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Par Driss Bennani
Nous avons besoin de praticiens du social
| Antécédents |
Jamal Khalil
Sociologue
(DR)
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| 1955. |
Naissance à Casablanca. |
| 1971. |
Création de sa première association, Atlas. |
| 1976. |
Départ en France. |
| 1986. |
Doctorat en sociologie sur les Harmoniques religieuses et traditions culturelles. |
| 1987. |
Enseignant universitaire. |
| 1999. |
Mène plusieurs enquêtes de terrain à Casablanca. |
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Smyet bak ?
Lfqih Mohamed Khalil Belahcen.
Un vrai fqih ?
Cest même lun des rares, à côté de Fqih Basri, à avoir fait Al Qaraouiyine et a avoir été résistant.
Smyet mok ?
Saâdia Hmaine.
Nimirou dla carte ?
Je ne veux pas le donner. Cest très personnel cette carte.
Vous avez donc une relation si intime avec votre CIN ?
Cette carte nappartient quà moi. Cest important.
Si vous voulez, mais dites-moi sinon, ça sert à quoi un sociologue ?
Un sociologue servirait à aider à la compréhension de la société en partant de techniques et de méthodes multiples de vérification. Plutôt que se donner des réponses, un sociologue est plus utile lorsquil pose des questions et propose des pistes de réflexion.
Et vous trouvez que cest sérieux comme métier ?
Cest toute la difficulté ou le paradoxe de la sociologie. Un sociologue utilise un langage courant et accessible à tout le monde, là où un physicien, par exemple, utiliserait des formules complexes et des mots savants. On a donc cette impression que la sociologie napporte pas grand-chose ou que cest une science à la portée de tout le monde. Ce nest pas vrai. Notre société devient de plus en plus complexe et nous avons plus que jamais besoin de praticiens du social.
Et cela donne quoi dans le langage de M. tout le monde ?
Je vous donne un exemple : dans une société traditionnelle, les choses sont plus simples à expliquer que dans une métropole urbaine de quatre millions dhabitants. Lexplication de nimporte quel phénomène nécessite la mise en corrélation de plusieurs facteurs.
Vous êtes les rois de lhypothèse !
Nous sommes les ouvriers de lhypothèse. Des ouvriers qualifiés qui disposent doutils et dinstruments quils savent utiliser.
Vous travaillez depuis plus de neuf ans sur des études de terrain à Casablanca. Vous avez fini par comprendre quelque chose à cette ville ?
Chez nous, il ny a, par exemple, pas la notion de quartier ouvrier. Les quartiers casablancais sont mélangés et aucun phénomène ne peut être expliqué par la variable quartier. Chez nous, cest plutôt le type dhabitat qui compte et peut expliquer certains phénomènes. Lidentification aux quartiers, pour rester sur cette thématique, est difficile parce que plusieurs lieux ont changé de nom ou de configuration. Dailleurs, les choses ont changé tellement vite à Casablanca, et au Maroc en général, que cela nous a permis dobserver ces changements. Ailleurs, cette observation peut prendre plusieurs dizaines dannées.
Hassan II avait déclaré ne pas avoir besoin de sociologues. Vous avez déjà réfléchi aux raisons de ce désamour ?
Cest une question de conjoncture. Dans les années 60 et 70, on ne voulait pas trop comprendre ce qui se passe dans la société. Résultat : nous avons pris beaucoup de retard pour la compréhension de certains phénomènes sociaux. On na pas investi suffisamment de ressources pour former un personnel compétent, qui accompagnerait lévolution de la société. Aujourdhui, on essaie de rattraper le retard, de comprendre le phénomène de la violence politique ou urbaine par exemple. Mais avons-nous les moyens pour cela ? La réponse est négative. En tout, nous ne disposons que dune quarantaine de sociologues qui font de la recherche, soit un sociologue pour un million dhabitants.
Vous voulez dire que si vous aviez été plus nombreux, notre société sen porterait mieux aujourdhui ?
Si on avait développé les sciences sociales dans les années 60 et 70, on aurait eu plus de praticiens à lécoute de la population. Disons que nos responsables de lépoque ont manqué dhumilité. Beaucoup croyaient, du moment quils occupaient un poste de responsabilité, quils avaient tout compris. De la même manière, décider du recasement dun bidonville part aujourdhui dune bonne intention. Mais se pose-t-on les bonnes questions par rapport aux conditions de réussite dun tel changement ? Il y a, dans ce cas, un besoin de praticiens du social pour accompagner cette transition. Pour le moment, cette étape est malheureusement sautée. |
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