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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Royaume-Uni. Les adieux de Blair

Tony Blair quitte le pouvoir
prématurément, laissant son
parti, le New Labour, dans une
position délicate.
(AFP)

En dix ans de pouvoir, Tony Blair a imposé un style fait de volontarisme réformiste et de séduction. Les succès dans les domaines économique et social sont indéniables, mais son soutien à la guerre en Irak a autant terni qu’accéléré la fin de son règne.


Porté au pouvoir le 2 mai 1997, le jeune Tony Blair est décidé à marquer son passage au 10 Downing Street. Le Royaume-Uni est usé par le Thatchérisme et ses conséquences désastreuses, notamment sur les services publics. La Grande-Bretagne de John Major s’ennuie. Un
jeune avocat fringant a mené le nouveau Parti travailliste (New Labour) au pouvoir après une absence de dix-huit ans. Il est populaire et ses premières prises de position semblent en phase avec l’opinion. C’est lui qui dira de la princesse Diana, à sa mort, qu’elle était “la Princesse du peuple” quand la reine Elizabeth et la famille royale se murent dans un silence que les sujets ne comprennent pas.

Bousculer les conservatismes
Un jeune leader politique ambitieux, populaire, intelligent et moderne : les ingrédients de la réussite sont tous là. Et pour un instant, ça marche. La troisième voie devient le credo en vogue des socialistes européens branchés, bien que les emprunts à un certain Bill Clinton soient nombreux. Blair impose au pas de charge des réformes à un pays trop longtemps conservateur : création d’un salaire minimum pour les jeunes, augmentation des prélèvements obligatoires pour financer l’éducation et le National Health System. En 1997, Tony Blair martelait : “Mes trois priorités : éducation, éducation, éducation”. Aujourd’hui, les retards britanniques restent importants, et ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens : doublement des dépenses par élève en dix ans et 36 000 professeurs supplémentaires.

En revanche, les réformes économiques semblent porter leurs fruits. Avec Gordon Brown aux Finances, le Royaume-Uni connaît la plus longue période de prospérité de l’histoire récente. Les partenaires européens envient cette réussite éclatante, dont il faut toutefois nuancer le bilan social : le fossé entre riches et pauvres s'est creusé, surtout du fait du très fort endettement des ménages.

Sur le plan institutionnel, il y a également du changement. Avec, tout d’abord, les Lois de dévolution, qui donnent une autonomie aux régions et dotent l’Ecosse et le Pays de Galles de Chambres des communes. Le gouvernement travailliste supprime l’hérédité à la Chambre des Lords et dote Londres d’un maire. Une des grandes fiertés de Blair reste le processus de paix dans la province de l’Ulster (Irlande du Nord). Dès son accession au pouvoir, Tony Blair privilégie le dialogue avec la branche politique de l’IRA, le Sinn Fein, et son chef Gerry Adams, considéré comme un partisan du terrorisme. Mais en mars 2007, le leader catholique, défenseur d’une Irlande réunifiée, et le protestant Ian Paisley, chef de file du DUP, partisan d'une Ulster liée à Londres, annoncent un gouvernement partagé. Le révérend Paisley sera premier ministre, Martin McGuinness, négociateur en chef du Sinn Fein, son adjoint. L'ancien numéro un de l'IRA assure que sans Tony Blair, “le processus entier se serait effondré”. Ces talents de négociateurs n’ont pas empêché un bilan calamiteux en politique étrangère. Après s’être distingué lors de la réponse européenne au Kosovo en 1999, le premier ministre n’a pas réussi à ancrer définitivement son pays dans l’Europe, surtout après la crise irakienne.

La rupture irakienne
Le constat est sans appel. En 2007, un britannique sur deux juge que le premier ministre, jadis le plus populaire de l’histoire, s’est “coupé du peuple”. La raison en est d’abord la guerre en Irak et le sentiment d’avoir été manipulé par un pouvoir qui n’a pas hésité à fabriquer de fausses preuves pour justifier son alignement sur la position américaine. “L’art du pouvoir, c’est de savoir dire non, pas oui. C’est très facile de dire oui”. Tony Blair doit méditer cette phrase en repensant à sa décision de suivre George Bush en 2003 dans une guerre impopulaire. Dès le 11 septembre, et comme souvent dans son histoire moderne, le contexte international va révéler la “relation spéciale” entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Elle s’appuie principalement sur une solide coopération dans le domaine militaire et les renseignements. Or, avec la décision d’envahir l’Irak pour renverser Saddam, Tony Blair révèle un alignement idéologique très fort sur la politique étrangère américaine, que ne semblent pas atteindre la contestation des millions de manifestants et les démissions de ministres de son gouvernement.

Le dernier mandat qui s’ouvre en 2005 est celui des scandales et d’une fin de règne plutôt ratée. Les premiers appels à la démission pleuvent après le suicide de l’expert David Kelly, qui a avoué avoir fabriqué de toutes pièces le rapport censé prouver que Bagdad disposait d'armes de destruction massive. La joie d’avoir remporté l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 est de courte durée en juillet 2005 : le lendemain, des attentats secouent le métro de la capitale et la réponse de la police amplifie la polémique sur la restriction du champ des libertés civiles.

Pour 64% des Britanniques, la guerre en Irak a mené indirectement à ces attaques. Les lois sécuritaires proposées par Tony Blair pour y répondre sont rejetées par la Chambre des communes. Différents scandales politiques finissent de ternir le bilan. La maîtrise de la communication de celui qui se présentait à ses concitoyens comme “un type plutôt droit” se retourne contre lui. Dans un de ses derniers discours, il demande pardon pour ses échecs. Il laisse tout de même à son successeur un pays plus moderne et pas encore prêt de basculer dans le camp conservateur. Revigorés par leur nouveau leader, David Cameron, et leur succès aux élections locales, ces derniers comptent bien revenir au pouvoir, après plus de douze ans passés dans les rangs de l’opposition.



Portrait express. Gordon Brown, le successeur

Gordon Brown a obtenu l'assurance de devenir le prochain premier ministre britannique sans passer par un vote, 307 des 353 députés travaillistes l'ayant choisi pour être le prochain leader du Labour. Il succédera à Tony Blair une fois que ce dernier aura quitté le 10 Downing Street, le 27 juin prochain. L’homme a attendu son heure depuis 1994 et le fameux “pacte de Granita”, du nom du restaurant londonien où Gordon Brown et Tony Blair avaient scellé leur alliance pour réussir le retour du parti travailliste au pouvoir. Les deux hommes se répartissaient les rôles : à Blair, le poste de premier ministre, à Brown, les Finances et la promesse de succéder au premier au bout du deuxième mandat. Les relations entre les deux hommes, tous deux Ecossais, camarades au sein du courant réformateur du parti, sont pourtant complexes. Brillant économiste, Gordon Brown est à son aise comme Chancelier de l’Echiquier et il y gagne ses premiers galons. Aujourd’hui, il est pour de nombreux électeurs encore un mystère. L’homme s’appuie sur un parti dont il a réussi à conserver l’unité, malgré les déboires de Blair. Pendant les trois années qui viennent, il lui reste à s’imposer pour gagner les élections législatives qui devraient se tenir en 2010.

 
 
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