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Par Jean Berry
Exposition. Des toiles et des gestes
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Lacteur Ahmed Zaki habitant
le rôle de Abdelhalim Hafez.
(DR)
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La galerie casablancaise Venise Cadre revisite lexpressionnisme gestuel de Mohammed Chabâa, lun des pères de la peinture contemporaine marocaine. Souvenirs de jeunesse, et visite guidée par lartiste.
Il est lun des pères fondateurs de la peinture moderne marocaine, au même titre que les regrettés Cherkaoui et Gharbaoui, ou de Melihi et Belkahia, ce groupe de plasticiens qui dénonça, dès les années 60 et 70, lomnipotence de lorientalisme et des galeristes hérités de lère |
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coloniale, qui étouffaient toute forme de nouveauté dans lart marocain. Mohammed Chabâa en était la plume, à travers ses écrits en dernière page du quotidien Al Alam et dans la (très contestataire) revue Souffles. Nous étions comme des petites fleurs qui devaient pousser dans le désert, se souvient Mohammed Chabâa, aujourdhui septuagénaire. Notre travail était vu comme du nimporte quoi, à une époque où le public insultait Picasso, poursuit Chabâa, installé dans un fauteuil de Venise Cadre, entouré de ses toiles, rappelant les livres dor controversés de la plus ancienne galerie marocaine. Nous étions une poignée dautodidactes en quelque sorte, malgré nos études académiques. Elles sont loin, les Beaux-Arts de Tétouan puis celle de Rome, dont il sortit en 1964, et les expositions collectives comme celle du manifeste de Jamaâ El Fna, en 1975, visant à promouvoir lart hors des murs. Nous voulions faire une peinture moderne, osée, internationale. Pourquoi aurais-je voulu que mes toiles soient forcément et uniquement taxées de marocaines ou arabes ? Larabité, la marocanité et lafricanité peuvent ressurgir de lesprit du tableau, même dans un style moderne.
Peinture et architecture
Aujourdhui la cote de Chabâa est dans la moyenne, avec des toiles autour de 80 000 dirhams, commente le spécialiste Aziz Daki. Ce que je retiens plutôt dans cette exposition, cest son retour à la gestuelle et au mouvement. Après des premières séries aux Beaux-Arts de Rome dans un style quil baptisera trente ans plus tard expressionnisme gestuel, Chabâa sest tourné dans les années 70 vers une peinture plus réfléchie, plus calculée, basée sur la géométrie et des tracés implacables, de son propre aveu. Linfluence vient sans doute de sa formation darchitecte - il enseigne toujours lexpression plastique à lEcole nationale darchitecture. Il y a dix ans, le peintre revint vers cette peinture du mouvement et du geste que lui avaient inspirée les travaux de Franz Klein, en noir et blanc et tout en sobriété, quand il était étudiant à Rome. Un style qui convient naturellement à la calligraphie arabe quil utilise également... Cest cette ellipse créative que montre lexposition présentée jusquau lundi 4 juin, à Venise Cadre, qui exhume, aux côtés de toiles peintes ces dix dernières années, quelques vestiges de ses années détudiant, des acryliques tourmentées en noir et blanc et sur papier.
Quarante ans dart et de création, ou quand les souvenirs denfance se mêlent aux théories sur la peinture. Quand jétais jeune, à lâge de 15 ou 16 ans, je sortais dessiner et peindre dans une forêt près de chez nous à Tanger, se souvient Chabâa. Quand mes parents ou mon oncle me débusquaient, cétait le scandale, le sacrilège. Peindre, cest figurer. Et cétait haram, raconte encore lartiste, qui affirme sans sourciller être lartiste marocain, pour ne pas dire arabe, le plus formé à lhistoire de lart occidental et contemporain. Une estime de soi quune partie du petit milieu de la peinture casablancaise abhorre, parlant dune exposition moyenne, mais reconnaissant son apport à lart graphique et sa dimension de précurseur.
Politique culturelle ?
On a vite compris quil fallait aller vers la pédagogie, car il ny avait pas de vrai public, poursuit le peintre. Discuter, expliquer, simplifier, démocratiser... Il y avait toujours un artiste pour accueillir le public dans nos expositions collectives. Jai été peu vendu, essentiellement parce que nous ne produisions que très peu dexpositions individuelles, enchaîne-t-il, allant jusquà parler dune génération sacrifiée qui sest battue pour la reconnaissance de nouvelles esthétiques.
Ancien directeur des Beaux-Arts de Tétouan, Chabâa porte un regard critique sur lactuelle politique culturelle, ou plutôt sur son absence. LEtat et le gouvernement se contentent de notre apport. Quand il y a des biennales ou des expositions, cest sur nous et sur quelques éléments de la génération actuelle quil compte, déplorant que les peintres marocains les plus en vue choisissent dexposer quasi exclusivement à létranger. Mais jusquà quand ? Il faut bien quils se mettent au travail, quils forment le public et quils ouvrent dautres écoles. Foi dancien.
Exposition à la galerie Venise Cadre, Casablanca. Jusquau 4 juin.
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Technique mixte sur carton, 2002 (175x250 cm).
Une expérience imprégnée dun côté éphémère : cest prendre un carton demballage jeté dans la rue, une chose négligée, et lui donner une valeur nouvelle en tant que support plastique. Mais il ny a pas que le concept de la fragilité et de léphémère, il faut dire que cette espèce de doré très subtil, une couleur très lumineuse sans être éclatante, a quelque chose de très intéressant, que lartiste peut exploiter comme un pigment.
Acrylique sur toile, 1997 (150 x 150 cm). Une toile qui souvre à la calligraphie. Peindre, cest écrire en quelque sorte... Ce nest pas un texte, cest plutôt lensemble qui a un sens. Il y a une partie en premier plan, comme un film que je mets, à travers lequel pigments et tonalités apparaissent. Cela donne une perspective. On peut se promener à travers les lettres et les signes.
Acrylique sur toile, 2002 (150 x 250 cm). Un diptyque de grande dimension. Jaffectionne ce genre de travaux. Cest sans doute linfluence de mon travail sur lintégration murale, avec les architectes. On retrouve ce grand espace, avec toujours une écriture qui ressemble à celle des autres tableaux... mais cest plus complexe. Cest un grand format qui prend sa revanche sur les autres, peut-être parce quil retrouve son statut de tableau.
Acrylique sur toile, 1999 (80x90 cm). Une toile que jaime beaucoup, issue dune série sur le concept de la transparence. Je place des couches de couleur selon un dosage déterminé. Cette superposition a pour intérêt denrichir les couleurs tout en évitant la lourdeur et lépaisseur. Cest léger, un peu comme un voile, il ny a pas de pâte, mais pourtant il y a de la matière. Une matière spirituelle, ou qui sapproche de la spiritualité de la chose. |
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