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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Diplomatie. La surprise américaine

Thomas Riley
(TNIOUNI / NICHANE)

Pendant que l’ambassadeur américain tenait un brief au contenu surprenant, le consulat américain à Casablanca fermait ses portes aux demandeurs de visa. Récit d’une journée particulière.


Thomas Riley n’est pas près d’oublier sa journée du 3 mai 2007. Ses invités, représentants de quelques organes de presse triés sur le volet, non plus. Décidée en dernière minute (avec un intitulé trompeur : “À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse…”), la rencontre, tenue dans la résidence de l’ambassadeur américain, avait
très peu à voir avec la liberté de la presse. Elle a plutôt été, de l’avis de plusieurs invités, “l’occasion (pour Thomas Riley) de déclamer la politique des Etats-Unis au Maroc”. Les débats ont beaucoup porté sur la question du Sahara, actualité oblige. Si la manière, dominée par une liberté de ton rare à ce niveau, a surpris, le fond aussi. En on, et en off, le représentant de l’administration Bush a expliqué, sans autre manière, que “les Etats-Unis sont derrière l’avancement du dossier Sahara”. “Il a affirmé qu’ils (les Etats-Unis) ont poussé le Conseil de sécurité des Nations Unies à adopter sa dernière résolution sur le sujet et à inciter les parties concernées au dialogue direct”, nous a expliqué l’un des présents. Le diplomate a été on ne peut plus clair, en précisant que le Corcas ne pourra pas prendre part aux négociations puisque son rôle est consultatif (auprès de Mohammed VI) et que le Maroc et le Polisario pourront bientôt rentrer dans le vif du sujet.

Deuxième sujet au menu du jour : les élections. “Les consultations de septembre 2007 ne changeront pas de beaucoup la carte politique du Maroc”, a exprimé en substance le diplomate américain, avant d’ajouter : “Je ne vois pas le PJD atteindre la barre des 80 sièges au Parlement”.

Le troisième plat du jour a été encore plus chaud : le terrorisme. Le discours du responsable américain a reconduit, dans ses grandes lignes, la théorie des officiels marocains : non, les attentats de Casablanca et d’Alger ne sont pas liés organiquement, même si les deux idéologies qui ont conduit à ces actes présentent des points de similitude. Le vrai sujet du jour, toujours lié au terrorisme, a été, en fait, soigneusement éludé. Pendant que Riley “speechait” devant ses invités, ses services officialisaient la fermeture du consulat américain à Casablanca, qui centralisait toutes les demandes d’émigration et de visas du Maroc. Aux candidats à l’émigration, il est demandé de… patienter jusqu’à nouvel ordre. Quant aux visas tourisme et affaires, pour les obtenir, les Marocains sont désormais orientés… vers les consulats américains à l’étranger. Les Marocains sont donc priés de se rendre en France, en Belgique, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne… ou en Tunisie, pour présenter leur demande de visa pour les Etats-Unis.

Une zone verte pour le consulat ?
Mais que s’est-il donc passé pour que les Américains en arrivent à fermer leur représentation consulaire à Casablanca, signant là une grande première ? D’après les informations que TelQuel a pu rassembler, les Américains ont dépêché une délégation d’experts à Casablanca dès le 14 avril, jour où deux kamikazes se sont fait exploser à proximité dudit consulat, sur le Boulevard Moulay Youssef. Les experts auraient conclu à la vulnérabilité du site. Vulnérabilité ? “Oui, nous explique cette source proche de la diplomatie américaine. Le bâtiment est sécurisé, mais ce n’est pas le cas de son environnement extérieur”. Notre source cite le cas du stationnement, loin du bâtiment, qui oblige le personnel à parcourir quelques centaines de mètres à pied : en clair, les Américains craignent pour la sécurité de leur personnel à l’extérieur du bâtiment. Ils auraient même proposé l’idée de fermer une parcelle du boulevard Moulay Youssef et la déclarer “zone verte” (comme à Bagdad !) interdite à toute circulation, sur un rayon de plusieurs dizaines de mètres autour du consulat. Un projet pour le moment irréalisable, d’où la décision de réduire considérablement les activités du consulat et d’orienter les demandeurs de visa vers les consulats américains en Europe et en Tunisie. Le tout devant le silence des autorités marocaines, qui se refusent pour le moment à tout commentaire officiel.

 
 
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