Un yacht et des vagues
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Un président nest pas un roi. Et une démocratie nest pas une monarchie absolue.
Deux jours après avoir été élu président de la république française, Nicolas Sarkozy a été violemment pris à parti par ses adversaires politiques, ainsi que par une bonne partie des médias. En cause : les vacances de milliardaire quil sest accordées au lendemain de sa victoire. Bien entendu, les médias savaient tout de ces vacances, quasiment en temps réel. Après avoir rallié Malte en jet privé (la photo du jet, son immatriculation, ainsi que le coût potentiel du trajet étaient
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révélés moins dune heure après latterrissage), Sarkozy, sa femme et son fils embarquaient à bord dun yacht. Moins dune heure plus tard, là encore, on savait tout de ce yacht. Son nom (le Paloma), sa taille (60 mètres), son propriétaire (le capitaine dindustrie Vincent Bolloré), le nombre de pièces quil comporte (9), et le coût potentiel de sa location pour une semaine (173 000 euros). On a même eu droit, sur un programme de divertissement télévisé, à une visite virtuelle du yacht, ainsi quà des commentaires inspirés sur les couleurs du couvre-lit sous lequel M. et Mme Sarkozy pensaient sabriter, loin des photographes et de la fureur du monde.
Hélas pour le nouveau président, son pays est une démocratie. Non seulement rien ne lui a été épargné (On dirait un nouveau riche qui vient de gagner au loto, Est-ce la république qui paie ?, etc.), mais il va devoir sexpliquer, dès son retour. Ses lieutenants ont déjà commencé, avant même quil ne rentre : Et le yacht et le jet lui ont été gracieusement prêtés par son ami Bolloré, Bolloré est un citoyen français lui aussi, ce nest pas parce quil est riche quil est infréquentable, et même après une campagne harassante, le président a bien le droit de se reposer dans des conditions confortables, non ?. Quoi quon pense de Nicolas Sarkozy, ce dernier argument est irréfutable. Toute une vie au service de son pays, et un sprint final de 5 ans, sans sarrêter ni respirer, couronné par le vote démocratique de plus de 20 millions de citoyens
Et avec tout ça, on le crucifie parce quil sest permis et encore, sans que ça ne coûte rien à lEtat une mini-croisière de trois jours, pour se remettre de ses émotions ?! La démocratie, il faut le reconnaître, secrète parfois des excès
Comment résister à la tentation du et nous ?. Combien la famille royale possède-t-elle de yachts, exactement ? Ou de jets ? Combien de fois Mohammed VI part-il en vacances par an ? On sait juste quà chaque fois, ce ne sont pas seulement sa femme et ses enfants qui laccompagnent, mais une cour entière, formée de 100 à 300 personnes. Combien ça coûte, de faire voyager tout ce monde-là ? Et qui paie ? Poser ces questions, cest déjà mettre un pied dans le crime de lèse-majesté (passible, pour rappel, de 5 ans de prison ferme et de 100 000 DH damende). Enquêter, et publier des réponses, cest y poser les deux pieds et sexposer à des leçons sur le respect de la vie privée, professées par une brochette de confrères sentencieux
Comparaison, certes, nest pas raison : un président est un président, un roi est un roi. Et puis, la royauté ne va pas sans un minimum de luxe : voyez les rois et reines dEspagne, de Belgique ou de Norvège. Leurs pays sont quand même des démocraties, non ? Si
Mais tant quà comparer, comparons aussi les prérogatives. Ces monarques-là nont de pouvoirs que protocolaires. Ils ne représentent pas leurs peuples (cest le rôle des gouvernements élus), mais plutôt lHistoire de ces peuples. Il est compréhensible que les représentations de ces Histoires que les peuples eux-mêmes souhaitent glorieuses senrobent dun certain apparat. En revanche, ceux qui gèrent effectivement les destinées des peuples sont astreints à une image de proximité et de modestie et à rendre des comptes là-dessus (y compris financiers) en permanence. Vous verrez, le yacht de Sarkozy, on na pas fini den entendre parler
Concluons sur une autocritique : est-ce vraiment raisonnable (ou plutôt : nest-ce pas trop populiste) de reprocher son train de vie à notre famille royale ? Après tout, dit la voix de ma conscience, on ne change pas 40 ans dhabitudes en 7 ans. Mouais
Réflexion faite, ce nest pas ma conscience qui parle, mais mes réflexes dautocensure hérités, justement, des ces 40 ans dhabitudes. Tout bien réfléchi, il y a des choses auxquelles on ne devrait jamais shabituer. |