Terrorisme. Les oulémas ergotent
Karim Ghellab. "L'intérêt général passe avant ma popularité"
Société. La maison des enfants perdus
Politique. Y a-t-il une droite marocaine ?
Enquête. Les damnés du phosphate
Hmar ou Bikheer. Le droit à la différence
Reportage. Sabra et Chatila, 25 ans après
Iran. Le nucléaire irréversible ?
Khalid Oudghiri. Grandeur et décadence
Idées. Les maux de l'arabe
Portrait. Tracts en rimes
Nostalgie. Le rossignol de Hassan II
N° 275
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saâdi

Portrait. Tracts en rimes

Le rappeur Axiom,
alias Hicham Kochman.
(AFP)

Lillois d’origine marocaine, le rappeur Axiom s’est fait connaître en France après la sortie de son titre “Ma lettre au Président”, où il réclamait la démission de Jacques Chirac. Portrait d’un artiste pour qui rap et politique restent étroitement liés.


“Cela m’a vraiment surpris de recevoir par la poste une lettre de Jacques Chirac. Mais après l’avoir lue, je me suis rendu compte que ses propos étaient finalement assez creux”. C’est ainsi que le rappeur français d’origine marocaine, Axiom, commente la réponse du président français à sa “lettre au président”, chanson réclamant la démission de
Chirac en pleine période de couvre-feu dans les banlieues. Un coup de gueule proféré par ce fils d’ouvrier, qui a choisi le hip hop et sa culture contestataire parce qu’il y a “trouvé le moyen d’allier passion pour la musique et besoin de parler politique”.

Agé de 31 ans, Axiom, de son vrai nom Hicham Kochman, n’est pas vraiment un nouveau venu dans la scène musicale. C’est en 1995 qu’il sort un premier disque avec le groupe Mental Kombat. Il quittera la formation dix ans plus tard, pour tenter une carrière en solo. “J’avais besoin d’un album solo pour parler de thèmes trop personnels pour figurer sur un CD de Mental Kombat”, explique-t-il.

Ledit album, dans les bacs depuis octobre 2006, a reçu des critiques plutôt positives. D’une plume talentueuse, Axiom y aborde quelques sujets d’actualité (dont la pédophilie et le milieu du rap français), mais surtout sa condition de fils d’immigré. Sur “Lille ma médina”, il raconte avec un certain humour le vécu de trois générations d’immigrés d’origine marocaine, leurs aspirations, leurs interrogations identitaires et leur avenir en France. Plus sombre, la chanson “Je suis l’arabe” choisit l’attaque frontale : “Tu veux que j'te raconte comme on nous r'garde dans la rue / Dès qu'on est plus d'deux comment les flics nous tuent / Comment les lois Sarko sont pour nous la victoire d'la gestapo”. C’est le nouveau président français qui va être content…

Engagement politique
Mais pour Axiom, l’engagement politique ne se limite pas à écrire des textes : il faut aussi agir sur le terrain. Depuis un peu plus d’un an, Axiom s’est engagé auprès du collectif AC Le Feu, né après les émeutes de 2005. Considéré par beaucoup comme étant la parole des quartiers, le comité a sillonné 120 villes de France pendant plusieurs mois pour récolter des cahiers de doléances, qui ont été présentés à Matignon. Axiom a profité de ce tour de France pour inciter les jeunes des cités à s’inscrire sur les listes électorales. “Le vote est une arme, en laquelle il faut croire si l’on veut changer la situation en France”, répète-t-il. Joignant le geste à la parole, le rappeur fera accompagner la pochette de son nouvel album d’un flyer en forme de pistolet, découpé dans une carte électorale, au dos duquel sont listées les modalités d'inscription sur les listes électorales.

Après son engagement durant les présidentielles françaises, l’homme s’assigne un nouvel objectif : les législatives. Du coup, dans les quartiers dits sensibles, beaucoup le voient en futur politicien, allant jusqu’à lui suggérer de se présenter aux élections. “C’est affolant le nombre de personnes qui voient en moi un leader politique. Mais je suis avant tout un artiste, qui ne vise aucun rôle politique… pour le moment”, modère-t-il.

Rentrer au Maroc ?
Bien que né en France, Axiom dit entretenir des liens très forts avec le Maroc. “Chaque année, je viens en vacances à Casablanca. J’ai de la famille à Hay Al Massira, un quartier populaire où je me sens très bien”, raconte-t-il. Le reste de l’année, il suit régulièrement l’actualité du royaume, tant dans le domaine politique que culturel. En avril dernier, au Festival Garorock, il rencontrait pour la première fois l’équipe de L’Boulevard ainsi que le groupe meknassi H-Kayne. “C’est épatant de voir un tel bouleversement musical au bled. Mais il ne faut pas que le changement se limite à ce domaine. Les aspirations sociales d’un peuple ne se limitent pas à un mouvement musical”, analyse Axiom, qui espère sortir un titre entièrement en arabe dans son prochain album, prévu pour la fin de l’année. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’exclut pas la possibilité de pouvoir s’installer un jour ici. “J’estime que la France est épuisée à tous les niveaux, ce qui n’est pas le cas du Maroc. J’aurai de quoi m’occuper si jamais je décidais de rentrer au bled”, conclut-il.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés