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N° 276
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Enquête.
Holdings royaux. La roue de la fortune

(Photo montage TelQuel)

Coups bas, calculs carriéristes, crises d’égo… C’est le lot quotidien de la marche des holdings royaux, où la rationalité et la logique économique pèsent moins que des considérations plus personnelles, parfois puériles. L’histoire secrète de la gestion des affaires royales.


“Les affaires sont tenues par une bande de gamins !”. Dans les salons feutrés de la métropole, les bureaux chics de présidents de grandes entreprises, les couloirs sombres des ministères ou bien encore les salles sécurisées des chancelleries, cette réplique revient de plus en
plus souvent pour décrire les têtes pensantes de l'ONA. Comprenez, les gestionnaires des holdings royaux, en les personnes de Mohamed Mounir Majidi, Hassan Bouhemou et, dans une moindre mesure, Saâd Bendidi. Et s'ils font de nouveau grincer des dents dans le milieu des affaires, c'est qu'ils viennent de commettre un nouvel acte jugé enfantin, donc irresponsable. “Se séparer de Khalid Oudghiri pour des querelles personnelles est une erreur d'envergure, observe un haut responsable d'une banque concurrente d'Attijari. Certes, pour nous autres banquiers, ce n'est pas une si mauvaise nouvelle. Oudghiri nous a cassé le marché dans sa course effrénée dans la conquête des parts de marché, mais on ne peut pas nier ses qualités de bon manager. Il l'a d'ailleurs prouvé en réussissant la fusion titanesque BCM - Wafa”. De l'avis de tous, Khalid Oudghiri a été, ces trois dernières années, l'homme le plus efficace du staff de l'ONA. “Le holding serait aujourd'hui aux abois sans les reventes de sociétés et les bénéfices dégagés par son aile bancaire ces dernières années”, explique un banquier d'affaires. Néanmoins, les performances d'Attijari, comme le lâchage de son président, sont révélateurs du mode de gestion spécifique des affaires royales. Tirant leur force du pouvoir politique de l'actionnaire de référence, le roi ou “le patron”, comme ils l'appellent entre eux, rien ne semble résister à ces managers. La recherche de la croissance passe par un jeu d'influence qui ne ménage ni les pouvoirs publics ni les concurrents. Même les rapports avec les partenaires étrangers sont régis par des règles mêlant diplomatie et business pur et dur. Mais surtout, entre les différents étages de la cascade des holdings royaux, une guerre impitoyable des tranchées sépare les visions. Bref, une gouvernance du groupe qui incarne le Makhzen et ses coteries dans toute sa splendeur.

L’argent qui “remonte en haut”
Siger, le holding royal a toujours été nimbé d'un secret aussi épais que les murailles du palais royal. Seule trace officielle de la société jusqu'en 2003 : une participation dans l'ONA. Dans le conseil d'administration de cette dernière, Siger a toujours été représenté par des hommes du Pouvoir : les frères Abdelfettah et Brahim Frej et le gendre Fouad Filali durant le règne de Hassan II, puis Driss Jettou au début du règne de Mohammed VI. Le conseil d'administration de cette entreprise royale comptait même de mystérieux étrangers. C'est le cas de Siméon de Saxe-Cobourg-Ghota, roi déchu de Bulgarie que Hassan II nomme à Siger et à l'ONA dès 1987. “Hassan II avait une grande affection pour Siméon”, raconte un ancien du groupe ayant eu l'occasion de côtoyer l’homme dans les conseils d'administration de l'ONA pendant de longues années.

C'est le mandat de cet administrateur du roi que Mounir Majidi reprend en 2001. Et le secrétaire particulier du roi ne va pas tarder à montrer l'étendue de sa mainmise sur l'empire financier de la famille royale. Quelques mois après son installation, il invite Hassan Bouhemou, un ami de longue date, à venir l'épauler. Il le charge d'une mission spécifique : améliorer la rentabilité du groupe. A l'époque, l'ONA n'est pas au top de sa forme. Traînant le poids d'une lourde dette résultant de la bataille boursière pour la reprise de la SNI, le groupe souffre d'une sérieuse crise de liquidités. “Il n'y avait pas suffisamment d'argent qui remontait en haut”, explique crûment un proche de l'ONA. Pour renverser la vapeur, le duo Majidi - Bouhemou juge nécessaire de réformer la stratégie mise en place par Mourad Cherif. D'autant que le dernier patron de l'ONA, nommé par Hassan II (pour remplacer son ex-gendre, Fouad Filali), ne montre pas patte blanche à ces nouveaux gestionnaires. Ayant fait ses classes sous le régime hassanien, Mourad Cherif, qui a fait du chemin à l'ONA, ne s'acclimate pas aux nouvelles règles de ses puissants administrateurs. “Le clash a commencé quand il a envoyé balader Majidi qui lui demandait au téléphone de lui fournir les données financières sur le groupe, avant même la tenue d'un conseil d'administration”, raconte un ancien du groupe. Mourad Cherif n'a alors d'autre choix que de négocier une sortie honorable : il atterrit à l'OCP, sanglé dans un parachute doré.

Les nouveaux gestionnaires des affaires royales ont désormais les coudées franches pour conduire le groupe à leur guise. Pour diriger l'ONA, ils dénichent Bassim Jaï Hokimi, réputé être le meilleur financier de la place. Il ne trahit pas sa réputation. Il trouve le moyen d'améliorer de manière substantielle les dividendes distribués à l'actionnaire de référence, la famille royale. Pour ce faire, il réalise un montage financier alambiqué, et surtout irréalisable sous d'autres cieux où les intérêts des actionnaires minoritaires sont protégés. Siger, qui détenait 14% de l'ONA, grâce à un mécanisme de rotation (terme jusque-là inconnu dans le jargon de la finance), prend le contrôle absolu de la SNI, de l'ONA et de leurs dizaines de filiales. Sur le plan financier, c'est une affaire en or. Les dividendes versés directement à Siger passent de 77 millions de dirhams en 2003 à 190 millions l'année suivante. Jackpot royal ! Malgré sa prouesse, Hokimi passe à la trappe. Il finit par quitter le navire après deux ans et demi de bons et “royaux” services. La raison : encore et toujours, cette incompatibilité d'humeur avec le duo Majidi - Bouhemou. “Même sous ses allures de premier de la classe, il n'a jamais été docile avec ses patrons. De plus, ces derniers n'appréciaient pas sa stratégie de transformer les ex-DG des filiales en présidents qui jouissent d'une véritable autonomie”, explique une source proche du groupe.

L'humiliation de Oudghiri
Mais bien avant d'être débarqué, Hokimi avait recommandé l’un de ses favoris. Il s'agit de Khalid Oudghiri, qui est venu remplacer à la tête de la BCM Abdelaziz Alami, le dernier survivant de l'ancienne ère. Le successeur fait dans un premier temps profil bas devant ses boss, mais l'acquisition de Wafabank lui donne l'occasion de dévoiler tout son talent… et de prendre de l'assurance. En menant de main de maître le processus de fusion qui donne naissance à Attijariwafa bank, il devient l’une des stars incontestables du capitalisme marocain. Même ses propres patrons s'inspirent de son concept de “champion national”, qu'ils s'attèlent à traduire sur le terrain. Mais Oudghiri est finalement victime de son propre succès. Alors que l'ONA bat de l'aile, sa filiale bancaire explose tous les records. Oudghiri pêche alors par son arrogance, son indépendance et surtout son non-respect de la hiérarchie, en créant ses propres relais dans le sérail. Après plus d'un an de bras de fer, le duo Majidi - Bouhemou arrive à obtenir sa tête : après une première tentative ratée l'année dernière, le tandem inséparable lui donne un coup de grâce spectaculaire. Son limogeage sera expéditif. L'ex-PDG “démissionné” la semaine dernière a eu à peine le temps d'adresser un mail à ses collaborateurs, pour les aviser que son départ est “motivée par des raisons personnelles”. Les raisons personnelles des autres, Majidi et Bouhemou de toute évidence, puisqu’aucun pot d'adieu n'est organisé, aucun communiqué élogieux du conseil d'administration, soulignant le travail accompli par celui qui a permis à la banque de tripler ses bénéfices, n’est diffusé. “Convoquer un conseil d'administration d'urgence en 48 heures ou encore nommer un président par intérim se fait quand il y a le feu dans la maison. Or, ce n'était pas le cas pour Khalid Oudghiri. Ils auraient pu tout à fait le traiter avec les mêmes égards que son prédécesseur, Abdelaziz Alami, qui a quitté la banque deux mois après l'annonce de sa démission et qui reste jusqu'à aujourd'hui président d'honneur”, confie notre source. Mais pour cet initié au mode de fonctionnement du groupe, le modus operandi est loin d'être improvisé : “Cette séparation dans l'urgence est voulue et calculée. Ils voulaient passer le message que nul n'est indispensable et surtout démontrer rapidement que les performances d'Attijari sont dues au poids du groupe et non pas au savoir-faire de Oudghiri”. De plus, le week-end suivant le départ du PDG, un remue-ménage est déclenché dans les couloirs de la banque. Le directeur des engagements est relevé de son poste, les bruits au sujet de malversations au niveau des engagements et des abandons de créances se font insistants, et on ressort même l'histoire de ce restaurant du président au 6ème étage, qui aurait coûté des dizaines de millions de dirhams.

Le dilemme des partenariats avec les étrangers
Néanmoins, ce qui agaçait réellement dans le cas Oudghiri, c'est son rayonnement à l'international. Sa proximité avec les actionnaires ibériques a été mal perçue. Ses patrons auraient peu apprécié que ces derniers le soutiennent alors qu'il était question de le confiner au rôle de président du conseil de surveillance. “En réalité, ils ne défendaient pas Oudghiri, mais s'inquiétaient légitimement à propos de leurs intérêts. Ils n'ont été avisés de la volonté des partenaires de basculer vers le mode de directoire et de conseil de surveillance que la veille du conseil d'administration de mars 2006. Evidemment, ils ont entériné la décision à contrecœur, mais dans les coulisses, ils se sont activés pour la contrer”, raconte un habitué des salons à cigares des expatriés.

Les égarements de Oudghiri dans ses rapports avec les étrangers ne s'arrêtent pas là. Lors de son dernier voyage en Tunisie, on lui avait proposé une rencontre avec le président Benali, qu'il a immédiatement acceptée. Erreur impardonnable pour le Makhzen : il n'a pas pris la peine de se concerter avec ses boss. Simple jalousie ou raison d'Etat ? “Il faut comprendre que l'ONA ou ses filiales sont des entreprises atypiques. La nature de leur actionnaire fait que leurs actes à l'étranger sont interprétés de manière politique et non exclusivement économique”, explique un connaisseur des rouages du Makhzen économique.

Même Mourad Cherif a été victime de son succès à l'international. Quelques jours seulement avant son limogeage, il est parti pour l'inauguration de la première mine aurifère de Managem en Guinée. “Ils n'ont pas apprécié l'accueil digne d'un chef d'Etat qui lui a été réservé”, raconte un ancien du groupe. Paradoxalement, Bassim Jaï Hokimi, lui, a été écarté, entre autres, en raison de sa “dureté” avec les partenaires étrangers. “C'est toute la schizophrénie du groupe, il ne faut être ni en bons termes ni en mauvais termes avec les étrangers. Il vaut mieux que ces derniers ne parlent même pas de vous. C'est l'unique moyen de vous en sortir”, explique ce haut commis de l'Etat.

Ce rapport tumultueux avec les étrangers transparaît aussi dans la gestion des affaires. Après le départ de Mourad Cherif, le duo Majidi - Bouhemou s’est empressé de dénigrer sa stratégie d'adossement aux groupes internationaux. “Ils considéraient que l'ancien PDG avait tout donné aux Français”, explique une source proche de l'ONA. Durant des années, ils s'attellent même à défaire ces partenariats. Et souvent de manière maladroite, au point que les ambassades se sont mises à douter de la volonté du Maroc à s'ouvrir aux investissements extérieurs. En effet, la récente cession des parts de l'ONA dans AXA n'a pu se faire qu'après de longs mois de crise avec le groupe d'assurances français. Et prochaine opération qui fait déjà des vagues : le divorce prononcé avec Auchan dans le secteur de la distribution. “Avec Auchan, le problème du partage de pouvoirs n'est qu'un simple prétexte. La véritable raison du conflit, c'est que le secteur de la distribution est l’un des rares pôles de l'ONA qui se développent. Et les managers ne supportent pas de partager les bénéfices d'autant plus qu'ils estiment que l'apport d'Auchan n'est pas si indispensable que cela”, explique une source proche de l'ONA.

Toutefois, cette stratégie d'alliance est prônée pour d'autres secteurs par ces mêmes gestionnaires, qui la dénigrent dans d'autres cas. L'alliance réalisée avec Arcelor l'année dernière au niveau de Sonasid en est l'exemple type. “Normal, dans un secteur comme la sidérurgie, les concurrents de l'ONA sont les producteurs mondiaux qui inondent le marché marocain, et non pas des opérateurs marocains qu'ils arrivent aisément à mettre au pas”, explique un banquier d'affaires.

Concurrence loyale ou royale ?
En effet, l'ONA n'aime pas trop la concurrence, c'est un euphémisme. Mieux encore, l'imbrication du pouvoir politique et du poids économique prête souvent à un mélange des genres. Une succession d'événements survenus ces dernières années laisse dubitatif. La privatisation des sucreries nationales a été attribuée par un heureux hasard à Cosumar… une filiale de l'ONA. Face à la concurrence de la coopérative Copag, connue pour sa marque de produits laitiers Jaouda, le ministère des Finances juge utile de lever l'exonération fiscale sur les coopératives. Face à la guerre des huiles déclarée par les Saoudiens de Savola, le Conseil national de la concurrence est, comme par miracle, sorti de son hibernation (qui a duré de longues années) pour épingler la vente à perte pratiquée par les concurrents de Lesieur… autre société de l'ONA. Dans le processus d'attribution d'une licence fixe, l'ANRT préfère le dossier de Maroc Connect, simple provider tombé dans l'escarcelle de l'ONA, à celui d'Orascom, un groupe expérimenté dans les télécoms. Mieux encore, pour les ouvertures de Marjane, le groupe ne rencontre aucun problème pour obtenir des terrains de l'Etat. Les sept hectares accordés début mai à l'ONA pour la construction d'un Marjane à Sidi Othmane, à Casablanca, n'ont pas manqué de faire jaser. “Pourquoi avoir refusé la proposition du groupe Chaâbi, qui voulait ériger un Aswak Assalam sur le même site, il y a quelque temps déjà ?”, avait lancé un élu local, lors d'une session du Conseil de la ville de Casablanca.

Les pratiques du groupe ne s'arrêtent pas là. Devant les investisseurs qui s'aventurent à se lancer dans des activités qui concurrencent celles de l'ONA, il y a toujours le joker du financement qui ressort. Ne raconte-t-on pas que Oudghiri a été sommé de mettre des bâtons dans les roues du groupe Chaâbi, qui a l'ambition - ou plutôt le culot - de concurrencer l'ONA sur le marché du sucre ? La famille Amhal a été contrainte de vendre Somepi suite à une asphyxie financière orchestrée par sa propre banque… Attijariwafa Bank. Khalid Oudghiri aurait d'ailleurs usé du poids politique du groupe, pour ne pas dire de celui de son actionnaire de référence. “En réunion avec des hommes d'affaires, il voulait convaincre deux chefs d'entreprises de monétique de fusionner, en avançant l'argument que les ordres venaient d'en haut”, confie un banquier d'affaires.

La naissance même du géant bancaire Attijariwafa a été rendue possible par cette imbrication entre pouvoir politique et pouvoir économique. Pour les observateurs avisés, la nomination d'un Saâd Kettani, aîné des héritiers de Moulay Ali El Kettani, à la tête du comité de candidature du Maroc à l'organisation de la Coupe du monde 2010 est liée à la vente de la banque, intervenue quelques mois plus tard. “On lui a fait miroiter qu'il se rapprocherait ainsi du centre du Pouvoir. La manœuvre a fonctionné à merveille. Mais aujourd'hui, il se trouvé réduit à la fonction de simple salarié, en tant que président de Wafa Assurance… Et pour combien de temps encore ?”, s'interroge un ancien de Wafabank, qui a suivi de près cette acquisition.

Cette stratégie a été aussi de mise pour la préparation de la fameuse rotation de participations ONA - SNI. Un mois avant cette transaction exceptionnelle, des patrons de caisse de retraites sont contactés pour céder une partie de leur participation dans l'ONA au profit du groupe Siger. “On leur a fait comprendre qu'il s'agit d'un cadeau pour la naissance du prince héritier Moulay El Hassan”, raconte une source. Rien n'est trop beau pour avoir la bénédiction du souverain… même pas l'argent des retraités. Les patrons de caisse s'exécutent et bradent la valeur de fonds de portefeuille à un prix dérisoire. Certains poussent la servilité jusqu'à interrompre leurs vacances en Espagne, pour venir s'assurer eux-mêmes de la bonne réalisation de la transaction, devant l'œil étonné de leurs traders.

Que ce soit dans le public ou dans le privé, rares sont les décideurs à pouvoir tenir tête aux gestionnaires des affaires royales. Le contrôle du capitalisme marocain est dans leurs objectifs depuis 2003, année où les élections de la CGEM prennent l'allure d'un véritable putsch contre Hassan Chami. D'ailleurs, trois ans plus tard, Moulay Hafid Elalamy, qui doit son retour en force au financement d'Attijariwafa, se présente comme l'unique candidat à la succession de Chami. Une élection patronale sans la moindre concurrence, n'est-ce pas représentatif du nouveau visage du capitalisme marocain ?

Même le puissant Othman Benjelloun a échappé de justesse aux dents carnassières des managers des affaires royales. Car avant que l'ONA ne jette son dévolu sur Wafabank, elle avait dans le collimateur le groupe BMCE de Benjelloun, quasiment aux abois à l'époque. Et pour enfoncer davantage le clou, c'est Hassan Bouhemou qui prend en charge les négociations avec son ancien patron. “Bouhemou devait jubiler en proposant à son ancien président un prix indécent pour le rachat de sa banque. La situation avait tellement agacé Benjelloun qu’il a fini par demander à Majidi de trouver un autre représentant, si le groupe voulait lui faire une proposition plus sérieuse”, raconte une source proche du dossier.

D'ailleurs le choix de recruter Saâd Bendidi à la tête de l'ONA est avant tout un coup que l'on voulait porter au récalcitrant Benjelloun. En effet, Bendidi était l'homme de confiance du magnat de la finance. Certains le présentaient même comme le dauphin du président de Finance.com.

Bendidi, le prochain sur la liste ?
Et même avec ce nouveau président, les relations ne sont pas au beau fixe. “Il a pris trop de pouvoir et il exige de plus en plus d'indépendance”, confie un proche du groupe. La question de son remplacement a même été sérieusement envisagée dix-huit mois seulement après sa nomination. L'été dernier, la crise entre Bendidi et Rachid Slimi, directeur des affaires générales de l'ONA, avait atteint son point culminant. Intime de Majidi, l'homme avait été placé pour pallier le déficit flagrant de communication du groupe durant l'ère Hokimi. Mais le courant avec Bendidi n'est jamais passé. Ce dernier a donc fini par demander la tête de celui qu'il accusait de tout rapporter “là-haut”, allant même jusqu'à mettre sa démission sur la balance. Majidi a finalement tranché en sacrifiant son homme à l'ONA. “Il ne voulait pas prêter le flanc aux attaques éventuelles de Bendidi. En plus, consommer trois président à l'ONA en cinq ans n'aurait pas été bien vu en haut lieu”, explique une source proche de Majidi. Mais ce n'est pas pour autant que les problèmes sont résolus. Bendidi exige de plus en plus de pouvoir et arrive même à écarter toute interférence de Hassan Bouhemou dans la gestion directe de l'ONA. “Il sait qu'il n'a rien à perdre puisque, de toute façon, un jour ou l'autre, il sera mis au placard. Mais ces derniers temps, il se sent d'autant plus puissant qu'il a reçu un appel du roi, pour le féliciter du lancement de Wana”, explique une source.

Pour le moment, le duo Majidi - Bouhemou semble le laisser faire. “Ils attendent qu'il s'effondre avant de mieux le cueillir, surtout qu'il a mis la barre très haut en termes d'engagements”, explique une source. En effet, au cours de la dernière présentation des résultats de l'ONA, le président a annoncé comme objectif un chiffre d'affaire de 40 milliards de dirhams dès 2009. Soit une augmentation de près de 33% par rapport aux réalisations actuelles du groupe. Le challenge ne sera pas des plus faciles, surtout que sur le terrain, Bendidi n'a encore rien démontré d'exceptionnel. “A supposer même qu'il atteigne ses objectifs, ils trouveront bien une raison pour le virer. Le cas Oudghiri est là pour le rappeler”, anticipe un connaisseur de la maison ONA.

Coups bas, alliances de circonstances, calculs carriéristes et vision unique sont donc le lot quotidien de la gestion des affaires royales. Pourtant, ses promoteurs sont des jeunes aux têtes bien faites, formés dans les meilleurs écoles parisiennes ou américaines. Mais surtout, leur ring n'est autre que le groupe “locomotive de l'économie marocaine”, comme ils aiment à le définir. En effet, l’ONA, c'est un chiffre d'affaire qui représente près de 8% du PIB du pays. Et c'est surtout quelque 30 000 emplois directs. C'est donc tout sauf une aire de jeux pour “gamins”, capricieux de surcroît.


[Structure des holdings royaux]


Chronologie. Affaires royales, une histoire d'hommes

Début 2000. Le nouveau secrétaire du roi
Mohamed Mounir Majidi est jusque-là un homme d'affaires connu pour sa proximité avec le roi et pour les largesses accordées à sa société d'affichage publicitaire FC Com. Avec sa nomination comme secrétaire particulier du souverain, il prend en charge aussi la présidence du holding royal, Siger.

24 mars 2000. Jettou administrateur de l'ONA
L'actuel premier ministre a été dans un premier temps l'homme de confiance du roi pour la gestion de ses affaires. C'est même lui qui initie Mounir Majidi au patrimoine de la famille royale, avant de s'écarter définitivement du groupe pour assumer la fonction de ministre de l'Intérieur.

À partir de Juillet 2001. Les étrangers
Tout commence à travers un partenariat avec la société Coca-Cola. Puis, les joint-ventures montées entre l'ONA et les grands groupes français vont se succéder sous la conduite de Mourad Cherif. Après AXA dans l'assurance, viennent l'alliance avec Auchan dans la distribution, Vivendi dans l'environnement. Et plus tard, une cession d'Eqdom au profit de Société Générale.

Juin 2001. Bouhemou à Siger
En marge d'une réorganisation du pôle banque d'affaires du groupe Benjelloun, Hassan Bouhemou, qui était jusque-là directeur de la société de gestion Marfin, passe chez la concurrence. Il est d'abord nommé directeur général du holding royal, Siger.

31 octobre 2002. Abdelaziz Alami quitte la BCM
Ayant atteint l'âge de la retraite, Abdelaziz Alami quitte son poste de président-directeur général de la banque de l'ONA. Un poste qu'il a occupé pendant des décennies.

Mai 2002. Majidi administrateur de l'ONA
C'est au cours de l'assemblée générale statuant sur les résultats de 2001 que Majidi prend officiellement son mandat d'administrateur. Cette assemblée, qui marque aussi la démission effective de Mourad Cherif et Driss Jettou, constitue un tournant dans la conduite des affaires royales.



27 juin 2000. Benjelloun quitte l'ONA
Othman Benjelloun rompt tout rapport avec l'ONA en quittant son conseil d'administration. L'homme s'était auparavant hissé comme premier actionnaire du holding en prenant d'assaut la SNI. Les pressions de l'entourage royal vont contrer ses aspirations de détenir le contrôle du holding. Il finit par céder ses actions détenues dans ONA et SNI. L'opération de décroisement lui permet néanmoins de dégager une trésorerie de plus d'un milliard de dirhams.



8 Avril 2002. Exit Mourad Cherif
Trois ans après sa nomination par Hassan II à ce poste, Mourad Cherif est poussé à quitter l'ONA. Il laisse derrière lui un holding affaibli financièrement, mais il a pu tout de même réussir l'essentiel : arracher au forceps le contrôle de la SNI à un Othman Benjelloun qui a misé gros sur l'affaire. C'est bien cette acquisition de la SNI qui a permis au groupe ONA d'atteindre une véritable taille critique, essentiellement dans les métiers de l'industrie.



28 Avril 2003. La Coupe du monde pour Kettani
L'aîné des héritiers de Moulay Ali Kettani, propriétaire du groupe Wafabank, est appelé à de hautes fonctions. Il est nommé président-délégué du Comité national chargé de présenter la candidature du Maroc au Mondial 2010… même s'il n'a aucun lien avec le monde sportif. Côté protocole, c'est la totale : il est même reçu par le souverain et sillonne le monde, en compagnie de hautes personnalités, pour défendre le dossier du royaume. Le mystère de cette nomination n'est révélé que six mois plus tard.


[Le poker menteur des hommes du pouvoir]


Chronologie. Affaires royales, une histoire d'hommes

6 janvier 2003. Oudghiri prend ses fonctions

La nouvelle recrue pour la présidence de la BCM s'installe dans son fauteuil. Ancien directeur adjoint de la BMCI puis responsable de la zone Moyen-Orient au sein du pôle banque de détail à l'international au groupe BNP Paribas, il est réputé être un excellent banquier. Il aura plus tard l'occasion de le démontrer.

13 avril 2003. L'ONA dessaoule
C'est la fin de la présence du holding royal dans le secteur des boissons alcoolisées, qui soulevait tant de critiques. La cession de Brasseries du Maroc rapporte à la SNI un pactole de 1,7 milliards de dirhams. Une manne qui va servir à redessiner toute l'architecture des holdings royaux.

Juin 2003. Putsch raté contre Chami
Les élections pour la présidence de la CGEM sont marquées par une bataille rangée entre les grands groupes, l'ONA en tête, évidemment, et les supporters du président sortant, Hassan Chami. Ce dernier résiste et assure sa réélection pour son second mandat.

Le 5 août 2003. Un bloc prémonitoire
Près de 5% du capital de l'ONA changera de main ce jour-là. C'est le holding royal Siger qui achète ce bloc à trois institutionnels que sont le RCAR (géré par la CDG de Mustapha Bakoury), la Mamda et la CIMR. Les participations de ces gros intervenants sur le marché ont d'ailleurs toujours servi comme appoint pour permettre au groupe ONA de verrouiller le contrôle de son propre capital et de celui des différentes filiales. Ces fonds de retraite ne seront même pas regardants sur le prix de la transaction. Ils vendent à l'ONA au prix de 750 DH l’action, 40 DH en-dessous du prix du marché. Un mois plus tard, le titre ONA s'envole à 890 DH.

24 septembre 2003. Une rotation qui donne le tournis
Les banquiers d'affaires l'appellent OPA royale. Un montage financier - pernicieux pour les petits actionnaires - renverse la structure de la cascade de holdings. En gros, ce n'est plus l’ONA qui contrôle la SNI, mais l'inverse. Evidemment, l'étage supérieur étant toujours la famille royale à travers Siger, qui n'a jamais été aussi présent dans la structure capitalistique du groupe.

1er avril 2004. Slimi pour mieux communiquer
L'arrivée de cet intime de Majidi n'est ni une surprise, ni un poisson d'avril. Depuis plusieurs mois, l'homme travaille dans l'ombre pour redorer l'image du groupe qui traîne une réputation de “prédateur qui veut avaler l’économie marocaine”. La touche de celui qui va être surnommé “Connecting people” est vite ressentie.

18 octobre 2004. Le quarté gagnant
Pour épauler Hokimi, quatre nouveaux directeurs sont nommés à l'ONA. Outre Slimi, promu directeur des affaires générales, on note le retour de Chahid Slaoui. Cette réorganisation coïncide avec le départ de Guy Motais de Narbonne, un des plus anciens piliers du groupe.

14 janvier 2005. Le transfuge Bendidi
Juste après le bouclage de la fusion RMA Watanya, le bras droit de Othman Benjelloun passe chez la concurrence, remplaçant Bassim Jaï Hokimi à la tête de l'ONA.

Mars 2006. Putsch contre Oudghiri
Attijariwafa est au top de sa forme, avec un bénéfice de 1,6 milliards. Pourtant, les actionnaires veulent changer de mode de gouvernance, pour nommer Khalid Oudghiri à la tête conseil de surveillance. Cette mise à l'écart échoue sous la pression, entre autres, des actionnaires espagnols.

Juin 2006. Elalamy patron des patrons
Les élections du patronat, version 2006, n'ont rien de palpitant. Un seul candidat pour remplacer le président sortant. Il s'agit de Moulay Hafid Elalamy, celui qui était connu comme l'enfant terrible des assurances via la transaction Agma qui avait coûté cher à l'ONA en 1999. Mais entre-temps, l'homme d'affaires s'est réconcilié avec le groupe. Son retour sous les feux des projecteurs, il le doit au financement d'Attijariwafa qui lui permet de racheter la CNIA. Le candidat unique à la présidence de la CGEM est soutenu par l'ONA et les grands qui avaient tenté de renverser son prédécesseur trois ans auparavant.

Mars 2007. Cession d'AXA
Après des tractations qui ont duré des années, ONA arrive finalement à trouver un arrangement avec AXA. Le groupe français rachète les participations du holding pour 3 milliards de dirhams. Un autre divorce est annoncé entre ONA et Auchan, son partenaire français dans la distribution. Le pôle se porte à merveille mais, visiblement, il n'y a pas de place pour deux.

24 mai 2007. Oudghiri éjecté
Cette fois-ci, Oudghiri n'arrive pas à sauver son fauteuil. Le duo Majidi-Bouhemou arrive à obtenir sa “démission”. Il laisse derrière lui une banque qui dégage 2 milliards de dirhams de bénéfices, le premier contribuable au résultat du groupe ONA.



24 novembre 2003. Rachat du groupe Wafa
Même le président de Wafabank Abdelhak Bennani n'est mis au parfum du deal que dix minutes avant la signature. BCM, la banque de l'ONA, rachète le groupe Wafabank et ses différentes filiales pour 2 milliards de dirhams. Les négociations ont été menées directement avec Saâd Kettani, représentant de la famille et récemment nommé pour défendre la candidature du Maroc à la Coupe du monde.



28 mai 2004. Hokimi veut rassurer
La voracité du groupe inquiète tant les investisseurs étrangers que le groupe se sent presque obligé de s'expliquer. Pour ce faire, les relais médiatiques classiques ne suffisent plus. Alors on dépêche Bassim Jaï Hokimi sur le plateau de LCI comme “l'invité de l'économie”. Il s'explique au sujet de l'actionnariat et du poids économique de l'ONA. Hokimi entreprend aussi une tournée en Espagne et au Royaume-Uni pour clarifier le concept de “champion national”, devenu en vogue à l'époque. Une de ses déclarations phares : “La participation royale n'influe en rien sur l'autonomie financière de l'ONA”.



18 Septembre 2006. Rachid Slimi out
Le conflit entre l'homme de Majidi et le nouveau président Saâd Bendidi a fini par atteindre le point de non-retour. Majidi a dû trancher entre les deux et c'est Slimi qui plie bagage. Ce dernier assure une sortie royale : il est président du directoire de CDG Développement et garde la présidence de la fondation ONA.

 
 
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