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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Bande FM. La radio à papa

Rachid Hayeg, le fondateur de
Chada FM, entouré de son équipe.
(DR)

Deux mois après son lancement, Chada FM, une des nouvelles nées des ondes s’est imposée avec son style particulier, qui consacre la chanson marocaine “classique”.


L’affiche publicitaire sur le mur de cette villa du Bd Abdelkrim Khattabi, à Casablanca, ne passe pas inaperçue. Tarbouche rouge sur la tête, djellaba blanche sur le dos (on devine le saroual et les babouches hors-cadre), un personnage invite les passants à se brancher sur le 100.8, la fréquence de Chada FM. Une tenue 100% traditionnelle pour représenter une “radio 100% marocaine”, l’image est plus que
surannée. Le défilé de mode quotidien de la jeunesse casablancaise “Chez Paul”, la villa voisine du siège de Chada FM, suffirait pour le confirmer.

Dans le hall des locaux de la station, un poste-télé est bloqué sur Melody Hits. Un modèle qui a dû certainement inspirer le créateur de Chada FM. La chaîne égyptienne diffuse en boucle des vidéo-clips de toute ère : des valses en noir et blanc d’Asmahane, au déhanchement en jogging léger de Ruby. Idem sur les ondes de Chada FM, mais uniquement avec le son, et en version marocaine tout de même. Entre les mélodies déprimantes de Nouaâman Lahlou et le flow ardent de Bigg Lkhasser, la station a préféré ne pas choisir. “La nouvelle scène comme la musique marocaine contemporaine ou classique ont toutes leurs places sur notre antenne. Notre sélection musicale est adaptée à tous les styles musicaux appréciés par les auditeurs. Nous avons toutefois la spécificité de consacrer la chanson marocaine en lui réservant un traitement particulier et une place de premier choix dans notre programmation”, explique Rachid Hayeg, PDG de la station. Cette particularité de Chada FM, qui lui donne une image de “radio à papa”, elle la doit à l’historique de son propriétaire. Rachid Hayeg est d’abord connu comme le producteur qui a vu défiler dans ses studios d’enregistrement les grands de la chanson marocaine à leur époque, dont Hajja Hamdaouiya et Abdelouheb Doukkali, entre autres. Les photos de ces stars sont d’ailleurs placardées à l’entrée des studios de Chada FM. Trois régies, où de jeunes techniciens s’activent sur leurs tables de mixage dernier cri, à préparer les playlists ou à monter les enregistrements du lendemain.

L’information aussi
Sur les ondes, le premier rendez-vous matinal se nomme Chada Al Fajr. À 5 h du matin, il faut soit tomber du lit, soit être réveillé par un coq volubile pour suivre le programme. Mais les habitués de la prière d’Al Fajr pourraient trouver le menu à leur goût : lecture du Coran, chants sacrés et autres douaâ. Le contenu religieux dure une heure, avant de laisser l’antenne à l’émission Chada Assabah. Une sorte de Morning classique : agenda culturel, programmes télé, horoscope, météo et blagues plus ou moins drôles. Le tout est évidemment assaisonné de musique, où la chanson marocaine est présente à hauteur de 50%. Pour autant, la programmation musicale connaît parfois des sursauts de lucidité pour diffuser des variétés occidentales, comme elle peut rapidement sombrer dans la chanson orientale de cabaret.

En milieu de matinée, Chada Al Ousra est destiné à la femme au foyer, pour ne pas dire la femme en cuisine. Là encore, Chada FM propose une émission relativement classique : les recettes de cuisine et les astuces de maquillage. Evidemment, le tout abondamment commenté par des spécialistes de la salade niçoise et des anti-rides à base de concombre.

Des annonces… par radio
Mais là où Chada FM innove, c’est sans doute avec son émission Chada Khadamat. Trois heures d’antenne, de 14 h à 17 h, durant lesquelles deux animatrices présentent des annonces immobilières ou des offres et demandes d’emploi, envoyées par les auditeurs. Et le concept serait en cours de développement : “Nous devrions bientôt commencer à prendre des appels téléphoniques directement au studio”, explique une des animatrices. Le ton rappelle bizarrement cette défunte émission de la RTM où l’on donne la description de gens disparus. Pourtant, Chada Khadamat a visiblement beaucoup de succès. “Nous traitons près de 500 SMS annonces par jour”, explique Rachida Aït Lqadi, directrice commerciale de la radio.

La nouvelle née de la bande FM joue également la carte de l’information. Deux bulletins (12h et 19h) sont diffusés sur Chada FM, en plus de cinq flashs toutes les deux heures. “Nous privilégions les reportages sur le terrain. Notre micro doit sortir dans la rue pour rapporter une information de proximité, la seule apte à réconcilier l’auditeur avec la radio”, explique Hassan Nadir, directeur de l’information de Chada FM. Mais contrairement au reste de la grille, où la darija conventionnelle est dominante, pour les infos, l’arabe classique est de rigueur. “Nous sommes en train d’étudier l’introduction de la darija la plus appropriée pour les infos. Il faut qu’elle soit à la fois simple et étudiée”, poursuit Nadir.

Autre rendez-vous phare de la station : Sma3 Sma3. Une chronique de Bahloul, une des révélations de la génération “15 ans 15 talents” de 2M, dans laquelle les affaires de société, comme celle de Rkia Abouali ou des événements terroristes, sont traitées avec un humour noir et une rime en darija plutô réussie. L’animateur se convertit également en clown, le dimanche matin, au micro d’une émission destinée aux enfants.

Une audience fidèle
À en croire le management de Chada FM, la grille connaît d’ores et déjà un grand succès chez toutes les catégories de publics. “Nous avons été surpris de constater que même les classes supérieures nous écoutent, alors que nous ciblions davantage les classes moyennes, voire les milieux modestes”, explique la directrice commerciale. Selon les résultats de certaines études, à prendre certes avec prudence, Chada FM se placerait même en tête des radios régionales de Casablanca. Idem dans les régions de Settat ou El Jadida, où le succès serait si important que le management pense ouvrir des bureaux sur place. “Notre défi est d’être une radio à l’écoute des habitants de ces régions et qui répond à leurs attentes d’un point de vue social, culturel et environnemental”, explique Hayeg. D’ailleurs, la grille de Chada FM devrait réserver de nouvelles surprises. “Aujourd’hui, nous ne diffusons que 30% de nos concepts. Nous prenons notre temps pour lancer ces nouveaux rendez-vous dans de meilleures conditions, mais cela doit se faire avant la fin de l’année”, confie Hassan Nadir. Les fans de musique marocaine devraient se régaler.



Information. L’effet de la libéralisation

Mardi 11 avril à Casablanca. Les postes radio des taxis sont tous branchés sur la fréquence 100.8. Chada FM, la radio régionale, interrompait toutes les 15 minutes ses programmes pour laisser l’antenne au direct de ses journalistes dépêchés à Hay Al Farah, pour couvrir les événements de cette journée explosive. Sur une autre station, les auditeurs ont pu entendre en live la déflagration du quatrième kamikaze, alors que le journaliste donnait les dernières nouvelles. Le même scénario se répète le 14 avril au Boulevard Moulay Youssef. “Notre micro a été l’un des premiers sur place après l’explosion du second kamikaze”, explique Hassan Nadir, directeur de l’information à Chada FM. Durant cette période, certaines radios réaliseront leurs meilleurs scores d’audience. Mais surtout, la couverture réalisée de ces événements a permis de montrer la réactivité de ces nouveaux médias d’information. Une réactivité qui n’a malheureusement pas été constatée chez nos deux chaînes nationales de télévision, qui avaient préféré braquer leurs caméras ailleurs. Vivement les licences télé…

 
 
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