Terrorisme. Les oulémas ergotent
Karim Ghellab. "L'intérêt général passe avant ma popularité"
Société. La maison des enfants perdus
Politique. Y a-t-il une droite marocaine ?
Enquête. Les damnés du phosphate
Hmar ou Bikheer. Le droit à la différence
Reportage. Sabra et Chatila, 25 ans après
Iran. Le nucléaire irréversible ?
Khalid Oudghiri. Grandeur et décadence
Idées. Les maux de l'arabe
Portrait. Tracts en rimes
Nostalgie. Le rossignol de Hassan II
N° 275
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

La maquette de la
Biobliothèque nationale.
(DR)

Bibliothèque nationale. Sept ans de réflexion

Sept ans de gestation avant que la nouvelle (et unique) Bibliothèque nationale de Rabat n’ouvre ses portes. L’accouchement fut long et douloureux, mais le bébé se porte comme un charme ! Et à peine né, il cherche déjà à fuguer. La promise du ministère de la Culture est allée se nicher six pieds sous terre (au sens propre du terme), près de Bab Rouah. Il faut avouer qu’il n’y a pas mieux insonorisé pour accueillir une médiathèque et une salle de lecture, toutes deux habillées en patio et riad pour mieux afficher leur marocanité et détourner ses 700 convives potentiels de la claustrophobie. Grande perdante de ce new-
deal du livre, la Bibliothèque générale (construite sous le protectorat) sera dépouillée de ses livres rares et manuscrits, au profit de la nouvelle dame des lettres. Laquelle, nous explique-t-on, présente des “conditions optimales de température et d’humidité pour la conservation des 30 000 manuscrits et 1 192 760 unités physiques de publication” (on ne sait pas ce que cela veut dire, le chargé de projet non plus, mais ça a l’air bien). Le tout pour un budget de 180 millions de dirhams. Les livres seront mis en rayon dans la tour qui surplombera le jardin du belvédère. Un petit clin d’œil au passé proche, car c’est précisément cachés dans une tour de la medersa Qarawiyine que des fouineurs ont retrouvé des écrits autrefois condamnés au bûcher. L’inauguration est prévue pour la rentrée universitaire.


Sortie. Un rêve à pleurer

Représentant de commerce fraîchement quitté par sa compagne (Thandie Newton, révélée dans Collision), Chris Gardner se débat et s’enfonce pour préserver son enfant dans la jungle urbaine et néolibérale du San Francisco des années 80. C’est aux côtés de son propre fils Jaden que Will Smith (également co-scénariste), décidemment bluffant depuis sa métamorphose en roi de la boxe dans Ali de Michael Mann, incarne cette (longuette) descente aux enfers, tirée d’une histoire vraie qui a fait pleurer plus d’un endurci (juré promis). Une rencontre atypique entre un mélo lacrymal décomplexé et une chronique psychologique dérangeante, À la recherche du bonheur, de l’Italien Gabriele Muccino (Juste un baiser, Souviens-toi de moi), explore avec sensibilité et tendresse les relations père-fils, sans toujours éviter les pièges du sentimentalisme, mais sur fond d’une âpre et intéressante critique du règne de l’argent. Mais c’est quand même le rêve américain qui gagne à la fin…

À la recherche du bonheur, au Mégarama.



Forum. Pas si bête

Question : pourquoi utilise-t-on des animaux pour expliquer les choses de la vie aux enfants ? Et en quoi Pif et Hercule, Rantanplan ou Donald Duck influencent-ils nos jugements ? Partant du principe “qui lit petit lira toute sa vie”, l’Institut français de Fès consacre la 2ème édition du FILEJ (Forum international du Livre et de l’édition jeunesse) à y trouver une réponse. Pour la peine, une dizaine d’auteurs, illustrateurs et autres bédéistes ont fait le déplacement et inscrit leurs “héros” à la “parade des animaux”, une exposition collective destinées aux enfants… de 7 à 77 ans.

Du 24 au 29 mai à l’IF de Fès.



Documentaire. Le fil(m) de la photo

Il a démarré dans une agence réputée à Washington. Il a été le photographe de feue Kalima, avant de signer un travail de mémoire visuelle sur les maâlems artisans de la mosquée Hassan II. Et depuis dix ans, il tourne des documentaires culturels et animaliers pour des chaînes thématiques (dont National Geographic et Discovery Channel). Bref, la carrière de Hamid Zerouali est pour le moins enviable, mais quelque chose y manquait. L’homme vient de la trouver. Son défi consiste à reconstruire le film du huitième art marocain, appuyé en cela par la SNRT, productrice déclarée d’une série de documentaires sur l’histoire de la photo au Maroc. Des clichés (souvent) orientalistes de photographes français sous le protectorat, au regard désabusé et post-hassanien de la jeune génération, Zerouali a, dans son viseur, un inventaire à la Prévert de l’image marocaine, parce que, dit-il, “le marocain manque de repères, et la photo en est un. Mais c’est aussi l’occasion de parler d’un art étouffé par les plasticiens depuis les années 60, de sauvegarder et numériser ce patrimoine, et tant qu’on y est, se demander s’il aura sa place au futur musée d’Art contemporain”. Par exemple !


Essaouira. Retour aux sources

Essaouira met le paquet cette année et fait défiler côte à côte Asian Dub Foundation, le Sénégalais Baaba Maal, la fanfare béninoise Gangbé Brass Band ou encore Hoba Hoba Spirit. Les trois directeurs artistiques du festival livreront le résultat des résidences qu’ils ont dirigées pour l’occasion. Band of Gnawa, hommage à Hendrix autour de Loy Ehrlich avec Akram Sedkaoui, Louis Bertignac (ex-Téléphone), Cyril Atef (batteur de M et Bumcello) et le jeune maâlem souiri Saïd Boulhimas. Karim Ziad, dont le troisième album (Dawi) sort tout juste, poursuivra, lui, sa recherche entre rythmes jazz et gnawa avec Hamid El Kasri, son guitariste fétiche Nguyen Lê, Jean-Philippe Rykiel au piano et le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart. Enfin, cap au sud pour le maâlem Abdeslam Alikane, entouré du violoniste Abdellah El Miry, du percussionniste Mokhtar Samba et du guitariste congolais Ray Lema. Métissage d’un jour, métissage toujours.

Festival gnaoua d’Essaouira. du 19 au 23 juin.



L’Boulevard. Ach kayne f’L’Kounach ?

Graphique, alternatif et impertinent, le mag’ de L’Boulevard prend de l’embonpoint, s’offrant une vingtaine de pages de plus que l’an dernier. Petite mise en bouche : un dossier sur le rock et la rébellion Touareg avec, en focus, le parcours du collectif Desert Rebel. À lire aussi, un vibrant adieu en trois pages à Gnawa Diffusion, signé Tonton, alias Amale Samie ; une immersion dans le monde “Myspace”, une réflexion sur la starification des rappeurs. Et derrière les portraits de Macaco, The New Government ou Coldcut, L’Kounache plonge dans les scènes urbaines espagnole, libanaise et du côté du futuriste label londonien Ninja Tune. L’occasion aussi de prendre des nouvelles des rockeurs partis sous d’autres cieux (entre autres, la saga des Lazywall à Londres) et de découvrir Mic Mskin, premier rappeur marocain à percer en Italie. 76 bonnes feuilles à lire, pas à rouler…


Fait divers. Ben Jelloun détroussé

Le journalisme est quelques fois un sport de combat. Et ce n’est pas Tahar Ben Jelloun qui dira le contraire. Accompagné du réalisateur italien Francesco Conversano et de son équipe pour les besoins d’un long-métrage sur l’émigration marocaine - dont la première partie a déjà été tournée au Maroc, l’écrivain a été agressé par une bande de jeunes, durant le tournage en banlieue parisienne, lundi dernier. Rien de bien méchant cependant, “le choc a surtout été psychologique”, a expliqué le prix Goncourt au quotidien électronique Nouvelobs.com. L’équipe du film a néanmoins été délestée de presque tout son matériel. Ironie du sort, le film suit justement d’un bout à l’autre le parcours des jeunes migrants marocains vers la France, “délaissés et prêts à tout”, déplore Ben Jelloun. Il vient d’en faire l’expérience.


Cinéma. Ijork, l’après New York

Un an après l’intermède new-yorkais avec ses collègues de la Masterclass Tribeca - Marrakech, Bouchra Ijork poursuit sur sa belle lancée. El Bahja, second court-métrage sur les gamins cireurs de chaussures de la ville ocre, sera projeté durant les rencontres cinématographiques de Kénitra (du 11 au 13 mai), du Festival Martil du court (du 30 mai au 3 juin) et du Festival du documentaire et du court-métrage de Casablanca (du 26 mai au 1er juin), avant une première au théâtre Mohammed V de Rabat. La jeune réalisatrice vient de tourner Orange amère, son premier téléfilm ramadanesque pour 2M, et revient d’un atelier d’écriture de théâtre à Damas, dont la prochaine étape se tiendra à Tunis en octobre. D’ici là, Bouchra Ijork planche sur sa troisième pièce… à la trame encore secrète.


One man show. Samid, pour rire

Samid Ghilane rêve à son one man show. Pas que pour le plaisir, comme un certain Arthur, mais “pour combattre à la fois le pessimisme et l’optimisme démesurés dans la société et les médias marocains”, jure-t-il. C’est donc avec un optimisme raisonnable que l’animateur d’Ajial s’essaie à la Stand up comedy, se livre au jeu des personnages, parodiant le contenu cathodique. Des JT arabophones –parce qu’il est d’abord francophone puis darijophone - aux classiques de la chanson marocaine, en passant par la Rotana Fashion dont sont victimes nos chaînes. Assisté par quelques confrères de 2M, Ghilane promet le résultat de sa reconversion pour début 2008. La tournée commencera dans les universités du pays, histoire de tâter le pouls avant le plongeon du grand public.


Le livre.

Albert le dingue est un dangereux tueur à gages, doté d’une lucidité extraordinaire et d’un CV à faire pâlir d’envie Hannibal Lecter. Membre d’une société secrète nommée La Trilatérale du cercle, on lui doit entre autres la disparition de Jean-Paul Ier, du commandant Massoud et de Rafic Hariri. Et quand ce n’est pas pour le “boulot”, Albert tue pour le goût de la chair humaine. Philippe Ulrich fait entorse au politiquement correct, va jusqu’au bout de sa fantaisie et dresse le portrait d’un serial killer riche, séduisant, drôle et poète, qui finit métamorphosé par l’amour d’une femme et sauve les 5,9 milliards d’être humains que sa société secrète prévoyait d’éliminer. Surprenant.

Un délicieux carnage, Philippe Ulrich ; Éd. Gutenberg.




Humeur.
L’art de la guerre

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

La sirène de Copenhague a subi tous les outrages de la part des hommes depuis 1913, année de sa naissance. Décapitée deux fois, amputée d’un bras, déboulonnée à la dynamite, repeinte en rouge… la liste des sévices qui lui ont été infligés ne jurerait pas sur le CV d’un tortionnaire sadique. C’était de l’amour vache, mais c’était de l’amour quand même. Rien à voir avec ce pisse-vinaigre qui, en plein débat sur le voile au Danemark, lui a collé un foulard islamique sur la tête, lui déniant son peu de féminité. Un bout de tissu bien inutile tant la sirène de Copenhague est peu inspirante. Malgré tout le respect dû aux Danois, leur monument topless a une poitrine d’adolescente pré-pubère et une queue de poiscaille. Néanmoins, un partisan du voile ou un mauvais plaisantin a jugé opportun de cacher ces seins qu’on ne saurait voir, tout rachitiques qu’ils soient. La mode semblant être au détournement artistique à vocation prosélyte, on ne serait pas étonné d’entendre bientôt que le Manneken Pis de Bruxelles a été circoncis par un vandale. Ou que l’obélisque de la place de la Concorde a été dynamité car sujet de fantasme pour sodomites. La riposte occidentale pourrait être terrible. Des bombardiers lâchant, au dessus de l’Afghanistan, des posters géants de l’Origine du monde de Courbet. Dans sa version hard, le sexe totalement épilé. Et là, on comptera les convertis de chaque côté. Pas sûr que l’on gagne…



Ils en ont marre
Mazagan en ont ras le bol. Et ils en font tout un album. “Y en a marre” rassemble dix titres dont une originale revendication identitaire africaine “Couleur d’Afrique”, un featuring avec le violoniste jazzy Foulane Bouhcine des Amarg Fusion et une ode à la beauté des femmes marocaines intitulée Mina. Dans les bacs, fin 2007.

Envoie ta Vizeo
Non, ce n’est pas le nom d’une troupe de samba brésilienne, mais du premier site marocain de partage de vidéos en ligne. www.tavizeo.com a pour ambition de concurrencer, au Maroc, les Youtube et autre Dailymotion. La mise en ligne est prévue pour début juin.


Main dans la main
Bigg, Oum, Ahmed Soultan, Steph Ragga Man, Imane Rabia, Khansa Batma, Saïd Mosker, Masta Flow, Yassine Badrate, Weld Chaâb, 9millimètres et Hasna Zalagh, réunis par Clic records, ont signé un titre collectif contre le terrorisme. Intitulé “Yid F’yid”, il est déjà diffusé sur les ondes. En vidéo en juin.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés