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Par Adil Boukhima
Bourse. Le calme après la tempête
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Leffervescence des derniers
mois est bel et bien retombée.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Les analystes sont toujours dans lincapacité de se prononcer sur la tendance des cours, après la lourde correction déclenchée il y a quelques semaines. Du coup, les petits porteurs sont dans lexpectative.
Quelques semaines après la sévère correction qua essuyée la place casablancaise, la semaine du 9 mai, londe de choc est toujours perceptible. Incapables de comprendre ce qui sest réellement passé, certains spéculateurs réalisent à peine létendue des pertes, tant la chute a été dure à encaisser. Les analystes, de leur côté, ne sont pas |
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plus à la fête : toujours dans lincapacité de se prononcer sur la tendance des cours, ils adoptent un profil prudent dans un marché qui vacille entre stagnation et légère baisse. À ce stade, il est difficile de se prononcer. Le marché est toujours hésitant, explique Younès Benjelloun, directeur général du groupe CFG. Pourtant, le premier signe de reprise est apparu timidement le 15 mai, suivi dune confirmation de la tendance haussière le jour suivant. De là à y voir une confirmation définitive
On est dans lexpectative. Il faut au moins attendre que les sociétés arrêtent leurs comptes le 30 juin, explique un trader. Dici là, les commentaires et les analyses concernant ce que certains ont qualifié de mini-krach fusent de toutes parts. Quest-ce qui sest réellement passé la semaine du 9 mai ? Quels sont les leçons à en tirer ? Et, surtout, y a-t-il eu manipulation des cours ?
Château de cartes
Sil y a une chose sur laquelle les acteurs du marché étaient daccord, cest bien le fait que la place avait trop pris. On était loin des fondamentaux. Tout est devenu surévalué, explique Nezha Saber, analyste financier à Upline Securities. La correction était donc redoutée, mais personne ne pouvait se prononcer sur son timing et son ampleur. Il a fallu quAttijari Intermédiation sorte une note recommandant le titre Sonasid à la vente, le jugeant surévalué malgré ses fondamentaux solides, pour déclencher le mouvement. Limpact ne se fera pas attendre : laction Sonasid perd 6% le 8 mai, dès la première demi-heure de la séance. Cétait suffisant pour provoquer une ruée à la vente de plusieurs valeurs, à commencer par celles des entreprises du groupe ONA. La tendance baissière sest poursuivie malgré la publication, par BMCE Capital, dune analyse contradictoire, préconisant lachat du titre Sonasid. On était tout simplement en train dassister à la chute la plus spectaculaire de lhistoire de la Bourse. En lespace de quelques jours, le Masi (indice de toutes les valeurs cotées) a baissé de 6,16%, alors que le Madex (indice des valeurs les plus actives) se rétractait de 6,35%. La correction était prévisible, cest la rapidité avec laquelle elle sest faite qui a surpris le marché, explique Khalid Nasr, vice-président de BMCE Capital dans une note relative à la correction. La publication par Attijari Intermédiation dune analyse, cette fois-ci relative au secteur bancaire, appuiera la tendance à la baisse. Et là aussi, les recommandations sont contradictoires avec celles publiées par BMCE Capital.
Attijari épinglée
Une fois la tempête passée, certains opérateurs nont pas hésité à tirer à boulets rouges sur Attijari Intermédiation. La société de Bourse serait-elle responsable de cette dégringolade des titres ? En tout cas, ses recommandations sont considérées comme inappropriées par les confrères. On était choqué de voir le cours de Sonasid évalué par Attijari Intermédiation à 2100 DH, alors que nous lavons valorisé à 3200 dirhams, explique, excédé, un analyste financier. La société de Bourse sera également critiquée pour son étude sur le secteur bancaire, où elle se base sur une analyse comparative entre les secteurs bancaires des Emirats Arabes Unis, de lEgypte et du Maroc
en dépit de leurs différences considérables. Attijari Intermédiation a utilisé une seule méthode de valorisation, explique un analyste financier. Les responsables dAttijari se défendent. Nous avons émis un avertissement clair avec la note, en spécifiant que létude repose sur une seule approche. Ce nest pas une note exhaustive, explique une source à Attijari Intermédiation. Dans cette vague de surenchère, certains observateurs sont allés même jusquà parler de manipulation de cours. Sinon, comment expliquer le nombre important de transactions réalisées par Attijari Intermédiation sur le titre de Sonasid, la veille de la publication de la note, se demande un opérateur. Laccusation est grave, mais quen est-il exactement ? Notre travail consiste à comparer la nature des transactions et le contenu des notes émises par le même groupe. Sur cette affaire, nous navons rien noté danormal, explique une source au CDVM.
Nouvelles introductions
Quoi quil en soit, les notes successives dAttijari Intermédiation nont fait que précipiter les choses. Ces études sont la goutte qui a fait déborder le vase, explique Benjelloun. Le marché était arrivé à un certain niveau, où une correction devenait obligatoire. Autre événement majeur à intégrer dans lanalyse de la décrue, les prises de bénéfices, notamment pour le titre BMCE Bank, qui ont joué la vedette ces derniers jours. Il faut savoir que la banque avait cédé une partie de son capital au personnel à un prix préférentiel de 525 dirhams par action, financé par un crédit. Sachant que le titre a pris jusquà 3000 dirhams, il était plus que prévisible que des cessions massives aient lieu. Dailleurs, dans un communiqué en date du 30 mai, la banque précise que : 1832 collaborateurs du groupe ont procédé mardi 29 mai à la vente dun total de 135 000 actions et ce, au cours douverture du marché de 2750 DH. Cette cession globale a généré une plus-value brute totale, hors fiscalité, de 2225 DH par action, soit plus de 300 millions de dirhams. Il est par ailleurs précisé que : Sans quil ait eu à débourser un quelconque centime, le collaborateur du Groupe BMCE a réalisé, au terme de la transaction du 29 mai, des plus-values très significatives de 380%, en 2 ans, ou encore, en moyenne, léquivalent de près de 15 mois de son salaire mensuel net.
Le zèle des spéculateurs
Les spécialistes estiment toutefois que la correction a été exacerbée par la réaction des spéculateurs. Normalement, dans un marché, les institutionnels pèsent sur la place. Au Maroc, ce sont les petits porteurs qui mènent désormais la danse, explique un trader. Cela expliquerait-il lampleur de cette correction ? Il faut relativiser les choses. Lamplitude de cette correction est faible par rapport à la hausse enregistrée par la Bourse depuis trois ans, explique un analyste financier. Autrement dit, lampleur de la performance expliquerait celle de la correction. En tout cas, ce nest pas cette baisse qui va tuer le marché. On revient tout simplement sur des bases plus solides, explique, pour sa part, une source à Attijari Intermédiation. En attendant que la nouvelle tendance de la Bourse se dessine, les opérateurs du secteur ont déjà les yeux rivés sur les prochaines introductions. Des opérations qui devraient donner un peu de punch à la place et faire oublier la malheureuse parenthèse. Les plus pessimistes pensent cependant que la dernière correction risque de refroidir certains patrons qui sapprêtaient à sauter le pas de la Bourse. Pour le moment, leurs craintes savèrent infondées. |
[Voir le graph]
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Zoom. Des études contradictoires
Les notes réalisées par Attijari Intermédiation sur Sonasid et le secteur bancaire nont pas fait lunanimité au sein de la profession. BMCE Capital a été la première à contredire les recommandations et analyses contenues dans ces notes.
Concernant la Sonasid, la différence des évaluations réside dans la méthodologie choisie. Si Attijari Intermédiation sest basée sur les futurs flux de trésorerie, la BMCE bank a tenu compte de la collaboration étroite entre les sociétés Arcelor-Mittal et Sonasid. La deuxième étude, consacrée au secteur bancaire, a quant à elle suscité des critiques également de la part du groupe CFG, critiques liées principalement à la méthodologie comparative utilisée par Attijari Intermédiation. Une situation qui intrigue dautant plus que les écarts constatés entre les différentes analyses sont énormes. Selon les analystes dAttijari, cette situation est tout à fait normale. Il peut y avoir des prévisions plus optimistes que dautres. En tout cas, cest la première fois que la divergence davis entre sociétés de Bourse est aussi flagrante. Reste à savoir si les prochaines notes vont faire couler autant dencre. |
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