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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Smyej

Étude. Nos amis les analphabètes

Les résultats des programmes
d’alphabétisation restent mitigés.
(AIC PRESS)

Une enquête, effectuée par le secrétariat d’Etat chargé de l’alphabétisation révèle que le taux d’analphabétisme a reculé de 4 points en deux ans. Mais il reste toujours élevé, surtout en milieu rural.


Enfin une bonne nouvelle concernant les indicateurs sociaux au Maroc : en deux années, le taux d’analphabétisme a reculé d’environ 4 points, s’inscrivant désormais à 38,45% en 2006, contre 43%, taux enregistré lors du recensement de la population et l’habitat de septembre 2004.

C’est du moins ce que révèlent les conclusions de l’Enquête nationale sur l’analphabétisme, dévoilées il y a quelques semaines par le secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation. L’étude, qui a touché un échantillon représentatif de 12 000 ménages, avait pour objectif de réactualiser les informations sur l’état de l’analphabétisme et la non-scolarisation dans le pays. Elle devait surtout permettre d’identifier le profil des analphabètes et, partant, mieux cibler et adapter les politiques en matière d’alphabétisation et d’éducation non formelle. C’est dans cet esprit que le questionnaire tente d’appréhender le phénomène dans ses aspects social, économique et culturel.

Du coup, de telles enquêtes revêtiront à l’avenir un caractère régulier (avec une périodicité de 3 ans), afin d’actualiser les données sur la question.

Disparités régionales et professionnelles
Mais bien que le taux global d’analphabétisme ait évolué à la baisse, il n’y a pas de quoi pavoiser : non seulement il reste toujours élevé, mais les disparités par région, par sexe et même par secteur d’activité, s’avèrent préoccupantes.

Concernant le premier critère, la donnée de base n’a guère changé. Les zones rurales sont toujours les plus touchées : le taux d’analphabétisme y est de 54,39%, contre 27,23% en milieu urbain. La région du Grand Casablanca est, sans surprise, la moins touchée par le phénomène, avec un taux de 22,9% pour les plus de 10 ans. Elle est talonnée de près par Rabat-Salé-Zemmour-Zaërs, dont la proportion d’analphabètes avoisine les 26%. À l’autre bout du classement, la région Taza-Al Hoceïma-Taounate fait office de lanterne rouge, avec 52,3% de personnes de plus de 10 qui ne savent ni lire ni écrire.

La ventilation par sexe montre également une constante : les taux d’analphabétisme au sein de la population féminine sont, quelle que soit la zone géographique, supérieurs de près de 50% à ceux enregistrés parmi les hommes. Estimée à moins de 32% chez ces derniers, la proportion d'illettrées frôle les 47% parmi les femmes, et s’envole à près de 65% pour la population féminine en milieu rural.

Enfin, selon l’activité professionnelle, c’est le secteur de l’agriculture qui décroche la triste palme du “métier le plus illettré”, puisque 59,8% des personnes y travaillant sont analphabètes. L’artisanat limite les dégâts avec un taux de 30,3%, alors que les services plafonnent à un inquiétant 26,9%. Mais le plus étonnant reste le pourcentage d’analphabètes parmi les fonctionnaires de l’administration publique et des collectivités locales, qui atteint les 22,7% ! Mohamed Boussaïd, ministre chargé de la modernisation des secteurs publics, a définitivement du pain sur la planche.

Les causes ? Surtout économiques
Comme facteurs explicatifs de l’analphabétisme, l’enquête a dégagé des causes économiques, socioculturelles et socio-spatiales. Ainsi, la pauvreté, et son corollaire, le travail précoce des enfants, sont cités par 34% des intéressés comme étant à l’origine de la non-scolarisation, au même titre que la décision des parents de ne pas scolariser leur progéniture (25%) et le manque d’écoles proches du lieu de résidence (cité par 20% de sondés).

Dans un exercice d’autocritique plutôt appréciable, le secrétariat d’Etat, auteur de l’enquête, a également cherché à connaître les motifs de la non-participation aux programmes d’alphabétisation. Réponse : les principales sont le déficit d’information (22% des sondés ignorent totalement l’existence de cours d’alphabétisation), l’éloignement des lieux de tenue des cours ainsi que l’inadéquation des horaires, motif invoqué par 44% des femmes au foyer. Bonne surprise : seuls 14,4% justifient la non-participation aux programmes d’alphabétisation par l’opposition de l’entourage familial.

En guise de synthèse, sachez qu’une femme, habitant dans une zone rurale dans la région de Taza-Al Hoceïma-Taounate et vivant de l’agriculture, a une chance infinitésimale de savoir lire et écrire.

 
 
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