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Par Cerise Maréchaud
Exposition. Cent photos sans clichés
Une centaine de photos pour suspendre le temps, entre le Maroc dhier et celui de demain, signées par dix photographes espagnols et marocains. Cest ce que propose lexposition Visiones de Marruecos, qui se prolonge jusquau 10 juin à la Cathédrale du Sacré-Cur de Casablanca.
Des murs sécaillant sous le frottement des années, des regards chargés dattente face au Détroit, une robe de mariée esseulée, la géométrie variable dimmeubles inachevés, des clichés de solitude volés derrière un pare-brise
Juan Manuel Castro Prieto photographie le Rif avec impulsion et mélancolie. Toni Catany capture mouvements de silhouettes et sérénité intemporelle dans le clair-obscur indigo des médinas. Plus spontané, Ricky Davila cisèle les bustes de portraits sans fards, sourire esquissé, dans le bois, ladobe ou la pierre dEssaouira. Luvre très personnelle, quasi picturale, dIsabel Muñoz met en scène corps sportifs, artistes, oisifs ou libérés dans un éloge à la modernité, tandis que José Manuel Navia marque les repères dun Maroc qui sétiole dans la mondialisation. En quête de ses racines, Joseph Marando caresse ses souvenirs dun doux noir et blanc, sans cacher son goût pour linsolite. Ali Chraïbi titille la lumière pour mieux distiller la beauté, parfois inattendue, de ses sujets, jusquà muer un champ de mica en scène de western spaghetti. Jamal Benabdesslam nourrit son art de lécole documentaire daprès-guerre, Bruno Barbey délaisse le reportage de Magnum pour le jeu des multitudes, la chorégraphie des sujets, le kaléidoscope des chromes parfaitement reflétés par les vitraux de la cathédrale, et Daoud Aoulad Syad, pionnier de la photographie marocaine contemporaine, surprend son univers populaire à son insu, intimiste et rêveur.
Jamais simples cadres, la route, la dune, le mur ou larbre sont sujets, êtres en soi. De même que solitude, crasse, vieillesse, pollution, infirmité, mauvais temps ou temps qui passe sont sublimés par cette exposition mêlant lintimiste, le burlesque, linsolite, lintemporel, le touchant. De la grâce, tout simplement. |
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Marocains, Imilchil, 1990.
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Daoud Aoulad Syad Comme une écriture.
Cétait un mariage à Imilchil, lors dun moussem. Jai pris cette photo à la volée, attiré par cette femme, la situation, lagencement des gens, ces regards croisés quau départ, pourtant, je ne maîtrisais pas. Javais un petit Leica, je ne regardais même pas dans le viseur. Ce moment, je lai vécu dans linstant, comme une transe. Ce qui sest révélé ensuite, cette tension, la fierté, cest la magie de la photographie, la force de limage, celle de sublimer lémotion. Cest un bonheur qui vient après coup, au tirage. Je ne développe jamais tout de suite. Je photographiais beaucoup en quête des souvenirs de mon enfance, à Marrakech, mais en fait, cette photo faisait à lépoque partie dune recherche de démarche artistique, pour capter linstant décisif. Cet instant fait de regards furtifs, dune gestuelle, dun mouvement quon peut presque, avec la pratique, deviner, anticiper. Jessayais davoir cette capacité de saisir ce juste avant. |
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José Manuel Navia.
Je suis attiré par tous les pays ayant des liens très forts avec lEspagne, à commencer par le Maroc, où je suis venu une quinzaine de fois en quinze ans. Cette photo, prise lors dun voyage au sud, représente pour moi lessence de lhospitalité. Il sen dégage une chaleur, une proximité. Cet homme est loncle de la famille qui mhébergeait. Un symbole de simplicité, de tranquillité, de respect pour la vie traditionnelle. Jaime son regard franc. Cette photo contraste, selon moi, avec la perte de repères de lEspagne après son entrée dans lEurope, alors que le Maroc réussit très bien ce métissage entre passé et présent. On ne le devine pas, mais cet homme possède sûrement un téléphone portable. |
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Aouatif Abih, ceinture marron
de Karaté, Tanger, 2006
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Isabel Muñoz.
Cest une des élèves de lécole de judo et karaté de Tanger, photographiée sur la plage dun petit village à vingt minutes de la ville. Toute lécole et sa famille étaient là. Comme dans la plupart de mes photos, elle parle du Maroc nouveau, douverture, qui marie traditions et avenir. Elle porte le voile, mais affiche une grande détermination, un orgueil positif, digne. Le corps est souvent, dans mon travail, un prétexte pour dire mon propos, il parle à la place des mots. |
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Ali Chraïbi.
Je travaille par thèmes. Il y a celui de la femme marocaine, sur lequel je suis toujours. Mes portraits révèlent la femme marocaine telle que je lai connue, et qui est en train de disparaître aujourdhui. Jai ressenti chez elle beaucoup de vécu, de souffrance, quelque chose de lourd, un mélange de noblesse et dhumilité. Jai aussi travaillé sur la décharge publique. Un endroit particulier, méconnu, de mauvaise réputation
Je voulais montrer la beauté là où on ne lattend pas. |
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Jamal Benabdesslam.
Cétait lors des funérailles de Hassan II. Javais soudain envie de fixer les portraits du défunt roi chez les Marocains. Je rentrais alors chez les gens pour photographier le lieu où lon voyait Hassan II, en militaire, en civil, en djellaba
Ce jour-là, ce nest que quand mes yeux se sont habitués à lobscurité, la maison nayant pas lélectricité, que jai réalisé que ce couple était aveugle. Jai découvert ça, et en même temps leur salon coquet, plein dobjets et de symboles, et un poste de télévision alimenté par une batterie
Cest amusant, car quelques années plus tôt, javais travaillé sur le monde des non-voyants, accompagnant leur quotidien, leurs matchs de foot avec des ballons pleins de cailloux. Je suis psychiatre, je ne peux passer dans une ville, une zaouia ou un marabout sans aller explorer lunivers des gens malades, infirmes
Mon appareil est comme un stylo pour prendre des notes. Mon travail nest pas artistique, mais documentaire. Un travail de mémoire, où lhumain est toujours central. Le noir et blanc va de pair avec cette école documentaire. Le Maroc nest plus un objet photographique pour étrangers, il a sa propre culture photographique, et les artistes espagnols en font partie. |
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Agenda.
Visiones de Marruecos a quitté Séville pour sillonner le Maroc et sera jusquau 10 juin à la Cathédrale du Sacré-Cur de Casablanca ; du 5 juillet au 10 septembre à lEcole des Arts et métiers de Tétouan ; du 22 octobre au 20 novembre à la Galerie Kacimi de Fès ; du 29 novembre au 13 janvier au Palais El Badii de Marrakech. Lexposition retournera brièvement en Espagne, avant de retraverser la Méditerranée pour sexposer à Tanger et Rabat, ainsi que dans dautres villes européennes et arabes. |
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