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N° 274
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Youssef Aït Akdim

La semaine.

Un centre de vote à Alger,
désepérément désert.
(AFP)

Algérie. Elections sans électeurs

La veille de la tenue des élections législatives, un attentat à la bombe a frappé Constantine, faisant au moins un mort et cinq blessés près d’un café populaire. Alors que le ministre algérien de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a dénoncé un “acte de sabotage contre le système démocratique”, les observateurs s’attendent à une faible participation des 19 millions d'Algériens appelés aux urnes pour renouveler les 389 députés de l'Assemblée populaire nationale. Les mesures de sécurité ont été renforcées à Alger et dans les grandes villes pour prévenir de nouveaux attentats. Les appels au boycott des principaux partis de
l’opposition font craindre un taux de participation inférieur à celui, déjà peu flatteur, des dernières législatives (46,17%). L’enjeu pour ces formations sera de revendiquer l’abstention, alors qu’Al Qaïda au Maghreb a également appelé au boycott des élections. Abdelmalek Droukdal, l’émir de l’ex-GSPC, a ainsi averti les Algériens : “Si vous participez à ces élections, vous tremperez avec les apostats dans un grand péché”, qualifiant le scrutin de “comédie qui ne diffère en rien des autres comédies que connaît l'Algérie”. Pour les anciens dirigeants du FIS dissous, Abassi Madani et Ali Belhadj, la revendication reste la reprise du processus électoral interrompu par un coup de force de l’armée en janvier 1992, après le raz-de-marée de leurs candidats au premier tour. Interdits de reconstituer leur parti et de se présenter aux élections sous une autre bannière, les islamistes espèrent mesurer leur audience. Pour les socialistes du FFS, c’est le rejet de la fraude et du bourrage des urnes. “80% de la population a adopté la position d'honneur et de dignité de ne pas se rendre aux urnes”, a déclaré son premier secrétaire Karim Tabbou. Les trois partis de l'Alliance présidentielle, le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et le Mouvement de la société de la paix (MSP, islamique), partent favoris de cette drôle de bataille législative.


Banque Mondiale. Wolfowitz, vers la sortie

Le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, accusé de népotisme, a eu beau implorer la clémence du conseil d'administration qui menaçait de le destituer depuis une semaine, en vain. Lundi, le comité ad hoc, chargé d’enquêter depuis un mois sur les augmentations accordées à sa compagne, Shaha Riza, a rendu un rapport très critique envers Wolfowitz. En coulisses, de longues tractations envisagent la possibilité d’une démission du président, une fois blanchi par les administrateurs de la Banque. Au moment où Wolfowitz - soutenu par l’administration Bush - négociait une sortie honorable, l’avenir de l’institution semble très incertain. La colère du personnel de la Banque risque de laisser des traces et la succession, déjà, divise. Les Européens souhaiteraient remettre en cause un des principes des institutions de Bretton Woods : une présidence européenne pour le FMI et un Américain à la tête de la Banque mondiale.


Japon. En finir avec le pacifisme

Les parlementaires japonais ont ouvert la voie à une révision de la Constitution pacifiste, adoptée en 1946. Rédigée par les forces d'occupation américaines après la capitulation, elle n’a jamais été amendée. La majorité de droite au Sénat a adopté une loi qui permettra de modifier, après référendum, la Constitution actuelle et notamment l’article 9, par lequel le Japon “renonce à jamais à la guerre (...) ainsi qu'à la menace ou à l'usage de la force comme moyens de règlement des conflits internationaux”. La loi sur le référendum ne prendra effet que trois ans après avoir été votée, ce qui repousse au moins jusqu'à 2010 tout éventuel amendement constitutionnel. Le premier ministre conservateur, Shinzo Abe, veut ainsi réaffirmer la place de son pays dans les affaires internationales et dans la région.


Guinée. L’armée se sert

Suite à la crise politique qui secoue la Guinée, du vieillissant Lansana Conté, des pillages massifs ont été perpétrés par des militaires armés dans les marchés de la capitale Conakry, dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai. Au moins huit civils sont morts lors de ces violences. Les soldats protestent contre le détournement, depuis neuf ans, de leurs soldes et autres primes et estiment que les premières mesures annoncées par le pouvoir politique et le limogeage de certains officiers supérieurs sont insuffisants. En réaction à ces exactions, le gouvernement a instaurédans la capitale des patouilles mixtes comprenant des civils, et une rencontre devait être organisée entre les mutins et le Président Condé.


Espagne. Grève de la faim

Quatorze accusés du procès des attentats du 11 mars 2004, à Madrid, ont annoncé leur intention d'observer une grève de la faim, “qu'ils poursuivront jusqu'à ses ultimes conséquences”, pour protester contre “l'injustice” de leur procès, d'après un communiqué publié par leurs avocats. Une partie des “jeûneurs” ont entamé leur protestation depuis une semaine, avant d’être rejoint par les autres mercredi. Parmi les grévistes se trouvent les cerveaux présumés des attentats, l'Egyptien Rabei Ousmane Sayed Ahmed, l'Algérien Youssef Belhadj et le Marocain Hassan Al Haski. Le procès doit se poursuivre jusqu'en juillet, le verdict étant attendu pour octobre prochain.



Lu pour vous. [FRANCE]
“Yacht Story”, première !

Daniel Schneidermann, Libération (France), 11 mai

Donc, il aura fallu vingt ans. Vingt ans de télévision privée en France, pour que l'esthétique, les valeurs, les mythologies, les vedettes, le mode d'effraction de la télévision privée finissent de se confondre avec ceux de la politique, s'installent au sommet de l'Etat, et inaugurent un “Yacht Story” inattendu et discordant, dont l'effet de souffle n'est pas sans rappeler l'apparition du Loft Story de M6. (…) Voyez Fabius, par exemple, au soir de la défaite de Royal, interrompu sur TF1 parce que nous avons Johnny à l'instant même, chers téléspectateurs, il sort du Fouquet's, et nous n'allons tout de même pas rater sa première réaction ! (…)
Reste l'essentiel : le mode d'effraction du sarkozysme présidentiel. Cette technique, c'est la transgression. Le sarkozysme s'impose par l'effroi et le choc, aussitôt autosoulignés par le sauvageon. “Oui, j'ose parler de nation !”, “Oui, j'ose dire qu'un voyou est un voyou !”, “Oui, j'ose le palace, le jet privé et le yacht !” . Toute réserve est condamnée d'avance : la transgression se nourrit de l'approbation populaire contre l'effroi des élites. (…)
Sarkozy a-t-il construit sa mythologie en regardant TF1 ? Ou bien est-ce TF1 qui, en vingt ans, a préparé le public à l'avènement de Sarkozy ? Insoluble question de l'oeuf et de la poule. Peu importe. Le spectacle est désormais à l'Elysée, comme le pouvoir était à la télé. Les deux lieux se confondent, et sont interchangeables.



Palestine. Chaos et impasse politique

La reprise des violences armées entre le Hamas et le Fatah a fait voler en éclats l’unité de façade du gouvernement d’union nationale. Mardi, en représailles à l’assassinat d’un des leurs, des membres des Brigades Al Qassam (Hamas) ont attaqué aux grenades et aux roquettes antichars un camp d’entraînement de la garde présidentielle. Face à cette “tentative de coup d’Etat”, les proches du président Mahmoud Abbas ont érigé des points de contrôle et des barricades, bloquant l’accès au QG présidentiel. Alors que dans les rues désertes de Gaza, les combats opposant les deux camps ont fait plus de trente morts et des dizaines de blessés en une semaine, le ministre de l’Intérieur, Hani Al Qawasmeh, a démissionné pour protester contre le peu de prérogatives qui lui sont dévolues et la dissémination des forces de sécurité, qui alimentent désormais les affrontements entre factions rivales.


VITE !

Le Britannique Michael C. Williams remplacera Alvaro de Soto au poste de haut-représentant pour le Moyen-Orient du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Williams a été conseiller spécial des ministres britanniques des Affaires étrangères Robin Cook et Jack Straw.

 
 
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