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Par Jean Berry
Musique. Lesprit (large) de Fès
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Une rencontre improbable : les
rappeurs du groupe H-Kayne,
entourant le chanteur de malhoun
Haj Mohamed Khiati.
(JEAN BERRY)
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Avec une création mêlant le malhoun au rap et un Festival des musiques sacrées qui souvre à la nouvelle scène, la Fondation Esprit de Fès tente de se défaire de limage élitiste qui lui colle à la peau...
Dans un riad luxueux près de Bab Jdid, à Meknès, cest lhilarité générale au petit déjeuner : Haj Mohamed Khiati, fils de la légende du malhoun meknassi, Abbas Khiati, raconte, avec sa gouaille bien particulière, une tournée européenne : souvenirs de 1972, lAllemagne et ses chopes, Amsterdam et ses vitrines coquines... Autour de la table, les quatre rappeurs du groupe H-Kayne et le chanteur Saïd El Meftahi, élève de feu Haj Houcine Toulali.
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La rencontre est plutôt improbable entre les enfants du hip-hop et les dépositaires dun zajal mis en musique, portée par les artisans des médinas depuis le quinzième siècle... Et pourtant. Le projet, mené de concert par LBoulevard et la Fondation Esprit de Fès (qui prend pour une fois le contre-pied de son image élitiste, bourgeoise et intello) est pour le moins osé : proposer des relectures, par des artistes de la nouvelle scène, de textes du malhoun. Rien que ça. On en découvrira les prémices à loccasion de la première édition de rencontres sur le thème malhoun et poésie urbaine, organisée fin juillet dans la capitale mérinide, en présence de musiciens, poètes et autres linguistes.
Mais déjà, la semaine dernière, un avant-goût a offert un lifting à la chanson Naker lehsane, quavait en son temps popularisée le groupe Jil Jilala. Un texte qui touche tout le monde, et que chacun peut comprendre, instruit ou pas, témoigne le chanteur Saïd El Meftahi, qui a conservé le refrain du poète. Ahmed Nejjar la écrit au 18ème siècle, à lattention dune bien-aimée qui lavait trahi. H-Kayne lui ont donné une connotation plus sociale, en ladressant simplement à ceux qui ignorent la bonté, le bon sens, à ceux qui mentent, poursuit El Meftahi. La trahison ou lingratitude sont des thèmes qui restent dactualité, que ce soit en amour, en amitié... ou même en politique, commente posément Hatim Bensalah, lun des quatre mousquetaires de H-Kayne, qui ajoute : Pour nos couplets, nous avons repris certains proverbes, quon a un peu actualisés, tout en gardant lesprit originel. Avis aux fans : une version du morceau figurera sur le prochain album des rappeurs meknassis.
Poésies urbaines
Ce nest pas la première fois que Haj Khiati, la soixantaine bien entamée, entend parler de rap... Cest une musique qui plaît à mes filles, que voulez-vous que je fasse ? Mais tant quelles lécoutent dans leur chambre, je ne men mêle pas, poursuit-il. Eclats de rire dans lassistance, encore. La culture de loralité, le Haj connaît : il dit avoir appris par cur ses premières qsidate après avoir subtilisé un recueil dans le coffre de la voiture de Toulali, un jour où le maître rendait visite à son père. Aujourdhui, ce sont les H-Kayne qui empruntent le livre
mais avec la bénédiction de ses propriétaires, et la complicité du DJ Karim Rafi alias Zayan Freeman, présent à la console en tant que directeur artistique de cette création. Ce travail revient à considérer le hip-hop comme une forme de poésie urbaine contemporaine, note Rafi.
Cette rencontre du troisième type, qui ne manquera pas de faire grincer des dents les puristes (Tout le monde nest pas forcément daccord pour toucher aux textes anciens, nuance El Meftahi), semble bien au contraire ravir Naïma Lahbil Tagemaouti, la directrice de la Fondation Esprit de Fès. Comme le malhoun, le rap et le slam sont des manières de mettre en valeur la langue orale et la poésie urbaine, dans une forme plus contemporaine, argumente-t-elle. Les poètes et interprètes du malhoun étaient des orfèvres de la darija, qui en faisaient plus quune langue du quotidien, mais aussi celle de la poésie. Même son de cloche chez El Meftahi : Le malhoun abordait tous les thèmes, y compris les femmes ou les problèmes des travailleurs dans les médinas... Les compositions récentes évoquent des thématiques plus actuelles, mais toujours sous une forme poétique. Volonté affichée de la Fondation : populariser auprès des jeunes cet art séculaire et un peu déclinant, en créant un événement autour du malhoun et des nouvelles formes de la scène marocaine, dixit la directrice. Rencontres ou Festival en bonne et due forme ? On en est encore au stade de projet, tranche-t-elle.
Johnny Clegg, Bartabas et les autres
En revanche, la volonté douverture du Festival des musiques sacrées de Fès est, quant à elle, déjà effective. Jusquici réticente aux formes musicales actuelles, la manifestation accueille pour son édition 2007 des représentants de la nouvelle scène (Darga, Mazagan, Amarg Fusion
), pour des concerts organisés dans un stade du quartier périphérique de Bensouda. Un nouveau tournant pour le Festival, qui ambitionne dacquérir une connotation plus populaire. Ce nest dailleurs pas un hasard si Amel Abou El Aazm, manager du groupe Darga, a été nommée au poste de coordinatrice des programmes. Notre proximité de léquipe de LBoulevard nous a permis de mettre cette création en place, mais également damener des artistes inhabituels pour le Festival, appelés à se produire dans des quartiers populaires, explique-t-elle.
Egalement au programme, du 1er au 9 juin prochain, des têtes daffiche comme Barbara Hendricks et Johnny Clegg, et dautres originalités comme ce spectacle intimiste de Bartabas et son cheval, qui sera donné à 4h45, au lever du jour, au son du premier appel du muezzin et de chants soufies. Idem pour ces premières journées du patrimoine, avec des visites dans la médina qui verront lactrice Amal Ayouch déclamer des poèmes de Jalal-Eddine Roumi, fil rouge de cette édition, devant la Medersa Bouananiya. Nous poursuivons notre but : accompagner le développement de la ville à travers la culture, en puisant dans ses racines et son patrimoine. Et nous souhaitons une animation quasi continue, toute lannée, explique Naïma Lahbil Tagemaouti. La Fondation gère déjà cinq festivals, dont celui de lart culinaire ou encore Jazz in Riads. Et en juillet prochain, ce sera au tour des Rencontres amazighes, autour dun hommage au peintre, écrivain et ancien ministre Mahjoubi Aherdane. Décidément, Fès na jamais eu lesprit aussi large. |
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Reconversion. Faouzi Skalli, ingénieur culturel
Lédition 2007 du Festival des musiques sacrées sera aussi la première sans Faouzi Skalli... Professeur danthropologie, spécialiste des questions de spiritualité, il fut le fondateur et le promoteur de lévénement. Malgré un début de polémique à lannonce de son départ, Skalli affirme aujourdhui que le Festival appartient dabord à Fès, et que personne ne souhaite du mal à quelque chose quil a créée et dirigée pendant douze ans.
Depuis, créateur dune société dingénierie culturelle, il se félicite du succès du premier Festival de la culture soufie, qui sest clos il y a trois semaines, après avoir accueilli des milliers de visiteurs en une semaine. Nous avons même dû refuser du monde. Pour moi, la culture soufie est la clé pour rentrer dans lâme de ce pays et de cette civilisation... Cette nouvelle aventure est passionnante, poursuit-il. Quant à son forum Une âme pour la mondialisation, avec lequel il a sillonné le monde, sa prochaine édition est prévue pour mars 2008, à Merzouga, avec la complicité du wali de Meknès, Hassan Aourid. Un forum du désert, avec une dimension environnementale, un peu comme Davos se tient dans les sommets enneigés, précise Skalli. |
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