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Par Adil Mafhoum
Immigration. Lauberge africaine
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Une soirée au pub La Kasbah,
lun des lieux de rencontre de la
communauté subsaharienne de
Casablanca.
(DR)
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Etudiants, réfugiés, travailleurs
ils sont des milliers de Subsahariens à sêtre installés au Maroc, à la recherche dune vie meilleure. Et la majorité souhaiterait en faire son pays dadoption, malgré lamoncellement des difficultés.
Vendredi, 19 heures. Roméo, Maurice et Saynabou se retrouvent pour leur rituel pot hebdomadaire à La Kasbah. Un pub casablancais cosmopolite, devenu depuis deux ans le point de rencontre des communautés dAfrique subsaharienne de la ville. Roméo, un Tchadien, la vingtaine bien tassée, est arrivé au Maroc il y a six ans, pour |
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rejoindre les bancs dune école de commerce. Son ami Maurice, de nationalité sénégalaise, est quant à lui cadre dans une multinationale implantée à Casablanca. Je suis un résident de la vieille école, sempresse-t-il de préciser. Je suis installé ici depuis une douzaine dannées. Quant à Saynabou, lélégante ivoirienne sapée à la Beyoncé, elle a choisi le Maroc comme terre dasile, fuyant la guerre civile qui ravageait son pays. Les trois font partie de ces milliers dAfricains qui ont choisi de poser leurs bagages au royaume, attirés, selon les cas, par la qualité des cursus scolaires, la proximité avec lEurope, la stabilité du pays ou parfois les opportunités demploi
Et la majorité espèrent, une fois leurs études terminées, faire leur vie au Maroc
sils arrivent à trouver un emploi stable. Jaime ce pays et ses gens. Cest ici que jai envie de faire ma vie, sextasie Mansour, étudiant et commerçant ambulant originaire du Sénégal.
Pour Angelo, ressortissant ivoirien qui partage son temps entre des études supérieures, des cours du soir et un emploi de téléopérateur, le choix sest naturellement imposé. Le visa pour lEurope est devenu trop compliqué. En Tunisie, le coût de la vie est trop élevé, alors quen Algérie il y a le problème de linsécurité. Le Maroc est en revanche un pays stable, avec une communauté africaine assez importante en comparaison avec les autres pays du Maghreb, confie-t-il.
Associations
festives
La communauté subsaharienne du Maroc est un véritable microcosme, avec ses lieux de rencontre, ses événements, ses commerces et ses associations, éparpillées un peu partout dans le royaume. Les ressortissants de chaque nationalité ont pratiquement créé leur propre association, mais les plus actives restent LAseesime (Association des élèves et étudiants ivoiriens au Maroc) et lAcorem (Association des Congolais résidents au Maroc). LAcorem a même vu le jour bien avant quune ambassade du Congo au Maroc soit ouverte, tient à préciser Romy Oyo, chargé culturel de lAssociation. La plupart de ces structures sont fédérées au sein de la CESAM (Confédération des élèves, étudiants et stagiaires africains étrangers au Maroc), qui dispose de plusieurs antennes dans les grandes villes du Royaume. Domaine de prédilection : lorganisation dévénements culturels et festifs. Cest notre manière à nous datténuer le dépaysement. Dans nos pays dorigine, nous avons lhabitude de faire la fête presque tous les jours. Dans les grandes villes marocaines, ce nest pas dans les traditions. Heureusement que ces associations existent, lance Michelle.
Du coup, les collectifs spécialisés dans lorganisation de soirées africaines se sont multiplié. Le plus connu reste le trio camerounais Lionel, Bertrand et Richard (LBR pour les intimes), qui sest forgé une solide réputation dans le milieu de la nuit africaine. Organisateurs de soirées à Casablanca et à Rabat, les trois compères gèrent également le premier étage du fameux pub La Kasbah. Pour notre dernière soirée à lAngel nightclub, à Casablanca, nous affichions complet. Nous avons dû refuser une cinquantaine de personnes
, se souvient Lionel Mahop, qui se verrait bien en gérant dune boîte de nuit.
Et quand ce nest pas autour des mélodies de Youssou NDour, on se retrouve entre Africains pour déguster, à loccasion, quelques mets de la cuisine du pays. Cest ainsi quà Casablanca, des restaurants improvisés ont vu le jour dans des ailes de cafés ou dans des appartements privés, proposant des plats traditionnels comme le Thiebou Dien, recette à base de riz et de poisson, la Soupou Kandia sénégalaise ou encore le Maffé, spécialité malienne. La nostalgie du pays est également visible côté shopping : à Casablanca, cest auprès des marchands à la sauvette de Bab Marrakech, également Africains, que ces dames font leurs emplettes de produits de beauté, de bijoux et autres vêtements traditionnels.
Repli communautaire
Musique, gastronomie et cosmétiques du cru
nos amis subsahariens seraient-ils en voie de ghettoïsation ? Sont-ils tentés par le repli communautaire ? Dans la rue et dans les lieux publics, nous sommes souvent insultés ou agressés verbalement, déplore, avec amertume, Michelle Natacha, étudiante camerounaise. Dans ces conditions, le mot intégration na plus de sens. Lionel Mahop, Monsieur soirées, enfonce le clou : Vu laccueil qui leur est réservé, il nest pas étonnant que les Africains se replient sur eux-mêmes, au lieu daller davantage vers les Marocains, assène-t-il.
Laccueil administratif nest pas plus chaleureux. à en croire nombre de ses représentants, la communauté africaine du Maroc serait confrontée aux affres classiques de limmigration. À commencer par la difficulté dobtention de la carte de résidence : Nous sommes ici pour des objectifs précis : étudier et, éventuellement, travailler. Et non pour passer des journées entières dans les administrations, sindigne Angelo. La difficulté est de taille : au nom de la préférence nationale, lAnapec passe au tamis les candidats. Il y a des restrictions concernant les ressortissants de quelques pays, qui ne sont pas conventionnés avec le Maroc. Leurs ressortissants ont peu de chances dobtenir des visas de travail, poursuit le jeune ivoirien.
Le parcours du combattant nest pas fini pour autant. Passage à lépreuve logement. Nous sommes perçus comme des gens sales, qui créent des problèmes, qui font trop de bruit
La plupart des propriétaires nous refusent comme locataires. Et quand ils acceptent, tu sens que tu nes pas vraiment la bienvenue, poursuit Michelle. Une méfiance qui peut donner lieu à des situations surprenantes. Une amie de France est venue me rendre visite au Maroc. Je lui ai logiquement proposé de sinstaller chez moi, raconte Lionel Mahop. Une nuit, le responsable du syndic nous attendait, un couteau à la main, pour nous empêcher de rentrer. Le Maroc, hospitalier par tradition ? Tout dépend des origines de linvité
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Chiffres. Les étudiants
et les autres
Daprès les dernières statistiques de lAgence marocaine de coopération internationale (AMCI), le nombre de ressortissants dAfrique subsaharienne qui choisissent de suivre leurs études supérieures dans les universités marocaines na pas cessé de croître depuis les cinq dernières années. De 4926 étudiants en 2000/2001, cette population est passée à plus de 7000 inscrits pour lannée universitaire 2006/2007
À laquelle il faudrait ajouter quelque 3000 étudiants, inscrits dans des établissements de lenseignement privé. La CESAM (Confédération des élèves, étudiants et stagiaires africains étrangers au Maroc), regroupant nombre dassociations dAfricains subsahariens, affirme pour sa part que, chaque année, ce sont un millier détudiants qui viennent gonfler les effectifs. Cependant, en dehors de ces chiffres concernant le milieu estudiantin, il nexiste aucune statistique officielle recensant les Subsahariens installés au Maroc. Notre association tente depuis quelques mois de sy attaquer, mais faute de moyens, le projet est maintenu en veille, explique Mamadou Bah, président de la CESAM. |
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