belle du détroit, un lifting à 700 millions de dirhams, mais également le soutien de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali, et l’ex-directeur général de l’Unesco, Federico Mayor Zaragoza, placé à la tête du comité de soutien de la candidature marocaine. Cette dernière peut également compter sur les appuis de la France, du Portugal et de la Belgique. Cela permettra-t-il à Tanger d’être la première ville arabe et africaine à accueillir la manifestation ? En tout cas, cela serait un beau lot de consolation, après les espoirs déçus de la Coupe du Monde 2010. Verdict en décembre prochain…


Sortie. Au suivant et vite !

Franck Cadillac, alias Nicolas Cage, est magicien. Un vrai de vrai, pas un de ceux qui vous sortent un lapin de leur chapeau. Franck prédit le futur proche deux minutes à l’avance. Un superpouvoir qui lui sert à peine à tromper le temps et la banque du casino, entre deux vols de voiture, pour faire plaisir à son complice de père, campé par Peter Falk. L’ex-inspecteur Columbo, recyclé en papa receleur de grosses cylindrées, n’arrive pas à détourner son fils de son unique obsession : une femme qui hante ses visions. Et pendant que Franck fait la cour à sa promise, le FBI lui fait la chasse à courre. Il a besoin des talents divinatoires du magicien de Las Vegas pour contrecarrer les plans de terroristes (apatrides, pour se fâcher avec personne) sur le sol américain. Malgré ses allures de fiction à gros budget, Next tient plus du jeu vidéo jetable que du grand film. Un scénario facile, mais surtout un goût d’inachevé et une fin qui n’en est pas vraiment une. Un simple divertissement.

Next, au Mégarama.



BD. Fatal son Maroc

Après huit ans dans “le plus beau pays du monde”, Jean-François Chanson, bédéiste pour adultes, a conclu que “les Marocains acceptent plus facilement le malheur”. Il a puisé son inspiration dans ce constat générique et a ajusté le trait de “Maroc Fatal”, une bande dessinée à l’ambition de travail critique sur les maux de la société marocaine, du hrig à la corruption policière en passant par l’alcoolisme. Noble intention, mais le résultat ressemble plus à une version illustrée et trash du guide du routard. Reste à l’auteur de BD le mérite d’un regard original : toutes les histoires se terminent par une mort !


Essaouira. 1000 DH pour jouer devant le roi

C’était il y a deux semaines. Maâlems gnaouis, fusionneurs, rappeurs, houariyate… tous les musiciens d’Essaouira étaient sur scène pour accueillir le roi en visite. “Le Pacha nous a convoqués dans la hâte. Il n’y avait pas de temps pour signer des contrats ou négocier des cachets. Nous avons accepté de jouer avec la promesse d’être payés le lendemain”, détaille Yassine, des Ganga Fusion. Deux semaines de silence plus tard, leur commanditaire est revenu avec les cachets. “1000 DH par groupe, c’est ce qu’on nous propose. On aurait préféré la gratuité, ç’aurait été moins insultant”, poursuit le musicien. À l’heure où nous mettons sous presse, quelques-unes des formations s’apprêtent à organiser une petite manifestation. “Qu’on mette à nu le mensonge d’Essaouira, ville de culture. La vérité, c’est qu’un grand maâlem comme Mahmoud Guinea, décoré par le roi, n’a même pas de quoi se payer un jack pour relier son Hejhouj à un ampli”, conclut Yassine.


Photographie. Objectifs d’Afrique

Avec trente-cinq photographes, quatre sites d’exposition et une carte blanche à la Biennale de Bamako, le Salon national d’art photographique de Fès lorgne le Sud, se rebaptisant "Rencontres internationales de la photographie", pour prendre l’Afrique sous son aile. La manifestation accueille, du 9 mai au 28 juin, quatorze photographes africains et une vingtaine de Marocains, d’ici et d’ailleurs (dont Mohamed Mali, Salman Ezzamoury, Hassan Nadim, Nourredine El Ghoumary, Fouad Maâzouz ou Leïla Ghandi), ainsi que des invités comme l’Espagnol Ricky Davila, virtuose du noir et blanc. Tous sont invités à exposer “leurs questionnements sur la ville” par objectif interposé. Les professionnels de la photo pourront profiter de la première plate-forme d’échange autour du métier de photographe en Afrique. Baptisée Afrique in visu, elle se déplace depuis mars dernier et jusqu’au mois de juin au Maroc. But avoué : méditer sur une stratégie apte à rendre le métier de photographe viable économiquement sous nos cieux.

Du 9 mai au 28 juin à Fès.



Théâtre. Un monde de Debauche

Pierre Debauche, auteur de théâtre de son état, ne craint ni l’insolite ni les anachronismes. Depuis des années, il cherche réponse à cette question existentielle : “Quelle est cette terrible loi du Pouvoir qui doit arrêter les plus intelligents, les interdire et interdire leurs œuvres (NDLR les philosophes) ?”… On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Debauche a donc écrit une pièce, “Le sourire d’Averroès”, y a ressuscité tous les cadors de la philosophie et les a invités à mener leur (en)quête sur “l’âme humaine en 2006”. Sophie (du Monde de Sophie, de Gaarder), Descartes, Socrate, Maïmonide, Spinoza, Gilles Deleuze et Averroès cogitent. Et à la fin de la pièce, le diagnostic du Docteur Averroès tombe : “Un jour (…) la pensée sera plus forte que la guerre, j’en ai l’intuition”. En attendant ses prémonitions, il reste “Le sourire d’Averroès”.

Le 15 et 16 mai à la villa des arts de Rabat.



Festival. Poétiquement incorrect

Une entrée pour une sortie au ministère de la Culture qui organise la 3ème édition des rencontres de zajal, devenue festival (un de plus !) pour l’occasion. “Le zajal a fait son entrée dans la culture, par la porte de la littérature engagée” pendant que la darija, “cette fille de la langue arabe, quittait le domicile parental pour vivre sa vie”. Ainsi parle Ahmed Lemsyeh, universitaire, lui-même participant à l’évènement et auteur de poésie libre en darija. Popularisé par le malhoun, la aïta et ses suggestifs doubles sens, le zajal s’est ouvert à différents thèmes comme la corruption et l’injustice, écrits, chantés ou simplement racontés par des Jwahri, Messouani, Ghiwane et autres militants du verbe. Une tendance contestataire qui reviendrait à la charge avec “les Bigg, H-Kayne et autres”. Ceux-là pourtant ne seront pas de la fête. Une autre fois peut-être ?

Le 5 et 6 mai à Dar Caïd Larbi, à Benslimane



DJing. Les dés de Key

Le hip-hop prend du galon sur radio 2M, sous les commandes de DJ Key, alias Khalid Douache. Le Monsieur touche-à-tout de la nouvelle scène prend désormais en charge l’antenne et les platines tous les samedis (de 22h à minuit). Un peu d’exercice en attendant la sortie de son second album, attendu avant fin 2007, après un premier datant d’une décennie. Il faut croire qu’entre ses multiples casquettes (DJ, enseignant, réalisateur de clips, producteur…), il n’a pas le temps de souffler. En parallèle avec son job à temps partiel sur la station casablancaise, l’homme se penche actuellement, via sa boîte de production, Funky Noise, sur le premier album solo du Slaoui Nores. Ce dernier n’est pas un débutant, puisqu’il affiche dix ans de hip-hop au compteur avec le groupe Siouss el Borj.


Hip-Hop. Un championnat en 2009

Et de deux pour la Fédération royale marocaine des sports aérobics et de fitness. Le week-end dernier, au moyen d’un grand écart intellectuel, sa présidente, Salma Bennani, déclarait que le hip-hop est une sous-famille du fitness et organisait le 1er Grand Prix de hip-hop au Maroc. Cette semaine, la dame souplesse persiste et signe une nouvelle performance, en annonçant l’accueil par le Maroc des Championnats internationaux de hip-hop de 2009. Le tout - encore une fois - en présence de Frank Geleijns, président de la FISHEC, structure qui a pignon sur rue aux Pays-Bas, en Lettonie ou en Ukraine, mais inconnue aux Etats-Unis ou en France, où le segment est déjà (très) occupé. Il faut dire qu’au Maroc, tout reste à faire !


Le livre.

En Pologne, une militante écologiste s’introduit par effraction dans un laboratoire de recherches, libère des animaux cobayes, saccage les équipements et vole une fiole contenant des vibrions cholériques. Un acte de militantisme isolé qui s’avère être la première phase d’un plan de destruction massive de l’humanité, imaginé par des écologistes fanatiques qui entendent rétablir l’équilibre démographique sur terre en y répandant une épidémie de choléra. Le Docteur Matisse, ancien agent de la CIA, est chargé de faire avorter leurs desseins. Sur fond d’un thriller, Jean-Christophe Rufin détourne les regards du terrorisme «para-religieux» et plonge dans l’extrémisme écolo, classé deuxième source de terrorisme dans le monde selon les services américains.

Le Parfum d’Adam ; Jean-Christophe Rufin, Ed Flammarion.




Humeur.
Syndicat Inc.

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Que c’est triste Casablanca un 1er mai. L’avenue des FAR est devenue trop longue et trop large pour les cortèges clairsemés. Chaque année, chômage galopant oblige, il y a de plus en plus de spectateurs sur le trottoir et de moins en moins d’acteurs sur la chaussée. Une claque morose devant le spectacle : une pièce de théâtre nécrophile au casting immuable depuis un demi-siècle. Sur l’estrade, des tribuns entre la vie et la mort squattent l’hygiaphone, accrochés à leur porte-voix comme un malade en phase terminale à sa perfusion. Ils singent Nasser, lui piquant ses meilleures répliques sur l’impérialisme et le sionisme, au nez et à la barbe des islamistes. Hors contexte, hors sujet. Erreur de public ? Non. Les acteurs arabes au bout du rouleau sont toujours ainsi. Ils se reposent sur les grands classiques pour éviter les blancs gênants sur scène. Le mot en “isme” est le souffleur du syndicaliste marocain. Et son parapluie anti-tomates pour son mutisme sur la zone industrielle, située pourtant à quelques mètres de l’estrade officielle et à des milliers de kilomètres de Bagdad. À force de tourner la mappemonde politique dans tous les sens, nos Jimmy Hoffa au verbe haut ont déjà réussi à désorienter une multitude de salariés. Sur l’avenue des FAR, une poignée d’employés fustige les vilains capitalistes américains tout en sympathisant avec leur boss local. Ce dernier leur a gentiment prêté un camion aux couleurs de la société pour défiler. Balade gratis en poids lourd contre pub gratuite. Ou une certaine conception du business win-win. Et du syndicalisme lose-lose…



Le retour des nomades
Moins d’un an après la mort du “Rythms of Peace festival”, le collectif “Nomads Tribe” reprend son bâton de pèlerin, mais non sans avoir revu ses ambitions à la baisse. Une rave de deux jours baptisée “Transahara Project” et réunissant une vingtaine de DJ, est ainsi promise pour le mois d’août à Merzouga. www.nomadstribe.com

À vos magnétos
L’édition 2007 du Prix découverte RFI musique, dénicheur de talents dans la zone Afrique, Caraïbes et Océan indien, est ouverte. Avis aux candidats potentiels : le deadline d’envoi des dossiers (comprenant présentation, enregistrements et autre press-book) est fixé au 1er juillet. www.rfi.fr


Tous en calèche
Gnawa Diffusion, 113, Princess Anies, Zahra Indy et Alif Sound System seront parmi les invités, entre le 7 et le 12 août à Marrakech, du 1er Festival des Calèches. Des talents marocains comme Brada, Ganga Vibes ou K-Libre seront aussi de la partie. www.festival-caleches.com

 
 
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