Religion. Les oulémas à l'école
Salafistes. Le mea culpa des Chioukh
Diplomatie. La surprise américaine
Droits humains. Madame la présidente
Reportage. Le moussem de Moulay Abraham
Abdelkrim Benatik. "Au Maroc, il n'y a pas de centre !"
Étude. Nos amis les analphabètes
France. Sarkozy et ses immigrés
Show-biz. Ruée sur la nouvelle scène
Bande FM. La radio à papa
Hip Hop. Le pro de la prose
Festival. Dijon à la sauce marocaine
N° 273
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

“Plage de Briech 2006”.
Photo de Isabel Muñoz
(VISIONES DE MARRUECOS)

Exposition. Dix sur dix

Il y a ceux qui voient rouge, ceux qui voient double, et ceux qui voient au centuple : ainsi, Visiones de Marruecos dévoile dans la nef blanche de la ville blanche les cent regards de dix artistes espagnols, français et marocains, sur un Maroc millénaire et mouvant. Ici, Juan Manuel Castro Prieto filtre le temps qui s’écoule derrière un pare-brise humide, là, Toni Catany teinte d’indigo le clair-obscur d’une médina ; portraits sans fard et flous étourdissants de Ricky Davila côtoient les corps artistes, sportifs, oisifs ou libérés chez Isabel Munoz ; les pigments accentués chez Jose Manuel Navia contrastent avec le doux noir et
blanc de Joseph Marando ; les compos kaléidoscopiques de Bruno Barbey bousculent les situations les plus classiques ; et jamais le mur, la route, la terre ou l’arbre ne sont pris comme simple cadre mais comme sujets, êtres en soi. De même que solitude, crasse, effort, vieillesse, pollution, infirmité, mauvais temps et temps qui passe sont tour à tour sublimés dans cette exposition intimiste, burlesque, insolite, intemporelle et moderne, où l’on retrouve également Ali Chraïbi, Jamal Benabdessalam et Daoud Aoulad Siyad. Mise sur pied par la Société étatique de l’action culturelle extérieure espagnole et l’Institut Cervantès, ces Visiones de Marruecos se veulent nomades, quittant Séville pour Casa, Tétouan, Fès, Marrakech, Rabat et Tanger, avant de voyager vers l’Europe et le Moyen-Orient.

Du 10 mai au 20 juin à la Cathédrale du Sacré Cœur, Casablanca.



Sortie. Le retour du tisseur

Vous avez aimé Spiderman 1 et adoré le 2 ? Vous ne serez pas vraiment déçus par le 3. On y retrouve les mêmes ingrédients : alternance d’humour et d’action, allers-retours entre spectacle époustouflant et profonde mélancolie, construction honnête de véritables personnages, avec, en prime, la découverte de la face sombre et tellement humaine du tisseur de toile. Ouvrant à Tobey Maguire un nouveau registre d’interprétation, cette noirceur renvoie en filigrane à la fin de l’innocence et au passage irrémédiable à l’âge adulte.

Cependant, il y a aussi comme un petit goût d’inachevé. La multiplication de personnages et l’ambition d’en ressortir la psychologie et l’histoire, finissent par brouiller le récit et en hacher le rythme. En revanche, rien à dire sur les effets spéciaux (mention spéciale à l’Homme Sable) et aux chorégraphies millimétrées des scènes de combat. Et au final, il a beau n’être qu’un divertissement (de haute tenue), certes inférieur au précédent épisode de la série, Spiderman 3 continue à voler largement au-dessus de la production de masse et à écraser les autres films de super-héros.

Spiderman 3, au Mégarama et au Rialto.



Arts plastiques. Dessine-moi un visa

Des gymnastes au corps élastique, dansant avec leurs ombres dans une mosaïque de pastels : ce dessin, fruit d’un imaginaire libre et mature, a valu à Imane Zahid, Casablancaise de 12 ans issue d’un milieu populaire, la victoire ex-æquo au concours International Child Art Foundation de Washington. Le jeune talent, qui a déjà passé la moitié de sa vie crayons à la main, est appuyée depuis deux ans par la résidence d’artistes Casa Del Arte. Fin juin, elle est invitée au World Children Festival de la capitale américaine. Jusqu’ici, tout va bien… sauf que Imane n’ira pas à Washington. Consulat fermé, pas d’argent, pas de piston... donc pas de visa. Frustrant.


Docu Musical. D’Istanbul au Ténéré

C’était il y a deux semaines. Maâlems gnaouis, fusionneurs, rappeurs, houariyate… tous les musiciens d’Essaouira étaient sur scène pour accueillir le roi en visite. “Le Pacha nous a convoqués dans la hâte. Il n’y avait pas de temps pour signer des contrats ou négocier des cachets. Nous avons accepté de jouer avec la promesse d’être payés le lendemain”, détaille Yassine, des Ganga Fusion. Deux semaines de silence plus tard, leur commanditaire est revenu avec les cachets. “1000 DH par groupe, c’est ce qu’on nous propose. On aurait préféré la gratuité, ç’aurait été moins insultant”, poursuit le musicien. À l’heure où nous mettons sous presse, quelques-unes des formations s’apprêtent à organiser une petite manifestation. “Qu’on mette à nu le mensonge d’Essaouira, ville de culture. La vérité, c’est qu’un grand maâlem comme Mahmoud Guinea, décoré par le roi, n’a même pas de quoi se payer un jack pour relier son Hejhouj à un ampli”, conclut Yassine.


Art contemporain. Pros et accros

De passage à Casablanca pour un colloque où il intervenait devant les étudiants de l’école des Beaux Arts, Phillipe Cazal, directeur de l’institut homologue à Paris, a fait ce constat : “Ces étudiants n’ont aucune connaissance de ce qui passe dans le monde (de l’art contemporain)”. D’où sa proposition, adressée à des amateurs d’art marocains et français : créer une bibliothèque associative, la première au Maroc, consacrée à l’Art contemporain. L’association Les Amis des Arts est alors née avec la complicité de Fouad Bellamine, Hassan Darsi et Abdellah Karroum. Bellamine a offert son appartement sur la rue du Caire à Rabat, d’autres ont réuni des fonds, l’Ecole des Beaux Arts de Paris a fait don d’un lot d’ouvrages… Résultat, le 2 mars dernier, un fonds documentaire de 600 ouvrages soigneusement sélectionnés a transité jusqu’à Rabat, pour une première inauguration destinée aux chercheurs. L’ouverture au public est prévue pour septembre 2007.


Tournage. Nayda sur celluloïd

Nayda par-ci, nayda par-là… Enième vocation du mot branché de l’année, inspiré de l’esprit de L’Boulevard, CasaNayda est un documentaire de 52 minutes, produit par Sigma et en tournage actuellement, sur le “bouillonnement culturel du Maroc depuis 2003”, explique sa scénariste et co-auteur Dominique Caubet. 2003, un “moment-clé, avec le procès des 14 musiciens et le 16 mai, aux conséquences inattendues et positives, un questionnement de la société marocaine sur son identité”, précise la linguiste experte en darija marocaine. “Ce n’est pas grave si le terme “nayda” est galvaudé, l’important est de le faire voyager”. Devant la caméra de Farida Belyazid, qui suit Fez City Clan, Driss Ksikes, Fatima Loukili ou encore Momo Merhari et Hicham Bahou, témoins de cette énergie nouvelle qui nourrit musique, presse et image. Action !


Festival. À vos Azemmour

Il y a plusieurs Azemmour : l’amazighe, la judaïque, la musulmane, la portugaise, l’andalouse… et plusieurs Printemps d’Azemmour : le musical, le photographique, le pictural, l’architectural… Du 24 au 26 mai, ce festival, inspiré d’un rendez-vous pluridisciplinaire et urbain tel que le Festival de Casa, aura de quoi réveiller l’ancienne cité lusitanienne que berce un peu trop tranquillement l’oued Oum Rabiî. Sur la rive jour, ateliers patrimoine, expo photo dans l’intimité du vieux hammam de la Kasbah, peintures murales et rodas de capoeira de rue… Sur la rive nuit, concerts vitaminés avec, en haut de la vague, le flamenco hip-hop flamboyant d’Ojos de Brujo, la voix suave de Cesaria Evora et la grâce de sa jeune disciple Mayra Andrade. Une com’ comme il se doit pour la ville chérie de Nabil Benabdellah.

Du 24 au 26 mai.



Hip Hop. Jo et l’abstrait

Après Bigg et Steph Ragga Man, c’est au tour de MC Jo, également ex-Mafia C, de jouer la carte solo. Et son premier fait d’arme porte le titre “Le côté abstrait”. Un album de 13 pistes, dont une moitié de featurings avec, entres autres, ses deux anciens compères et un certain Tarik Batma. Pour la petite histoire - et la gloire du système D -, MC Jo a dû puiser dans les samples de Masta flow, Maestro et Amiral pour trouver son compte de beats, et dans le doigté de DJ Van de Fnaïre pour mixer le tout. Le premier titre, “Drapeau blanc”, est actuellement à découvrir sur les ondes de Hit Radio, et le reste de l’album sera téléchargeable sur www.j-o.ma à partir du 31 mai. Date aussi où le MC annoncera le lancement officiel de sa marque de vêtements “M7A-K”.


Musique. Résidence non surveillée

À Londres, on cuisine en chantant ! Jusqu’au 28 mai, la résidence Music Matbakh, mijotée depuis trois ans par le British Council, rassemble sur Oxford Street une dizaine de musiciens anglais, libanais, égyptiens, syriens, tunisiens, jordaniens et marocains, pour composer une vingtaine de créations métissées, produites par Serious Ltd et enregistrées aux studios Permisses. Académistes ou artistes nés de la rue, “il n’y a que des cracks”, s’enthousiasme le rappeur Bigg, heureux élu marocain avec Hicham Bajjou de Dayzine. Music Matbakh sera relevée de quatre concerts britanniques - le 12 à Cambridge, le 19 à Gateshead, les 25 et 26 à Londres - et d’un marocain avant, espérons-le, une tournée dans les autres pays membres.


Le livre.

L’Afrique du Nord (Afriqiya) est sous le règne des arabes venus d’Orient, au VIIIème Siècle. La population a été islamisée et Tarik Ibn Zyad, le valeureux guerrier berbère, wali de Tingis, aspire désormais à conquérir l’Espagne. Le pays des chrétiens, sur l’autre rive de la méditerranée, est fragilisé à force de querelles internes. C’est ainsi qu’il débarqua, dans la nuit du 20 au 21 mai 711, avec ses bataillons, sur une plage déserte surplombée par une montagne à laquelle il donne son nom, Djebel Tarik. Entre les deux faits historiques, Patrick Girard scénarise l’histoire de l’Andalousie, à coups de combats à l’épée, d’intrigues politico-religieuses et d’assassinats historiques saupoudrés de fiction… À en perdre le fil de l’Histoire.

Tarik ou la Conquête d’Allah ; Patrick Girard. Ed. Calmann-Levy.




Humeur.
Léon l’Africain

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Le résultat des élections françaises a fait sans conteste avancer le débat politique au Maroc. À l’échelle des bars, thermomètre de la pensée marocaine en ébullition, ce fut même une révolution intellectuelle. Chacun a pu y aller de son analyse pointue pour expliquer le suffrage français, inventer même des théories tordues et leur donner des noms à coucher dehors. Dans le best of : “La défaite de la gauche est la victoire du Sarkozysme monarchiste sur le royalisme républicain.” Lancés à la volée par deux guerrouanistes impénitents, ces deux concepts politiques auraient pu être classés dans cette anthologie du génie humain que sont les bêtisiers de comptoir. Ils en avaient toutes les qualités. Bâtis de bric et de broc juste pour le plaisir de polémiquer, le Sarkozysme monarchiste et le Royalisme républicain sont indéfendables passé le cinquième verre, incompréhensibles même pour leurs auteurs après le sixième. Mais leurs inventeurs ont des circonstances atténuantes : leur taux d’alcoolémie. Sobre comme un chameau, un politologue distingué a publié dans un quotidien marocain une analyse des résultats encore plus tirée par les cheveux. À rendre glabre un Gremlin. Selon lui, Sarkozy sera plus chaleureux avec le Maroc que ne l’aurait été Royal. Pourquoi ? Parce que l’acteur Jean Reno, proche du nouveau président français, a conservé de forts liens sentimentaux avec le Maroc où il est né et pourrait faire son lobbyiste. Un CQFD un peu juste. “Doc Gynéco n’est pas Malraux”, dixit Ségolène. Et Jean Reno, certainement pas Mehdi Qotbi…



Cherche toiles de Mekaoui
Mustapha Mekaoui, peintre de son état, réalise qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et signe un livre d’art autobiographique qu’il baptise “De 1970 à nos jours”. Une vie de toiles photographiées par Jean-Claude Laffitte, ou du moins certaines d’entre elles, car le peintre est toujours à la recherche des détenteurs de ses œuvres. À bon entendeur.

Electro des Caraïbes
Dj Mood, diplômé es trance’n tek, section Prog, et jusque-là underground, décide de sortir de son terrier, et joue pour la première fois à Rabat, au très ground “Cesar palace lounge” le 18 mai. Un trip qu’il a baptisé Caraïbian Paradise.


Le dosage de Mawazine
Un peu de nostalgie avec le Yéké de Kanté, le nec plus ultra de l’aïta avec Hajja Hamdaouiya, Simon Says au souvenir d’une certaine Karima, la 2ème édition de génération Mawazine pour les aspirants musicos et une fenêtre sur les musiques du monde. Le festival Mawazine n’a rien changé à sa recette. Du 18 au 24 mai à Rabat.

 
 
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