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Par Jean Berry
Festival. Dijon à la sauce marocaine
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Bigg, lors de la soirée
Maroc Street Life.
(© ROXANNE GAUTHIER)
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Pendant quatre mois, des artistes marocains prennent possession des théâtres, galeries et salles de concert de Dijon, en France, dans le cadre du cycle Made in Maroc. Au menu : malhoun, slam, hip-hop, contes
Un condensé du panorama de la création marocaine daujourdhui.
Le public ne voulait plus quitter la salle ! On ne sattendait pas vraiment à un tel succès, et on navait pas préparé de rappel. Touria Hadraoui, chanteuse de malhoun, nen revenait pas
Voici un mois, sa rencontre scénique improvisée avec la poésie de son compagnon |
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Abdallah Zrika, le jazz du saxophoniste Louis Sclavis et les déclamations du slammeur Dgiz a conquis le public dijonnais. Cest là loriginalité du cycle Made in Maroc, mis en place par Zutique productions pendant quatre mois, au rythme dun ou deux spectacles ou projections (Ali Essafi, Daoud Aoulad Syad, Ismaïl Ferroukhi) hebdomadaires. Objectif : confronter des formes artistiques anciennes et plus modernes, pas toujours disposées à se rencontrer, et imaginer des formules plus ludiques, incarnant un panorama de la création artistique marocaine. Et ça marche !
Contes et orientalisme
Jai tout de suite senti des points de rencontre avec le slam de Dgiz, témoigne Touria Hadraoui. Finalement, jétais la seule à porter des textes anciens, avec des écrits de poètes remontant aux IXème, XIVème ou XVème siècle. Et je dois dire quils nont rien perdu de leur modernité. Ravie, comme le conteur et musicien Hamed Bouzzine, originaire de Guelmim, arrivé en France en 1962, et qui pose avec ses spectacles quelques questions sur limmigration
Un jour, je suis arrivé au bled et mes petites nièces étaient tristes. Le prince du quartier était mort, me disaient-elles, cétait le Détroit qui lavait avalé. Cest ce genre dhistoires que jessaie de raconter. Nourri de contes locaux et de rythmes nord-africains, il a été lauteur de plusieurs disques de contes pour les plus jeunes, et a même adapté Rimbaud ou Averroès avec des rappeurs. En plus de ses deux spectacles, Folies Berbères et De Tanger à Tombouctou, donnés au Bistro de la Scène et au Consulat du Maroc, Hamed Bouzzine a été pour loccasion le guide surprenant dune déambulation dans les salles orientalistes du Musée de Dijon. Un musée, cest vraiment assez austère comme cadre. Du coup, tu as intérêt à être ludique, fait remarquer le conteur qui poursuit : Surtout avec lorientalisme, ce rêve occidental, et sa perception un peu fantasmagorique de la femme musulmane. Du coup, jai construit pour loccasion un répertoire de récits et de contes orientaux, plutôt légers, avec des traits assez moqueurs, ironiques, ou dautres plus philosophiques.
Fusion, électro, hip-hop
Autre ligne directrice du cycle Made in Maroc, malgré son nom : ne pas se limiter aux seuls artistes marocains, mais plutôt leur permettre de souvrir sur des créateurs de lautre côté de la Méditerranée. Ainsi Darga jouait vendredi dernier en première partie des grands frères de la fusion maghrébine, Gnawa Diffusion. Idem pour Zayan Freeman, électron électro, qui mêlera son univers à celui de Naab, MC et producteur marocain installé en Bretagne, dont le premier album sest écoulé à 10 000 exemplaires dans une quinzaine de pays. Le concert sera en outre habillé des créations de deux vidéastes : En tant que graphiste, lanimation vidéo en live est le complément logique de ma recherche musicale, fait remarquer Zayan Freeman. Cest aussi loccasion de tendre vers une nouvelle forme de spectacle, de chercher au-delà du concert classique
Et dapporter quelque chose en plus aux musiques électroniques, qui sont souvent vues comme vides de messages.
Fin mars, DJ Key et Bigg faisaient également leur apparition à deux heures du matin sur les quais de la gare de la capitale bourguignonne. Quelques fans les attendaient déjà sur place. Le premier retrouvait DJ Idem, après un set commun à quatre platines à lédition 2006 de LBoulevard. Quant à Bigg, il inaugurait son premier concert à létranger. Le tout aux côtés de H-Kayne et Dee Nasty, et avec la visite impromptue, pour un freestyle réussi, du beat-boxer Ezra, qui présentera fin mai à Rabat le spectacle Ecorces de peines, aux côtés du slammeur D de Kabal et du danseur contemporain Didier Firmin.
Quelques jours plus tôt, Majid Bekkas, poly-instrumentiste, chantre des fusions entre musique gnawi, blues et jazz oriental, présentait une rencontre entre ses airs et le flamenco du guitariste espagnol Pedro Soler, déjà croisé pour une création à lInstitut français de Casablanca. Pedro était intéressé par le guenbri et le oud
Et moi je connaissais un peu le flamenco, mais cest à son contact que je lai redécouvert. Il y avait un vrai dialogue entre nous sur scène, et le public a senti cela, témoigne Majid Bekkas. Le concert en duo, intitulé Gibraltar Jazz, présenté un mois plus tôt à lInstitut du monde arabe à Paris, choisissait cette fois la scène dun théâtre sis en plein cur du quartier sensible des Grésilles.
Artisans de la culture
Cest justement là que Zutique, lassociation productrice de Made in Maroc, a récemment installé ses nouveaux bureaux, dans danciens appartements dhabitation. Dautres devraient bientôt être dédiés à des résidences dartistes. Cest une manière de nous rapprocher dun public pas forcément facile à faire déplacer, explique Frédéric Ménard, le dirigeant de lassociation. Cest aussi un moyen de montrer quon peut monter une opération culturelle avec des créations, des résidences et des spectacles, dans un quartier décrit comme difficile. Et de poursuivre : Cest loccasion aussi de se demander ce qui est vraiment fait pour sortir ses quartiers de leur isolement. Franchement, jai envie de répondre pas grand-chose.
Loin du kärcher, ces artisans de la culture ont choisi dautres armes pour tisser des passerelles entre les communautés, sans oublier les publics les plus défavorisés. Ainsi, les détenus du quartier des mineurs de la maison darrêt de Dijon recevaient, il y a peu, lune des stagiaires de lassociation. Après un tour du Maroc de trois mois, Julie Russeil est venue présenter un atelier sur la musique marocaine. Les jeunes ont adoré, témoigne-t-elle, cétait beau et fort. Cest aussi cela, la culture
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