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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Coup de cœur. Un film, deux légendes

L’acteur Ahmed Zaki “habitant”
le rôle de Abdelhalim Hafez.
(DR)

Le film le plus cher de l’histoire du cinéma arabe est né culte. Halim, un tête-à-tête de deux heures avec Abdelhalim Hafez et Ahmed Zaki. Deux légendes dont les destins se confondent dans la vie et sur pellicule.


Au fond d’une froide et austère chambre d’hôpital, Abdelhalim Hafez est alité, le regard éteint, mais l’oreille attentivement tendue au poste radio placé à son chevet. Il s’écoute raconter sa vie à l’animateur, dans ce qui est resté, dans les annales de la radio égyptienne, la plus belle
interview de Abdelhalim Hafez. Entre deux absences, il recouvre le fil de sa mémoire et se souvient. Dans les studios de la radio, l’heure est déjà au deuil. Ce n’est pas la première fois que Abdelhalim est pris d’un malaise en public. Mais jamais encore il n’a été obligé de quitter la scène avant d’avoir fini sa représentation. La veille, il s’écroulait à la fin du premier set de Qari’ate al finjane. Cette fois-ci, l’idole du peuple ne s’en remettra pas. L’Egypte le sait, Abdelhalim le sait et le public l’apprend, au tout début du film. Mais là n’est pas l’histoire. Pas encore.

Transposé au monde hollywoodien, Halim serait – à juste titre – l’équivalent d’un biopic sur Franck Sinatra, avec Al Pacino dans le rôle du crooner, l’Amérique d’après-guerre en toile de fond et, pour potin posthume autour de Sinatra, la révélation de sa plus secrète histoire d’amour. Culte d’emblée. Peu importe son auteur, c’est un film pour l’Histoire. Sinatra et Al Pacino, c’est ainsi même qu’on surnomme les deux hommes sous le ciel cairote.

À la différence près qu’Ahmed Zaki et Abdelhalim Hafez avaient beacoup de choses en commun. Ils ont eu le même destin. Orphelins, originaires de la même région, ils ont tous deux construit leurs mythes par leur travail, sont morts à l’apogée de leur carrière et (presque) d’un même mal. Et pour boucler la boucle, Ahmed Zaki apprenait le diagnostic de son cancer avant le tournage de Halim et mourait un mois après la fin de sa partie du film. Il savait que ce long-métrage serait son dernier. Et pour s’immortaliser, il a ressuscité Abdelhalim. Une prestation grandiose par sa justesse, de la toute première séquence, debout sur scène pour la dernière soirée du “rossignol”. Il est Abdelhalim, à sa démarche et à sa façon d’écarquiller les yeux au micro, dans sa douceur et sa colère, Ahmed Zaki aura même frôlé le timbre de sa voix. Sur le lit de l’hôpital, il ne joue pas, mais répète sa propre mort. Et à l’écran, elle dure deux heures…

Un film pour l’Histoire
Car Sherif Arafa a construit son film entre la chambre de l’hôpital et l’interview à la radio, sacrifié la chronologie aux flash-backs, en restant très didactique – école égyptienne oblige. L’image endeuillée et “nostalgiquement correcte” était quasiment inévitable, mais le résultat évite le pire : déifier le mythe. Le récit s’arrête longtemps sur l’engagement de Abdelhalim dans la révolution nassérienne, sa remise en question après la défaite de 1967 et, pour finir, son soutien à Sadate. Il apparaît alors comme un jeune chanteur, talentueux et très intelligent, qui a su surfer sur la bonne vague, au bon moment, en se proclamant “enfant de la révolution” et multipliant les chansons patriotiques. Puis très vite, au chapitre suivant, on réalise qu’il n’y a pas que de l’intelligence dans le rapport de Abdelhalim au nassérisme : l’artiste est foncièrement nationaliste. Conservateur aussi, peut-être pas en musique - puisque c’est à lui que l’Egypte doit “la chanson courte”, mais dans sa vie personnelle. On apprend ainsi qu’il a fait choisir Souad Housni entre sa carrière d’actrice et leur projet de mariage. Le scénario révèle aussi le plus grand secret de sa vie : l’identité de son grand amour. Une fille de pacha dont on lui a refusé la main à cause de ses origines modestes quand bien même il était une star. Bref, mille et une histoires pour faire le tour de l’idole, au bout de deux ans de tournage et avec le record de budget pour un film arabe : 60 millions de dollars. Culte donc, il sera. Halim aura d’ailleurs raté la compétition officielle de Cannes 2006, à cause du retard pris sur le tournage après la mort de Ahmed Zaki. Haithem, son fils, n’avait pas eu le temps de faire son deuil qu’il prenait la place de son père devant la caméra, pour jouer la jeunesse de Abdelhalim. Une première apparition à l’écran et, déjà, le fils de son père.

 
 
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