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N° 274
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB se demande comment sa collègue réagirait s’il lui demandait un petit allaitement.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Il y a des jours où on se sent un peu nul. Chaque semaine, il faut se casser la tête pour trouver un sujet, traquer les débilités de notre système pour en tirer toute une page de Zakaria Boualem, essayer de s’en sortir la tête haute en se disant que la semaine prochaine, ça va être vraiment vraiment difficile. Et là, vlan, on prend un grand coup sur la tête, une véritable leçon de créativité administrée par les savants de l’Université Al Azhar. Et là, on se confronte au haut niveau, le vrai… Et on se sent tout petit. Ces éminences infatigables viennent de produire une fatwa qui propose de régler le terrible problème des collègues de sexes opposés enfermés dans un bureau fermé. Voici la solution : il faut que la femme allaite son collègue et fasse valider cet allaitement devant un adoul, qui sera alors sommé de rédiger un acte d’allaitement. Du coup, elle devient sa “mère de lait” et tout dérapage devient interdit, et le problème est réglé, et merci. Elle peut même enlever son voile devant lui, ce qui doit sans doute être plus pratique pour travailler dans un bureau fermé, puisque c’était là l’objectif, rappelons-le. Zakaria Boualem s’incline devant l’étonnante capacité de ces savants à produire de l’absurde, à régler des non-problèmes avec des solutions inapplicables, à se creuser la tête pour faire parler d’eux. Ce n’est pas fini. Le Parlement égyptien, sommé de se prononcer sur cette fatwa, a fait remarquer que cette solution était “difficile à appliquer”, mais n’a pas encore clos le débat. Zakaria Boualem leur souhaite bon courage. L’espoir n’est pas perdu, puisqu’il s’est trouvé un député pour faire remarquer que certains allaités risquaient d’avoir des pensées sexuelles au moment de l’acte.

Voilà. Zakaria Boualem partage son bureau fermé avec une collègue à peu près aussi sexy que Abdellatif Nazir (un attaquant rajaoui des années 90 que le public des Verts – dont on connaît le goût très sûr, avait surnommé “tobba”, alias le rat). Zakaria Boualem se demande comment cette dame réagirait s’il lui demandait un petit allaitement sur fond de tableur Excel, histoire de se mettre en conformité avec Al Azhar. Il imagine la tête du adoul témoin de la scène… Il imagine plein d’autres choses, puis il s’arrête net. Il se révolte dans sa tête. Il n’en peut plus… Comment peut-on accepter de se ridiculiser avec autant de régularité ? Comment mettre fin à cette pénible habitude qui consiste à faire passer les musulmans et les Arabes pour un troupeau de crétins doublés d’obsédés sexuels ? En un mot, comment les faire taire ? Commençons par la base du problème, c'est-à-dire nos frères du khalij. Il faut d’urgence leur occuper le cerveau. Ils n’ont pas de problèmes d’argent, de crédit ou de traite, ils n’ont même pas à choisir leurs vêtements le matin ni à se prendre la tête pour savoir s’il vaut mieux acheter une voiture essence ou diesel. Du coup, le cerveau tourne un peu à vide, ils se posent des questions débiles, et les Egyptiens d’Al Azhar doivent y répondre. Il convient de mettre fin le plus tôt possible à cette oisiveté intellectuelle, elle fait de nous une sorte de blague mondiale. Il faut leur proposer des sujets de réflexion plus constructifs. Voici quelques idées :
- Comment assurer une plus juste répartition des richesses dans la oumma islamique ?
- Comment leur assurer une vie sexuelle décente et leur éviter ainsi le recours à la main d’œuvre étrangère ?
- Comment gagner une Coupe du monde sans avoir recours à des naturalisations massives de Brésiliens ?
- Comment mettre à niveau les installations saintes de la Mecque pour évier que
de braves pèlerins n’y laissent la vie ?
- Comment démocratiser les systèmes politiques en vigueur chez les Arabes ?

Voilà de quoi réfléchir de manière un peu plus constructive. Quand à la question des collègues de sexes opposés obsédés par le désir, la solution de l’open space semble plus facile à mettre en œuvre à court terme. Et merci.

 
 
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