Universités. Violences ethniques
Drogue. Le mystère Tahona
Ahmed Chia. "Nous n'espérons rien des négociations"
Consommation. Viande au noir
Sport. Jamais sans ma salle
Immigration. L'auberge africaine
Royaume-Uni. Les adieux de Blair
Développement. La seconde vie de l'Oriental
Musique. L'esprit (large) de Fès
Exposition. Cent photos sans clichés
Festival. Quand Meknès s'anime
N° 274
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Je ne fais pas l’effort du grand public”

Antécédents
Faouzi Bensaïdi
Cinéaste
(AIC PRESS)

1967. Naissance à Meknès.
1990. Lauréat de l’ISADAC à Rabat.
1995. Lauréat du Conservatoire d’art dramatique de Paris.
1997. Trajets, premier court-métrage.
2003. Sélection de Mille mois à Cannes (catégorie “Un certain regard”).
2006. Sortie de What a Wonderful World (WWW).

Smyet bak ?
Ahmed Bensaïdi.

Smet mok ?
Mennana Laâboudi.

Nimirou d’la carte ?
Je ne sais pas et je ne veux pas tricher. Je n’ai pas la mémoire des chiffres, même pas de mes chiffres bancaires.

C’est mal parti pour un tueur à gages, dites donc !
C’est toute la beauté du cinéma. Le héros de WWW est un type froid, distant et calculateur, ce que je ne suis pas. J’ai passé deux horribles mois dans une salle de musculation pour jouer ce rôle. C’est dire que même physiquement, nous sommes différents.

Vous avez été récemment vu dans une vente aux enchères, où le prix d’un tableau a atteint trois millions de DH. Dkhlouk lflouss a laâfrit ?
J’aurais aimé avoir assez d’argent pour payer certaines toiles. Mais j’étais là par curiosité, ça m’intéressait de découvrir ce monde.

Seulement ?
Allez, je vais le dire. Je prépare un film sur la vie de Gharbaoui, mais j’en suis vraiment au tout début. C’est même la première fois que je parle d’un embryon de film. En fait, j’ai rencontré une personne qui m’a fait redécouvrir Gharbaoui et qui m’a sensibilisé à ce grand personnage.

À 40 ans, vous êtes toujours considéré comme un jeune réalisateur. À quel âge devient-on adulte dans le cinéma marocain ?
Je suis très heureux d’être ainsi éternellement jeune. Mais en fait, je constate que notre génération est apparue dans les années 90, qu’elle a été effectivement jeune à l’époque, mais qu’aucune autre génération n’est venue la bousculer depuis. C’est dangereux, parce qu’il y a risque de s’installer dans un certain confort. À la limite, sur ce coup, j’aurais bien aimé devenir vieux.

Vos films (comme ceux de vos collègues de la “nouvelle vague”) ont été projetés dans plusieurs grands festivals, mais jamais lors des compétitions officielles. Vous n’en avez pas marre des sections parallèles ?
À un moment, il y a le film et tout ce qui le dépasse, comme le positionnement de toute une industrie cinématographique. Les Asiatiques ou les Iraniens ont par exemple su positionner leur cinéma comme un cinéma de compétition. Cela fait que leurs films sont attendus lors des plus grands festivals. Pour y arriver, nous devons d’abord faire de meilleurs films, susciter un certain intérêt critique pour que notre industrie gagne son ticket pour les grands festivals.

Votre dernier film, What a Wonderful World, est un mélange de polar, de comédie musicale et de thriller. Vous confondez film et pressbook ?
Je confonds film et cuisine, parce que comme un cuisinier, je mélange les sauces pour trouver de nouvelles recettes. À la limite, si ce film était mon premier long-métrage, on aurait pu penser que c’est une sorte de carte de visite, mais c’est le deuxième, après un premier plutôt classique. Je pouvais donc m’éclater en le faisant. D’ailleurs, c’est un film qui était attendu dans certains festivals, mais il en a dérouté plus d’un. Disons que je viens d’une région du monde à qui on ne demande pas de s’éclater en faisant des films. Ces gens s’attendaient plutôt à une suite de “Mille mois”, un film qui donne des nouvelles de cette région du monde.

Finalement, pour qui faites-vous des films, sinon pour vous-même ?
Pour moi-même, et je le dis avec une toute petite voix, ce qui ne plaît pas forcément à mes producteurs. Allez, pour le dire gentiment, disons que je ne fais pas de concessions. Je ne fais pas l’effort du grand public. Je me dis que mes goûts sont multiples et que chacun y trouvera forcément quelque chose qui lui parle. C’est un luxe qui m’est encore permis aujourd’hui.

Vous pensez vraiment qu’aucun autre réalisateur ne peut diriger votre femme ?
Je sais que je peux la diriger mieux que les autres, puisque je la connais bien. Je ne l’empêche pas de tourner avec d’autres réalisateurs, mais c’est un cas de figure commun à tous les cinémas du monde. On ne fait pas appel à l’épouse d’un confrère réalisateur. Et peut-être que chez nous, c’est encore plus poussé que dans l’histoire du cinéma mondial.

Dernière chose. Vous êtes du genre à penser que les téléfilms et la télévision en général, c’est pour les nuls ?
Je trouve juste qu’il y a plus de risques d’être nul à la télévision. Et que pour être bon, il faut beaucoup de liberté, d’audace, de folie et d’exigence des deux côtés. Je ne dirai pas non à la télévision si elle accepte ma folie, mais ça ne risque pas d’arriver.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés