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Festival. Quand Meknès s'anime
N° 274
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Festival. Quand Meknès s’anime

Le Festival d’animation de Meknès (FICAM), qui vient de fêter ses sept ans, est probablement le seul endroit au monde où il est possible de rencontrer des auteurs cultes pour 5 dH. Instantanés.


Une scène des Mutant Aliens,
dessin animé de Bill Plympton.
(DR)

Bataille de feutres

IImprobable scénario que celui d’un Lahcen Bakhti (caricaturiste marocain) posant pour le dessinateur Bill Plympton, qui lui refait le visage pendant un atelier de travail. Bakhti, fair-play, sait que son tour viendra. Une fois retourné à sa place, il rend la politesse à son confrère. Le public apprécie la bataille des crayons. Pas des fous de guerre, juste des fous rires et une partie de “bataille” au stylo-feutre. Tout aussi improbable, un organisateur se rappelle encore du réalisateur Isao Takahata marchant pieds nus sur le gazon de l’Institut français de Meknès, avant de s’allonger à même le sol. Un homme
comme les autres finalement. À le voir ainsi déambuler, il était difficile d’imaginer que ce monsieur frêle a été à l’origine de tout un mouvement artistique dans l’univers du manga japonais. L’auteur du célèbre “Le tombeau des lucioles” peut aussi s’enorgueillir d’avoir fait pleurer des fans de Tokyo à Meknès. C’est aussi cela, la mondialisation.


Petit FICAM devenu grand

À 7 ans, on est jeune, on prend les choses à la légère. Pourtant, le Festival d’animation de Meknès, du haut de ses sept printemps, est à prendre au sérieux. Enfin, pas trop quand même : il s’agit d’un festival sans stress ni strass. Une petite success story qui commence en 2000, avec Mohamed Beyoud, fraîchement nommé animateur l’Institut français de Meknès. Alors âgé de 24 ans, ce fan des Simpsons, qui exerce accessoirement le métier de caricaturiste, lance l’idée folle d’un festival d’animation basé à Meknès. Au fil des années, Beyoud l’obstiné biberonne son idée jusqu’à en faire un rendez-vous international de la discipline. L’édition 2007 est une véritable consécration : le FICAM a accueilli le trio Quino, Bill Plympton et Michel Ocelot, trois grosses pointures de l’animation. Preuve s’il en fallait de la crédibilité de l’évènement. Pourtant, Beyoud garde les pieds sur terre. Il est du genre à signaler (discrètement de la main) au dessinateur Bill Plympton qu’il lui reste cinq minutes pour finir son exposé, avant de lancer un “Allez, dix minutes !”. Au FICAM, on n’est pas bureaucrate. “Si un réalisateur marocain nous appelle au dernier moment, nous acceptons quand même de le programmer, car nous savons que cela lui servira de tremplin”.


Retour aux sources

“Tu sais, ce film (Azur et Asmar) on l’a fait ensemble (Ocelot et le FICAM)”, lance Michel Ocelot à Mohamed Beyoud. La phrase n’est pas une formule de courtoisie. Retour en arrière. En 2002, Michel Ocelot, en plein repérage pour le film qu’il préparait, est venu présenter son succès mondial, “Kirikou et la sorcière”. Joignant l’utile à l’agréable - difficile de les distinguer dans le cas présent - Ocelot a profité de son séjour meknassi pour prendre des photos (dont il s’inspirera pour son film) de la medersa et de la porte de Bab Mansour... “Je me souviens que toute l’équipe du festival était très enthousiaste à l’idée que Michel Ocelot préparait un film ici. Et quelle belle surprise de reconnaître Meknès dans le film”. Une histoire de (re)connaissance au final, car “Azur et Asmar” a été projeté dans la médina, une manière comme une autre de rendre hommage à la ville. En fait, “on est retourné là où ça a été pensé”, résume simplement Beyoud.


Mich Mich est dans la place

Pendant que certains ébauchent des story-boards, d’autres détruisent des cinémas. “Comme de nombreux lieux de projections étaient menacés par des projets de démolition, nous avons décidé d’y projeter des films”, explique Beyoud. “On a voulu passer un film d’époque dans un cinéma d’époque”. C’est ainsi que depuis 2005, les toiles des vieux cinémas de Meknès accueillent Mich Mich Effendi. Un personnage créé par les frères Frenkel, pionniers du dessin animé arabe, et qui concurrençait les productions de Disney au pays de Moubarak dans les années 30 et 40. “Quand les enfants de ma génération allaient au cinéma, ils pouvaient visionner les dessins animés projetés avant le film. C’est ce que nous avons souhaité faire revivre aux jeunes d’aujourd’hui”, conclut Beyoud.


Monsieur “présidentielles”

Le jeune homme au look de skateur, qui débarque tout droit de Paris, est en fait designer graphique de métier. Il s’appelle Olivier Rocques. Du haut de ses 25 ans, Il vient de concevoir le jingle des présidentielles françaises pour les chaînes du service public. Présent quelques jours avant le début de l’édition, il assiste une master-class composée d’étudiants des beaux-arts et d’écoles de graphisme, “à titre gracieux”, précise un Beyoud tout sourire. Objectif : concevoir le film de présentation du Festival. “Les groupes (cinq au total) ont tous présenté un story-board, puis, on a pioché une idée dans chaque projet”. La suite s’est passée naturellement. Montage en pâte à modeler pour certains, technique traditionnelle pour d’autres, “vectoriel animé” pour ceux que le mot n’a pas découragés. “Le résultat tenait la route”, conclut Olivier, qui aimerait bien revenir au Maroc pour former des a(ni)mateurs.


La leçon de Plympton

Le vieux routier de l’animation, qui affirme en rigolant faire peur à Disney et à Dreamworks, a cédé à la tentation du workshop improvisé sur la réalisation d’un court métrage d’animation. Place au maître.
Règle n° 1 : la durée du film ne doit pas excéder cinq minutes. “Un spectateur pourra supporter un mauvais film de cinq minutes, pas de quinze”. Imparable.
Règle n° 2 : le budget alloué au film ne doit pas dépasser 1000 dollars, convertibles au cours du dimanche 13 mai 2007.
Règle n° 3 : Choisir des sujets drôles.
“Evitez donc la politique et autres sujets déprimants”.
La réussite tient en trois mots : “court, bon marché et drôle… comme ma petite amie”, s’amuse Bill Plympton. Exemple-type mieux illustré : le court du canadien Marv Newland, Quand Bambi rencontre Godzilla (1969). Tout comme dans la version Disney, Bambi meurt, mais en se faisant piétiner par Godzilla qui passait par là. Le film a coûté à son auteur 12 dessins et 500 dollars. Il en a retiré 100 000.

 
 
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