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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Droits humains. Madame la présidente
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Khadija Ryadi, la nouvelle
présidente de lAMDH.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Inconnue du public, militante discrète mais engagée de longue date dans le milieu syndical et des droits humains, Khadija Ryadi est, depuis cette semaine, la première femme à présider aux destinées de lAMDH. Portrait.
Lundi 7 mai 2007, vingt heures passées. Khadija Ryadi et Abdelhamid Amine sentretiennent dans la salle de réunion du QG rbati de lAssociation marocaine des droits humains. À notre arrivée, Amine sapprête à prendre congé, conscient que, cette fois-ci, nous ne sommes pas venus pour lui. Sourire au coin des lèvres, il lâche à celle |
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qui vient de lui succéder à la tête de lAMDH : Je ne sais pas pour la présidente, mais moi, quand jai un entretien avec un journaliste, je préfère que personne ne gravite autour de nous. Le conseil dAmine, qui provoque un éclat de rire général, ne laisse pas la présidente insensible. Cette mère de famille de 47 ans semble soudain mal à laise, gênée par lattention qui lui est portée. Ce nest pas étonnant, explique un de ses proches, elle na pas lhabitude dêtre sous les feux de la rampe. Cest une femme discrète et réservée, qui a toujours uvré avec beaucoup defficacité, mais toujours dans lombre. Une nouvelle ère sannonce donc pour lAMDH. LONG aux 73 sections et 8000 membres, depuis toujours dirigée par de gros calibres des droits de lhomme, véritables personnages publics (lire encadré), se retrouve aujourdhui entre les mains dune parfaite inconnue dans le paysage médiatique marocain.
Parcours de militante
Pourtant, lengagement militant de Khadija Ryadi ne date pas daujourdhui. Déjà, sur les bancs du lycée Omar Al Khayyam à Rabat, puis à lInstitut national de statistique et déconomie appliquée (INSEA), où elle fut la présidente de la corporation des étudiants (1982-1983), elle était loin de passer inaperçue. Cétait une activiste chevronnée de lUNEM, qui avait beaucoup de sympathie pour Ilal Amam et que déjà tout le monde connaissait dans le milieu universitaire, se rappelle Ali Fkir, militant de lAMDH. Etudiante studieuse, Khadija Ryadi se consacrait corps et âme à la cause. Elle était un exemple de motivation et de dévouement, raconte une de ses anciennes camarades. Elle pouvait aligner trois nuits blanches dans le cadre de nos activités associatives, sans montrer des signes de fatigue. Ce nétait pas le cas de la plupart dentre nous. Les loisirs ? Pas le temps. Sauf peut-être le cinéma, et pas nimporte lequel, bien sûr. Plutôt des films engagés, dédiés à la cause palestinienne ou à la lutte ouvrière.
Sensible à la cause féminine, notamment dans le milieu ouvrier, celle quon surnomme encore à ce jour Khadija lmounadila (la militante) rejoint en 1984 les rangs de lUnion marocaine du travail (UMT). Cétait dans la logique des choses, explique ce proche. Khadija sest toujours montrée concernée par les conditions de travail des ouvrières. Alors quelle nétait encore quune étudiante, elle était tout le temps fourrée dans les usines, à dispenser des cours dalphabétisation et à pousser les ouvrières à se syndicaliser. En même temps, lingénieur statistique quelle est émarge au ministère des Finances. Et là aussi, son côté militant se manifeste très vite, puisquelle contribue à la création du premier syndicat au sein du département.
Mais les choses sérieuses ne commencent quà la fin des années 90. Elle prend dabord part à la constitution dAnnahj Addimocrati, réincarnation du mouvement marxiste-léniniste Ilal Amam, son amour de jeunesse. Elle intègre ensuite le bureau central de lAMDH, dont elle est membre depuis 1983, en tant que secrétaire générale adjointe (1998 2001), secrétaire générale (2001 2004) puis assesseur chargée de la commission centrale de la femme (2004 2007). Ces dernières années, explique ce militant, lAMDH sest fixé comme objectif délargir son champ daction à la défense des droits sociaux et économiques. La porte était donc ouverte à des personnes ayant accumulé une certaine expérience dans ce domaine. Cétait son cas.
Son penchant gauchiste, Khadija Ryadi dit le tenir de son père, un ancien de lUNFP qui a goûté aux geôles de Hassan II durant les années soixante. Et elle nest pas la seule dans la famille à baigner dans le milieu militant : sa sur cadette est une fervente activiste de la cause amazighe et même son fils aîné, âgé de 18 ans seulement, est déjà membre de lAMDH. Cest même lui qui a conçu laffiche de notre dernier congrès, ajoute fièrement la mère. Son époux, quelle a rencontré sur les bancs de luniversité, nest autre que Abderrazak Drissi, personnalité influente dAnnahj Addimocrati.
Vous avez dit indépendance ?
Reste à savoir comment Khadija Ryadi va se comporter à la tête de lAMDH. Dans les coulisses de lAssociation, il se dit quelle nétait pas très enthousiaste à lidée de briguer ce poste. Cest Abdelhamid Amine, son mentor de toujours, qui laurait convaincue de se présenter. Cela permettait à ce dernier, élu à la vice-présidence, de continuer à tirer les ficelles. Cette théorie est totalement farfelue, rétorque un militant de lAMDH, vous allez rapidement constater que Khadija Ryadi est une femme indépendante, qui ne se laisse pas manipuler. Et je peux vous assurer quelle est même plus radicale que Abdelhamid Amine lui-même. Une question simpose : la nomination dune femme à la tête de lAMDH vient-elle en réaction à lélection, un an plus tôt, dAmina Bouayach à la présidence de lOMDH ? Pas du tout, répond ce même militant. Ces trois dernières années, nous avons entamé une large féminisation de nos effectifs. Il était donc temps quune femme accède à ce poste et Khadija était la plus apte pour une telle mission. Lest-elle assez pour faire oublier ses prédécesseurs ? Lavenir nous le dira !
Dici là, la passation de pouvoir entre lancien président et la nouvelle présidente ne se fait pas sans douleur. De nombreux militants, connaissant les liens privilégiés quelle entretient avec Annahj Addimocrati, craignent que lAMDH ne devienne une succursale du parti dAbdellah El Harif. Réponse de la concernée : Pour quil ny ait aucune équivoque, je viens de démissionner du bureau politique dAnnahj. Et ce nest pas en réaction à la polémique en cours, mais simplement parce que cétait prévu depuis le départ, assure-t-elle. Difficile toutefois de croire à une totale indépendance de lAMDH, surtout que les urnes du dernier congrès ont donné au parti dextrême gauche 45 sièges, sur 70, au sein de la commission administrative. |
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AMDH. Les prédécesseurs
Depuis la création de lAssociation marocaine des droits humains, le 24 juin 1979, ils sont quatre présidents à sêtre succédé à sa tête. Il sagit de Ali Oumlil (1979 - 1989), feu Mohamed Hihi (1989 - 1994), décédé en 1998, Abderrahmane Benamrou (1994 - 2001) et enfin Abdelhamid Amine, dont le mandat de six années vient darriver à son terme.
De ces quatre dirigeants, seuls les deux derniers auront laissé leur empreinte sur laction et la notoriété de lAssociation. Benameur, qui est lun des avocats les plus engagés du pays, est non seulement lun des fondateurs de lAMDH, mais aussi celui qui participera à sa renaissance au lendemain des interdictions qui lont frappée au début des années 80.
Quant à Abdelhamid Amine, ingénieur agronome de son état, il aura été lhomme de la consécration, celui qui a permis à lAMDH de grandir et de devenir lune des ONG les plus actives et les mieux organisées au Maroc. Durant son mandat, les branches régionales de lAMDH sont passées de 45 à 73 sections, disséminées dans les quatre coins du pays. Militant très marqué politiquement (il a passé 12 ans en prison, entre 1972 et 1984, pour son appartenance à Ilal Amam), Amine a davantage raffermi lancrage à gauche de lAssociation. Il a également élargi ses domaines dintervention et initié sa féminisation : aujourdhui, 25% des adhérents sont des femmes. |
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