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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Iran. Le nucléaire irréversible ?

Mohamed El Baradeï
(AFP)

Mohamed El Baradeï a provoqué une vive polémique, en déclarant que la communauté internationale devrait revoir sa stratégie dans le bras de fer autour du programme nucléaire iranien.


Le directeur général de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l’Egyptien Mohamed El Baradeï a annoncé, jeudi, que l'Iran pourrait disposer de l'arme atomique dans un délai de trois à huit ans s'il le décidait. Au même moment, devant des commandants du corps d'élite des Gardiens de la révolution, le président iranien Mahmoud
Ahmadinejad affirmait que l'Iran ne pouvait se permettre d'arrêter son programme nucléaire “ne serait-ce qu’un seul instant”. Une déclaration qui rebondit sur des fuites dans la presse sur les premières conclusions du rapport très attendu de l’AIEA, concernant l’évolution du dossier iranien, faisant état d’une intensification par Téhéran de ses activités d’enrichissement d’uranium.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies avait adopté, le 24 mars dernier, une série de sanctions et menacé ouvertement le régime de Téhéran de sanctions plus lourdes si le programme iranien n’était pas arrêté dans les 60 jours. L'Iran avait donc jusqu'au 23 mai à minuit pour satisfaire cette exigence.

Tension diplomatique
Selon des extraits du fameux rapport, dévoilés par l’agence Reuters, “L'Iran n'a pas suspendu ses activités liées à l'enrichissement. L'Iran a continué à faire fonctionner son usine pilote d'enrichissement et a poursuivi la construction d’une usine d'enrichissement souterraine et à échelle industrielle”. Dans des entretiens accordés au New York Times et au quotidien espagnol ABC, le directeur de l'AIEA a estimé que la stratégie des puissances occidentales était désormais dépassée par le cours des événements et que vouloir contraindre l'Iran à suspendre l'enrichissement de son uranium n'était plus d'actualité, puisque le pays en maîtrisait le processus et s'apprêterait à le faire passer à une phase industrielle. Pour El Baradeï, il serait plus judicieux et plus efficace de négocier avec Téhéran sur l'ampleur de son programme, de sorte à le maintenir en dessous de ladite “phase industrielle”, étape qui pourrait lui faciliter l'accès à la bombe atomique.

Les ambassadeurs des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de France auprès de l'AIEA ont rapidement exprimé leur désaccord. Les diplomates américains, rejoints par le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont appelé à plus de fermeté à l’encontre du président Ahmadinedjad. Et Washington a encore accru la pression sur le régime iranien en engageant un impressionnant déploiement naval dans les eaux du Golfe Persique. Les porte-avions américains USS John C. Stennis et USS Nimitz, accompagnés d'une flottille de plusieurs bâtiments, sont entrés mercredi dans les eaux du Golfe. Ce déploiement de forces, constitué de plus 17 000 marines, est le plus important depuis le début de la guerre en Irak en mars 2003.

Fuite en avant
Le numéro 3 du département d'Etat, Nicholas Burns, a rappelé que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne avaient chargé Javier Solana de mener de nouvelles discussions avec Ali Larijani, le négociateur iranien, sur le dossier nucléaire. Une rencontre est justement prévue le 31 mai, au cours de laquelle l’émissaire Solana devrait remettre sur la table une offre du groupe 5+1, pour une coopération élargie avec l'Iran, en échange d'une suspension de son programme d'enrichissement. Cela montre à quel point il sera difficile pour El Baradeï de convaincre les Occidentaux de suivre sa proposition. Pourtant, en ménageant une sortie honorable aux durs du régime iranien, le maintien d’un programme nucléaire limité pourrait permettre à l’AIEA de mieux contrôler les installations sur lesquelles elle ne dispose aujourd’hui d’aucune information. Un pari risqué mais cohérent. En 2003, en pleine crise diplomatique sur l’Irak, alors que les inspecteurs de l'AIEA disaient faire des progrès, Washington avait considéré que ces inspections étaient inutiles. Avec la suite qu’on connaît…

 
 
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