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N° 276
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“L’Etat encourage la gabegie”

Antécédents
Tarik Sbai
Avocat – président de l’Instance
nationale de défense des
biens publics
(TNIOUNI / NICHANE)

1947. Naissance à Salé.
1963. Rejoint l’UNFP.
1979. Avocat au barreau de Rabat.
1980. Membre de la section Rabat de l’AMDH.
2006. Président de l’Instance nationale de défense des biens publics.

Smyet bak ?
Allal Ben Mohamed.

Smyet mok ?
Fatéma Bent Driss.

Nimirou d’la carte ?
A 10 340.

Après le ministère de l’Intérieur, vous vous apprêtez à publier, vous aussi, une liste de personnes non éligibles aux prochaines élections. C’est l’Intérieur qui inspire les associations maintenant ?
J’ai participé à l’élaboration et la publication par l’AMDH de la liste des responsables marocains impliqués dans des atteintes graves aux droits humains. Et depuis cette date, nous pensons à publier une liste des responsables de la dilapidation de biens publics, bien avant la dernière liste du ministère de l’Intérieur. Le Maroc a récemment signé une convention internationale pour combattre tous les aspects de la corruption, l’abus de pouvoir ou le détournement de fonds publics. L’Etat doit donc assumer ses responsabilités et faire respecter les termes de la convention, approuvée en Conseil des ministres, et donc sous la présidence directe du roi.

Et vous estimez avoir les compétences et les moyens nécessaires pour mener des enquêtes et des recoupements sérieux, avant de publier votre liste ?
Nous travaillons quotidiennement sur des dossiers qui nous arrivent de tout le pays. Nous recevons, en moyenne, deux dossiers par jour. C’est le signe que notre combat pour la dénonciation de la corruption et des abus en tout genre commence à donner ses fruits. Nos représentants dans les différentes régions du royaume mènent des enquêtes sérieuses pour vérifier les informations contenues dans chaque dossier. Notre rôle est ensuite d’encadrer les plaignants, de les encourager à déposer une plainte auprès du tribunal. Pas plus loin qu’il y a quelques semaines, un ex-président de commune dans la région d’Agadir a été poursuivi pour détournement de fonds.

Sinon, à part quelques petits présidents de commune, à qui comptez-vous vous attaquer parmi les grands bonnets du royaume ?
Dans notre démarche, nous avons choisi de ne pas négliger les petits détournements, qui ont un impact direct sur la vie des citoyens dans plusieurs localités. Les grands responsables ne seront pas en reste. Nous avons par exemple su qu’un conseiller royal a récemment reçu des terres des Habous à des prix symboliques, usant de son pouvoir et de son influence. Nous avons lu sur plusieurs journaux que le fisc a proposé de passer l’éponge sur des arriérés du premier ministre. Si nos enquêtes confirment ces faits, les noms de ces responsables figureront en bonne place sur notre liste. Nos responsables doivent donner l’exemple. Il est ainsi inadmissible que le père d’un ministre bénéficie de la gratuité des soins dans un hôpital public. Nous réclamons des garanties légales pour protéger les biens publics.

Comme la déclaration de patrimoine obligatoire ?
Par exemple, mais pourquoi est-ce que cette déclaration exclut les femmes et les enfants des responsables ? Pourquoi est-ce qu’elle n’oblige pas les ministres et les généraux à déclarer leur fortune également ? C’est à croire que l’Etat encourage la gabegie et la dilapidation des biens publics.

Corruption des grands responsables de l’Etat, dilapidation de biens publics, cherté de la vie… Vous n’avez rien trouvé de plus populiste pour haranguer les foules ?
Ce n’est pas du populisme. Nos partis politiques ont toujours privilégié le dossier des atteintes aux droits de l’homme sur celui de la dilapidation des biens publics. Aujourd’hui, certains commencent à s’intéresser aux droits économiques, et c’est tant mieux. Idéalement, le travail sur les crimes économiques aurait dû se faire en parallèle avec celui de l’IER sur les crimes politiques.

C’est pour cela que vous avez choisi d’être une “instance” plutôt qu’une “association” ?
En 2005, nous avons appelé à la création d’une instance indépendante pour la vérité et la restitution des biens publics dérobés. À l’époque, notre pétition a été signée par tous les partis de la Koutla, le rassemblement de la gauche et même par des partis dits de droite. Aujourd’hui, on se demande pourquoi ils l’ont fait, puisqu’ils refusent d’appliquer les termes de la pétition dans le cadre de leur travail au Parlement ou au gouvernement.

 
 
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