Sebbiti lmalik
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Lmess bil mouqaddassat est devenu un instrument de règlements de comptes en tous genres
Flouss chaâb fin mchat / fjet ski ou lhafalat (où est passé largent du peuple / dans le jet ski et les festivités). Ce slogan, scandé le 1er mai dernier à Agadir par deux syndicalistes, était indéniablement populiste. Tout aussi indéniablement, la référence au jet ski visait le roi Mohammed VI, dont cest le sport préféré. Bon, et alors ? Et alors ces deux hommes ont été condamnés à 2 ans de prison ferme, pour atteinte aux sacralités. Même scénario à Ksar El Kébir où 5 activistes
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des droits humains avaient scandé, ce même 1er mai, des slogans, nous a-t-on assuré, ironiques vis-à-vis du roi. Verdict : 3 ans ferme. Dans leur malheur, ces gens-là ont quand même eu la chance, parce quils étaient des militants, de se voir soutenus par leurs camarades et quelques journaux. Ce nest pas le cas des dizaines danonymes qui vivent chaque année le même drame, dans lindifférence générale. Des cas ? Allons-y :
À Tata, un marchand ambulant croupit en prison depuis plus dun an pour avoir
déchiré une revue. Sans doute pour empocher 20 DH (cest son prix), des agents dautorité voulaient le forcer à lacheter, il avait résisté. Cédant à la menace, il avait fini par payer, avant de déchirer la revue en signe dénervement. Pas de chance, il y avait une photo du roi dedans. 2 ans ferme. Idem à Safi, où un condamné continue de purger sa peine à lheure où ces lignes sont écrites. Lui na insulté personne, et na rien déchiré. Son tort est de sêtre disputé, dans un bar, avec un officier de police. Le lendemain, le procureur laccusait, à sa grande surprise, davoir insulté le roi. Sans preuves, sans témoins. 5 ans ferme quand même. Autre exemple, à Casablanca. Au tribunal, pendant un procès pour défaut dentretien conjugal, une femme se plaint, à la barre, que son mari, depuis quelle travaille, hatt rjel 3la rjel ou ma kaydir oualou, bhal chi malik (nen soulève pas une, comme un roi). Un roi ?!! Hop, inculpation immédiate, procès dans le procès, 1 an ferme.
Des cas pareils, on en signale tous les mois, à tous le coins du royaume. Qui peut trouver ça normal ? Latteinte à la sacralité du roi, à lorigine, était un outil politique imaginé par Hassan II pour museler davance toute velléité dopposition. Avec le temps, il sest transformé en instrument pour règlements de comptes en tous genres. Vous voulez envoyer votre voisin en prison ? Accusez-le davoir insulté le roi, fût-ce par lettre anonyme (cas fréquent). Le juge ne réclamera aucune preuve. Pire : il ne se trouvera personne pour témoigner en sa faveur, et la plupart du temps, aucun avocat nacceptera de le défendre. Le greffier notera sur son registre, en toute mauvaise foi, que laccusé aura choisi de se défendre tout seul, déclinant la proposition (obligatoire) de se voir commettre un avocat doffice. Comme la plupart du temps, ledit accusé est un homme du peuple, analphabète et totalement ignorant de ses droits, cette injustice criante passera sans que personne ne sen soucie.
Le crime de tsebb lmalik (insulter le roi) est inscrit dans nos gènes comme quelque chose de gravissime, dimpardonnable. Il nous faudra peut-être - il vous faudra peut-être, cher lecteur - secouer violemment la tête, vous ébrouer, vous extraire de votre carcan mental pour voir la chose telle quil faut la voir vraiment : un inacceptable relent de dictature. Oui, insulter quelquun est un délit, partout dans le monde, et cest normal. Mais dabord, ça nenvoie jamais le coupable en prison et ensuite, pour caractériser ce délit, il faut deux conditions : que ce quelquun soit insulté les yeux dans les yeux, et quil dépose plainte lui-même contre celui qui la insulté. Critiquer le chef de lEtat, plus ou moins violemment, avec plus ou moins dironie, est en revanche un droit élémentaire, dans toute démocratie. Il est scandaleux de prétendre que le Maroc se démocratise tout en saveuglant, obstinément, sur une anomalie flagrante comme celle-là. Même la schizophrénie a des limites. |