Migrations. La révolte des réfugiés
En organisant un long sit-in devant la représentation marocaine du HCR, les réfugiés et demandeurs dasile au Maroc mettent la pression sur lorganisation onusienne, mais également sur le royaume. Et ce nest quun début
Ils sont une soixantaine, en majorité Congolais ou Ivoiriens, mais aussi Libériens et Nigériens. Ils comptent même parmi eux un Libanais et un Palestinien. Séparés par leurs nationalités et par des destins ayant chacun ses particularités, ils sont en revanche unis par leur statut de réfugiés ou de demandeurs dasile au Maroc. Ils partagent surtout une |
|
cause quils disent tous défendre, celle de la dignité. Organisés au sein de plusieurs associations, ils ont défrayé la chronique en observant, du 18 au 25 mai dernier, un sit-in prolongé devant le bureau rbati du Haut commissariat aux réfugiés (HCR).
Comme ce fut le cas en juillet dernier, ils se sont installés dans un campement sommaire, armés de pancartes résumant leurs revendications et dun désespoir visible sur tous les visages. Lintervention en douceur des forces de lordre, dans la nuit du jeudi à vendredi derniers, sest certes soldée par la fin du mouvement de protestation, mais tout porte à croire que ce nest que partie remise. Car comme les discussions précédentes, le dialogue promis par le bureau du HCR risque de buter sur le gap abyssal séparant les propositions de celui-ci et les doléances des manifestants. En effet, ces derniers demandent à bénéficier des droits que leur accorde leur statut de réfugiés ou de demandeurs dasile. Cela revient à nous procurer une assistance financière et médicale à même de sauvegarder le peu de dignité qui nous reste, dans un pays où nous navons même pas droit à une carte de séjour, encore moins au travail et aux études, et où notre statut nest même pas officiellement reconnu, explique Fiston Massamba, Congolais de nationalité, secrétaire général du Conseil des migrants et lun des délégués du mouvement de protestation.
Dialogue de sourds
Après avoir fermé ses portes pendant trois jours et conditionné tout dialogue par larrêt du sit-in, le HCR reste campé sur ses positions. L'UNHCR de Rabat a toujours informé les réfugiés qu'il ne disposait d'aucun budget pour leur assurer une aide financière individuelle et régulière, a déclaré Jennifer Pagonis, porte-parole du HCR, lors dune conférence de presse tenue le 25 mai à Genève. Et de renvoyer la balle dans le camp marocain. Si les réfugiés au Maroc vivent dans des conditions précaires, cest dabord parce quils ne sont pas officiellement reconnus par les autorités marocaines. Par conséquent, ils n'ont pas accès au marché du travail ni aux services de base, a-t-elle ajouté.
Une position confirmée par Yohannes Van Der Klaw, délégué local du HCR, qui répète à qui veut lentendre que lorganisation onusienne ne peut faire de miracles. À la requête de généralisation des mesures dassistance à tous les réfugiés et demandeurs dasile (officiellement au nombre respectif de 600 et 1000), le HCR oppose un traitement au cas par cas et largument-massue du manque de moyens financiers. Ainsi, pour limiter la détresse économique des réfugiés, Van Der Klaw ne propose que des opérations de micro-crédit, dont les montants varient
de 1500 à 2000 DH. Ce sont des montants ridicules, qui suffisent à peine pour survivre quelques jours, sinsurge Fiston Massamba. Si le Maroc et le HCR-Rabat sont incapables de nous aider, pourquoi nous oblige-t-on à rester sur le territoire marocain. Pourquoi ne nous transfère-t-on pas dans des pays plus sensibles à notre détresse.
En attendant, le collectif envisage de passer à la vitesse supérieure, en mettant sur pied une plate-forme commune, rassemblant les cinq associations de réfugiés actuelles. De la sorte, le HCR ne pourra plus jouer sur la désunion, explique un membre de Réfugiés sans frontières, ONG très active sur ce dossier.
Ce qui se passe actuellement, cest une large concertation dans les rangs des réfugiés et demandeurs dasile, en vue de constituer un mouvement mieux structuré et de plus grande ampleur, ajoute Hicham Rachidi, président du Groupe anti-raciste de défense et daccompagnement des étrangers et migrants (GADEM).
Et le Maroc, dans tout ça ?
Pour le moment, les autorités se contentent de faire le jeu du HCR qui, lui-même, ne fait quappliquer un diktat européen, en poussant le Maroc à construire un système dasile, répond Rachidi. Car si le contentieux concerne au premier chef les réfugiés et lorganisation internationale censée les prendre en charge, le Maroc a aussi sa part de responsabilités. Et pour cause, signataire de la Convention de Genève, relative au statut des réfugiés, le royaume est tenu dhonorer plusieurs engagements.
À commencer par celui de sabstenir de toute mesure dexpulsion collective ou de reconduite à la frontière, mais aussi celui détablir des sanctions pour les violations commises par des agents de lEtat. Les rafles opérées en décembre 2006, et qui ont concerné même des personnes bénéficiant de leur statut de réfugiés, sont pourtant à placer dans cette colonne.
Surtout, les autorités marocaines continuent à freiner des quatre fers pour faire bénéficier les personnes ayant un statut de réfugiés dun titre de séjour en bonne et due forme et dun document de voyage. Seules mesurettes concédées, en commun accord avec le HCR-Rabat : une vague promesse damélioration du statut légal des concernés, et la possibilité dadmettre leurs enfants dans une école publique marocaine. De bien maigres lots de consolation pour une population déterminée à aller jusquau bout de ses revendications, et qui na finalement rien à perdre. Parce que, dans la plupart des cas, elle a déjà tout perdu. |