Censure. L'affaire Youtube
RNI. Le sacre de Mansouri
Droits de l'homme. Herzenni prend le relais
Migrations. La révolte des réfugiés
Société. Des mariages sans noces
Noureddine Naybet. "Le foot, c'est fini !"
Insolite. "Allez l'Ouueeem !"
Mohamed Benchicou. "Les sociétés arabes sont en avance sur leurs régimes"
Portrait. L'historien de la colonisation
Bourse. Le calme après la tempête
Tendance. Le retour du patriotisme artistique
Cinéma. Quand Scorsese rencontre Maânouni
Coup de coeur. Un film, deux légendes
Exposition. Des toiles et des gestes
N° 276
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Adil Boukhima

Bourse. Le calme après la tempête

L’effervescence des derniers
mois est bel et bien retombée.
(TNIOUNI / NICHANE)

Les analystes sont toujours dans l’incapacité de se prononcer sur la tendance des cours, après la lourde correction déclenchée il y a quelques semaines. Du coup, les petits porteurs sont dans l’expectative.


Quelques semaines après la sévère correction qu’a essuyée la place casablancaise, la semaine du 9 mai, l’onde de choc est toujours perceptible. Incapables de comprendre ce qui s’est réellement passé, certains spéculateurs réalisent à peine l’étendue des pertes, tant la chute a été dure à encaisser. Les analystes, de leur côté, ne sont pas
plus à la fête : toujours dans l’incapacité de se prononcer sur la tendance des cours, ils adoptent un profil prudent dans un marché qui vacille entre stagnation et légère baisse. “À ce stade, il est difficile de se prononcer. Le marché est toujours hésitant”, explique Younès Benjelloun, directeur général du groupe CFG. Pourtant, le premier signe de reprise est apparu timidement le 15 mai, suivi d’une confirmation de la tendance haussière le jour suivant. De là à y voir une confirmation définitive… “On est dans l’expectative. Il faut au moins attendre que les sociétés arrêtent leurs comptes le 30 juin”, explique un trader. D’ici là, les commentaires et les analyses concernant ce que certains ont qualifié de mini-krach fusent de toutes parts. Qu’est-ce qui s’est réellement passé la semaine du 9 mai ? Quels sont les leçons à en tirer ? Et, surtout, y a-t-il eu manipulation des cours ?

Château de cartes
S’il y a une chose sur laquelle les acteurs du marché étaient d’accord, c’est bien le fait que la place avait trop pris. “On était loin des fondamentaux. Tout est devenu surévalué”, explique Nezha Saber, analyste financier à Upline Securities. La correction était donc redoutée, mais personne ne pouvait se prononcer sur son timing et son ampleur. Il a fallu qu’Attijari Intermédiation sorte une note recommandant le titre Sonasid à la vente, le jugeant “surévalué malgré ses fondamentaux solides”, pour déclencher le mouvement. L’impact ne se fera pas attendre : l’action Sonasid perd 6% le 8 mai, dès la première demi-heure de la séance. C’était suffisant pour provoquer une ruée à la vente de plusieurs valeurs, à commencer par celles des entreprises du groupe ONA. La tendance baissière s’est poursuivie malgré la publication, par BMCE Capital, d’une analyse contradictoire, préconisant l’achat du titre Sonasid. On était tout simplement en train d’assister à la chute la plus spectaculaire de l’histoire de la Bourse. En l’espace de quelques jours, le Masi (indice de toutes les valeurs cotées) a baissé de 6,16%, alors que le Madex (indice des valeurs les plus actives) se rétractait de 6,35%. “La correction était prévisible, c’est la rapidité avec laquelle elle s’est faite qui a surpris le marché”, explique Khalid Nasr, vice-président de BMCE Capital dans une note relative à la correction. La publication par Attijari Intermédiation d’une analyse, cette fois-ci relative au secteur bancaire, appuiera la tendance à la baisse. Et là aussi, les recommandations sont contradictoires avec celles publiées par BMCE Capital.

Attijari épinglée
Une fois la tempête passée, certains opérateurs n’ont pas hésité à tirer à boulets rouges sur Attijari Intermédiation. La société de Bourse serait-elle responsable de cette dégringolade des titres ? En tout cas, ses recommandations sont considérées comme inappropriées par les confrères. “On était choqué de voir le cours de Sonasid évalué par Attijari Intermédiation à 2100 DH, alors que nous l’avons valorisé à 3200 dirhams”, explique, excédé, un analyste financier. La société de Bourse sera également critiquée pour son étude sur le secteur bancaire, où elle se base sur une analyse comparative entre les secteurs bancaires des Emirats Arabes Unis, de l’Egypte et du Maroc… en dépit de leurs différences considérables. “Attijari Intermédiation a utilisé une seule méthode de valorisation”, explique un analyste financier. Les responsables d’Attijari se défendent. “Nous avons émis un avertissement clair avec la note, en spécifiant que l’étude repose sur une seule approche. Ce n’est pas une note exhaustive”, explique une source à Attijari Intermédiation. Dans cette vague de surenchère, certains observateurs sont allés même jusqu’à parler de manipulation de cours. “Sinon, comment expliquer le nombre important de transactions réalisées par Attijari Intermédiation sur le titre de Sonasid, la veille de la publication de la note”, se demande un opérateur. L’accusation est grave, mais qu’en est-il exactement ? “Notre travail consiste à comparer la nature des transactions et le contenu des notes émises par le même groupe. Sur cette affaire, nous n’avons rien noté d’anormal”, explique une source au CDVM.

Nouvelles introductions
Quoi qu’il en soit, les notes successives d’Attijari Intermédiation n’ont fait que précipiter les choses. “Ces études sont la goutte qui a fait déborder le vase”, explique Benjelloun. Le marché était arrivé à un certain niveau, où une correction devenait obligatoire. Autre événement majeur à intégrer dans l’analyse de la décrue, les prises de bénéfices, notamment pour le titre BMCE Bank, qui ont joué la vedette ces derniers jours. Il faut savoir que la banque avait cédé une partie de son capital au personnel à un prix préférentiel de 525 dirhams par action, financé par un crédit. Sachant que le titre a pris jusqu’à 3000 dirhams, il était plus que prévisible que des cessions massives aient lieu. D’ailleurs, dans un communiqué en date du 30 mai, la banque précise que : “1832 collaborateurs du groupe ont procédé mardi 29 mai à la vente d’un total de 135 000 actions et ce, au cours d’ouverture du marché de 2750 DH. Cette cession globale a généré une plus-value brute totale, hors fiscalité, de 2225 DH par action, soit plus de 300 millions de dirhams”. Il est par ailleurs précisé que : “Sans qu’il ait eu à débourser un quelconque centime, le collaborateur du Groupe BMCE a réalisé, au terme de la transaction du 29 mai, des plus-values très significatives de 380%, en 2 ans, ou encore, en moyenne, l’équivalent de près de 15 mois de son salaire mensuel net”.

Le zèle des spéculateurs
Les spécialistes estiment toutefois que la correction a été exacerbée par la réaction des spéculateurs. “Normalement, dans un marché, les institutionnels pèsent sur la place. Au Maroc, ce sont les petits porteurs qui mènent désormais la danse”, explique un trader. Cela expliquerait-il l’ampleur de cette correction ? “Il faut relativiser les choses. L’amplitude de cette correction est faible par rapport à la hausse enregistrée par la Bourse depuis trois ans”, explique un analyste financier. Autrement dit, l’ampleur de la performance expliquerait celle de la correction. “En tout cas, ce n’est pas cette baisse qui va tuer le marché. On revient tout simplement sur des bases plus solides”, explique, pour sa part, une source à Attijari Intermédiation. En attendant que la nouvelle tendance de la Bourse se dessine, les opérateurs du secteur ont déjà les yeux rivés sur les prochaines introductions. Des opérations qui devraient donner un peu de punch à la place et faire oublier la malheureuse parenthèse. Les plus pessimistes pensent cependant que la dernière correction risque de refroidir certains patrons qui s’apprêtaient à sauter le pas de la Bourse. Pour le moment, leurs craintes s’avèrent infondées.


[Voir le graph]


Zoom. Des études contradictoires

Les notes réalisées par Attijari Intermédiation sur Sonasid et le secteur bancaire n’ont pas fait l’unanimité au sein de la profession. BMCE Capital a été la première à contredire les recommandations et analyses contenues dans ces notes.
Concernant la Sonasid, la différence des évaluations réside dans la méthodologie choisie. Si Attijari Intermédiation s’est basée sur les futurs flux de trésorerie, la BMCE bank a tenu compte de la collaboration étroite entre les sociétés Arcelor-Mittal et Sonasid. La deuxième étude, consacrée au secteur bancaire, a quant à elle suscité des critiques également de la part du groupe CFG, critiques liées principalement à la méthodologie comparative utilisée par Attijari Intermédiation. Une situation qui intrigue d’autant plus que les écarts constatés entre les différentes analyses sont énormes. Selon les analystes d’Attijari, cette situation est tout à fait normale. “Il peut y avoir des prévisions plus optimistes que d’autres”. En tout cas, c’est la première fois que la divergence d’avis entre sociétés de Bourse est aussi flagrante. Reste à savoir si les prochaines notes vont faire couler autant d’encre.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés