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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Droits de l'homme. Herzenni prend le relais

Jeudi dernier, le roi nommait,
sans surprise, Ahmed Herzenni
à la présidence du CCDH.
(MAP)

Même s’il n’était pas le seul candidat, Ahmed Herzenni a fini par succéder au défunt Driss Benzekri à la tête du CCDH. C’est ainsi que le roi en a décidé, et c’est tout sauf une surprise.


“Alors, ce sera qui ?”. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la question (de savoir qui remplacera Benzekri à la tête du CCDH) avait déjà traversé l’esprit du défunt, quelques jours avant sa mort. Il s’en était ouvert auprès de ses proches, dont Ilyass Omari, qui a recueilli l’essentiel de ses recommandations : “Benzekri a émis deux souhaits : que le prochain président soit de sa génération et qu’il n’ait jamais
demandé d’indemnisation pour ses années d’emprisonnement”. La recommandation de Benzekri se décline aisément : le choix “d’un homme de sa génération” signifie que le Maroc est toujours en transition et que la page des années de plomb n’est pas encore tournée. Et la préférence pour une personne “qui n’a pas demandé à être indemnisée” renvoie, en outre, à la ligne officielle (du Pouvoir) qui a conduit à la désignation même de Benzekri : la présidence du CCDH doit revenir à un homme de consensus, qui estime que les torts et les responsabilités (sur les années de plomb) sont partagés entre la monarchie et les anciens opposants.

Consensus et crédibilité
Un portrait-robot du futur président, tel qu’il a été imaginé par Benzekri sur son lit de mort, donnerait à peu près ceci : un homme de 50-60 ans, ancien détenu politique, qui a opéré son mea culpa sans se couper de ses racines, un homme de consensus mais au passé suffisamment chargé pour rester crédible auprès de ses interlocuteurs (ONG, opposants). Cela élimine d’emblée nombre de cadres du CCDH, comme ceux des principales associations dédiées aux droits humains (AMDH, OMDH, FVJ). Alors qui ? La réponse, finalement conforme au souhait de Benzekri, a été validée, par le roi, plus tôt que prévu, le jeudi 31 mai : ce sera Ahmed Herzenni.

Son nom circulait avec insistance depuis la mort de Benzekri, dont il a été très proche, notamment dans les derniers mois de sa vie. Ancien d’Ilal Amam et du PSU, Herzenni a mangé son pain noir (quinze années dans les geôles hassaniennes) avant de mettre de l’eau dans son vin. Un peu trop ? Le débat continuera d’alimenter la chronique au sein de la famille naturelle de Herzenni, celle de la gauche et de l’ancienne opposition à la monarchie. Comme le dit l’un de ses anciens compagnons au PSU, “Herzenni a subi un cycle de transformations trop importantes, trop abruptes, qui ont fini par l’isoler”. La critique est sans doute sévère, mais Herzenni, même sans unanimité autour de lui, ressemblait à un candidat crédible à la présidence du CCDH. Ses états de service (prison, long parcours d’opposant), ses opinions (non au lynchage posthume de Hassan II, non à l’héroïsation systématique des victimes des années de plomb) offraient de sérieuses garanties au principal prescripteur du pays : Mohammed VI.

Le choix de la continuité
Les autres candidats potentiels à la succession de Benzekri n’ont rien perdu au change. Salah El Ouadie, au profil de tête de liste, est un Benzekri-bis. Même s’il a “raté” la présidence du CCDH, il y a de sérieuses chances de le voir conduire la “Commission Ben Barka” qui se penchera sur le sort du célèbre disparu, ou alors la Fondation Benzekri, deux dossiers dans lesquels il semble incontournable. Mahjoub El Haïba, lui, a probablement souffert de l’étiquette “trop proche du Makhzen” qui lui a coupé la route à la présidence. Mais qu’à cela ne tienne! L’homme, connu pour son pragmatisme, restera toujours secrétaire général du CCDH. C’est même lui qui devra assurer le passage de témoin entre l’ère Benzekri et celle, à venir, de Herzenni.

En optant pour Herzenni, Mohammed VI a tranché pour la continuité. Ce n’est pas une surprise. “Benzekri le voulait”, assure-t-on dans l’entourage du président défunt. Les conseillers royaux, à leur tête Mohamed Mouâtassim, “le voulaient aussi”. La question la plus importante est de savoir si Herzenni aura les coudées franches pour réaliser le souhait le plus cher à Benzekri, et sans doute à nombre de Marocains : concrétiser les ambitieuses recommandations de la défunte Instance équité et réconciliation.

 
 
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